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Quand ton équipe vit des moments difficiles, il faut garder le cap et être aveuglement derrière elle. C’est en me souvenant de cette maxime que j’ai décidé dans la semaine de ne pas annuler mon déplacement au Stade Delaune (prévu depuis des semaines), de sécher mes larmes et de laisser une chance à cet OM post-Bielsa. Après tout, durant une semaine, je n’ai cessé d’entendre que « l’héritage de Marcelo » demeurait au centre d’entraînement RLD, que Franck Passi avait assimilé la méthode, que les joueurs étaient soudés voir libérés après la démission surprise de notre emblématique entraîneur samedi soir. Alors en arrivant dans la Cité des Sacres aux alentours de onze heures, j’étais souriant, enthousiaste et pressé d’assister à ce qui devait être le réel lancement de la saison de l’OM.

Pourtant, connaissant mon équipe, j’aurai dû me méfier de ce déplacement. Reims ne réussit pas toujours à l’OM. Excepté le 5-0 du début de saison dernier, les rémois sont généralement de valeureux adversaires, toujours présent lors des gros matchs. 14H, mon iPhone vibre, entre deux textos de Bae, un pop-up me renseigne des compos. Sur le papier, rien ne me surprend. Ocampos remplace Barrada, Thauvin passe 10, pour le reste, aucun changement. Côté Reims, l’équipe semble compact, mais ne fait pas office de favori.

Une heure et quelques animations plus tard, le match commence, et les premiers frissons me gagnent. Comme craint, les rémois jouent sans complexe, leur bloc équipe est compact, ils sont mordants et semblent ne pas vouloir laisser l’OM jouer son jeu. Très vite, je me rend compte que l’OM n’est pas non plus hyper emballé à l’idée de jouer son jeu. Le 4-2-3-1 modulable en 3-3-3-1 de Passi ne semble pas faire peur à Reims, bien au contraire. Reims marque, l’OM court après le score, ne se montre pas franchement dangereux, se fait peur, perd Romao, et finalement perd le match.

Un contenu larmoyant

Niveau contenu, c’est à peu près tout ce que j’ai retenu. Pour tout vous avouer, j’ai peu vibré. J’ai passé mon match les mains devant les yeux à chaque contre mené par Prince Oniangué, et les mains sur la tête à force de devoir déguster des contrôles américains, des transversales foireuses, et un manque criant d’envie de la part des olympiens. Qui incriminer ? À qui donner des bons points et des avertissements ? Mais surtout à quoi bon ? Aujourd’hui, difficile de trouver des motifs d’espoirs tant au niveau du contenu que des acteurs, sur et en dehors du terrain. Les écrans de fumée envoyés tout au long de cette semaine ne semblent pas avoir eu d’impact sur le jeu proposé. Au contraire, on assiste même à un joli retour de bâton.

Côté rémois, de jolis motifs de satisfaction. Un bloc équipe chiant à jouer, une solidité défensive annihilant les maigres tentatives olympiennes, un milieu de terrain solide, des avants virevoltants et une jeunesse qui semble en capacité de s’épanouir. Tout ceci passé au shaker, cela nous donne une bonne petite équipe, qui a su jouer quand il le fallait, faire le dos rond dans d’autres moments, et offrir à son public les trois points pour leur premier match à domicile de la saison. Mention spéciale à Nicolas De Préville, qui a montré à certains ce qu’était être virevoltant, et au jeune Kyei qui sera l’une des attractions rémoises de cette saison. Déja six points pour Reims, de bonne augure concernant leur objectif maintien.

L’OM de Passi, ou l’héritage pillé

Revenons à l’OM. J’entends déjà les experts dire que pour une première, Franck Passi ne s’en sort pas si mal, qu’il est difficile de rebondir au vu du contexte, que l’exclusion de Romao ne l’a pas aidé. Ceci est recevable, mais j’ai personnellement un doute sur les capacités de Passi à être le taulier dont l’OM a besoin en ce moment. Preuve en est les trois changements effectués, qui ne pouvaient avoir comme finalité que de conserver cette petite défaite. S’il était fréquent de voir 5-6 marseillais dans les surfaces adverses l’an passé, nul doute que la philosophie appliquée à ce match n’était pas digne, en ce point, de « l’héritage de Marcelo ». Des tauliers, le club en manque, sur et dehors du terrain. Passi est peut être à blâmer, mais que dire de certains joueurs. Ah, il est aisé de s’épancher dans la presse, mais tellement plus compliqué de répondre présent devant l’adversité. Les plus tatillons relèveront même que le corner rémois à l’origine du seul but du match est consécutif à une perte de balle « du plus marseillais des olympiens », un joueur « libéré » depuis les derniers événements …

Au delà de la volonté qui ne semblait pas habiter les joueurs cet après-midi, c’est tout une homogénéité de groupe qu’il va vite falloir retrouver. Bielsa le trop exigeant a laissé sa place, de nombreux jeunes sont arrivés, des tauliers revanchards sont en phase de reprise, et les quelques cadres restants ont un avenir des plus incertains. Au petit jeu du « Qui portera ses couilles ? », hormis Mandanda, à qui on doit bien créditer une quasi exemplarité depuis des années, le bonhomme répondant le plus aux critères de sélection cet après-midi se nomme Karim Rekik. Quelque peu en difficulté dans son dos mais très solide en un contre un et dans les duels aériens, le néo-marseillais semblait le seul à se soucier du score durant le money time, au point d’haranguer ses aînés. Rendez vous compte, un gamin de 20 ans, moyennement francophone et nouveau venu … Ce constat en dit long sur le comportement, l’état d’esprit et l’implication de chacun. Il est coutume d’entendre des excuses comme « mauvais état d’esprit » « manque d’implication », mais doit-on pardonner ces propos lorsque l’on parle simplement d’exercer son métier ?

Un avenir sombre ?

Le groupe est jeune, et le mercato a permis de combler numériquement les départs. En est-il pour autant renforcé ? La qualité intrinsèque des joueurs permet-elle d’espérer un podium (ou une 4ème place, objectif plus ou moins déclaré officiellement) sans l’aide d’une plus-value que pouvait représenter le personnage Marcelo Bielsa ? Des questions demeurent en suspens à l’heure où le temps semble déjà compté pour tous les acteurs de la scène olympienne. A 15 jours de la fin du mercato, sans véritable entraîneur, avec un groupe aux lacunes quantitatives et qualitatives visibles, l’OM court après le temps pour se forger un avenir décent. Le groupe court aussi déjà pour retrouver les premiers rôles, car il est toujours difficile de se savoir dans la charrette.

Pour finir sur une note positive, peut être bien la seule lueur de bonheur dans l’après-midi maussade de l’OM, le club ne semble pas avoir perdu l’amour de ses supporters. Avec ou sans Bielsa, avec ou sans espoir en l’avenir, il y avait 1400 personnes en parcages, et beaucoup de maillots bleus dans les autres tribunes. En lançant les applaudissements durant la minute de silence, en chantant durant 90 minutes, l’OM en tribunes a donné une petite leçon à l’OM sur la pelouse. Car les entraineurs partent, les joueurs se succèdent, les présidents se remplacent mais les supporters restent. C’est sans doute ça qu’il faut retenir de cette semaine mouvementée.

Maxime