1

C’est l’histoire d’un attaquant titulaire au Real Madrid depuis quelques saisons, titulaire dans le club le plus exigeant du monde, performant et décisif. Pourtant, cet attaquant est sans cesse remis en cause par une frange de supporters, médias ou certains « spécialistes », remettant même en cause son poste sur le terrain. Dézone trop, pas assez combatif et tueur, apprécier Karim Benzema à sa juste valeur serait alors un privilège réservé aux amoureux du beau football possédant une certaine sensibilité du jeu et aux DZ communautaires. Ainsi, Karim Benzema ne serait pas un numéro 9 au vu de son profil de jeu peu égoïste et très mobile, vraiment ?

Formé en tant qu’attaquant, mais déjà altruiste

Karim Benzema est issu de la fameuse école des champions de l’Olympique Lyonnais. Là bas il y apprend ses bases et étale toute sa technique. Néanmoins le début de parcours de Benzema au centre de formation est révélateur de sa personnalité et de son jeu. Ainsi, tout jeune ne faisant que des passes décisives à ses coéquipiers, Karim Benzema révélera que son père lui-même lui demandait de jouer plus pour lui et de marquer. Anecdote amusante, elle témoigne déjà de l’approche non égoïste du sport par Karim. Pourtant, à l’époque, il ne jouait pas encore avec un portugais voulant pousser au fond tous les ballons de son équipe. Cela n’empêche pas Karim de jouer avec une star tirant toute la couverture à lui. Durant sa formation il cohabite avec un certain Hatem Ben Arfa, phénomène connu dans toute la France et attendu partout. Karim, lui, est bon mais un peu en retrait vis-à-vis d’Hatem comme ses coéquipiers de la formidable génération 87 : Loic Rémy et Anthony Mounier. Un peu en surpoids suite aux nombreux couscous de yemma, la machine Karim Benzema se lance à partir de ses 17 ans : une transformation physique petit à petit et surtout psychologique. Le petit Karim devient Karim le tueur et ne laissera plus aucune place au doute, ne passant quasiment pas par la case CFA. A 17 ans et quelques jours il fait sa première apparition en pro contre Metz qu’il bonifie par un sombrero sur un adversaire suivi d’une passe décisive pour Bryan Bergougnoux. Signe de sa détermination ET de sa timidité qui fait partie de lui, l’anecdote de sa première causerie dans le groupe pro est connue. Karim est face à toutes les stars de l’OL, il bafouille son discours une fois, deux fois, trois fois, tout le monde rigole et Karim lâche alors le fameux « vous pouvez rigoler, mais si je suis ici, c’est pour prendre votre place. » Karim respectera la promesse…

La suite vous la connaissez, Karim emportera tout sur son passage en L1, meilleur buteur et meilleur joueur du championnat à 20 ans, il martyrise déjà les défenses européenne et la meilleure paire de défenseur de l’époque, Vidic – Ferdinand.

 

Un jeu qui évolue encore au Real Madrid

Devenu trop fort pour l’OL et la Ligue 1, Benzema est vendu pour environ 40 millions à la maison blanche. Connaissant une première saison très difficile en terme d’adaptation, il jouera peu. Les saisons suivantes lui permettront d’étaler de plus en plus son talent au Real Madrid et d’écarter la concurrence d’un escroc nommé Gonzalo Higuain.

Au Real, son jeu évolue par rapport à l’OL. Déjà altruiste et créatif chez les Gones, il était plus agile et beaucoup plus capable de partir dans des séries de dribbles chaloupés difficiles à arrêter. Au Real les « exigences du haut niveau » le forceront à se muscler sur tout le corps et perdre un peu cet aspect de son jeu qu’il avait à l’OL. Plus puissant et apte à jouer en pivot, il a également énormément progressé dans son jeu de tête offensif, marquant de plus en plus dans ce domaine. Gardant tout de même sa technique de velours et sa vision du jeu exceptionnelle (probablement la meilleure parmi tous les attaquants actuels) il peut briller et faire briller ses coéquipiers. D’autant plus que sa personnalité plutôt en retrait ne le pousse pas à tirer la couverture sur lui-même. Un coup d’œil sur son « radar » statistique permet de voir la polyvalence du jeu de Benzema et le côté « hyper propre » et précis du joueur. (Merci à @ @Analysport )

DXLPGw8o

 Très critiqué pour ses statistiques, Benzema a pourtant fini l’année civile 2014 comme 3éme meilleur buteur mondial (club et sélection confondus) derrière les deux monstres (Messi et Cristiano). Une analyse statistique plus poussée permet de le comparer aux plus grands attaquants du monde en ratio buts/passes décisives par minute depuis la saison où Benzema s’est révélé à 19 ans. (Un grand merci à @Benzema3469 pour ce tableau)

mjVBfZgy

On peut observer la qualité du ratio efficacité (passes décisives + but) par minute pour un joueur qui joue dans un collectif vampirisé en termes de but par la soif de Cristiano Ronaldo. Il représente le top européen avec Suarez et le Z. Cela permet de rebondir sur un aspect important de la carrière de Benzema : ses statistiques exceptionnelles en Champions League. Révélateur du niveau d’un joueur, la Champions League est la compétition reine, et Karim Benzema y est étincelant. Comme un symbole, son premier but professionnel est en Champions League contre Rosenborg. Depuis Karim en a fait sa compétition, 73 matchs pour 42 buts et 21 passes décisives, des statistiques monstrueuses. 4 buts de moins que le Z autoproclamé meilleur joueur du monde, meilleur sportif de l’histoire de Suède et futur roi du royaume Nordique. Le tout avec… 43 matchs de moins.

S’émanciper de Cristiano pour mieux briller ?

Face à ses offrandes pour son coéquipier Cristiano se pose tout de même la question : Gagnerait-il à  se libérer de CR7 ? Jouer ailleurs afin de grossir ses stats de buts personnelles ? Courtisé cet été par Manchester United, Karim Benzema aurait pu être la pierre angulaire du système offensif mancunien et être le vrai buteur d’un club légendaire entraîné par un coach qui a une immense paire de couilles. De plus il aurait pu recevoir des tweets de louange du légendaire supporter mancunien : @Krissmoha et rien que pour ça, le jeu pouvait en valoir la chandelle. Néanmoins on peut contrebalancer en avançant que Karim est dans un club qui possède aujourd’hui une équipe d’un autre standing que celle de Manchester United, qu’il est dans le club où il a toujours voulu jouer, celui de son idole R9 Ronaldo. Et qu’il se plaît particulièrement  dans son rôle d’attaquant mobile, altruiste et créatif. Car oui, Karim est un attaquant qui marque plus qu’on ne veut le faire croire comme on a pu voir, mais c’est surtout un attaquant qui n’accorde pas aux stats de buts une valeur essentielle, pas plus que le plaisir pris en jouant, en combinant et en offrant des situations de but à son équipe. A ce niveau là, Karim Benzema représente parfaitement l’esprit « Ultimo Diez », celui de l’amour du jeu en priorité. Et tant que Karim jouera au foot, nous prendrons du plaisir à le voir évoluer, parce que le foot est bien plus que des statistiques froides, c’est le toucher de balle, c’est le mouvement, le plaisir de la passe et des combinaisons en une touche. Pour tout ça, merci Karim de nous permettre de rêver encore.