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L’héritage peut parfois être lourd à porter. C’est presque devenu une corvée mais chaque génération de joueurs français semble être indubitablement comparée avec « la génération dorée », celle qui a marquée son époque et écrit les plus belles lignes de l’histoire du football Français. Aujourd’hui, exit les futurs Platini, les futurs Tigana, on ne parle qu’en Génération 98. Et comme dans chaque grande équipe, il y a un modèle, une icône. Zinedine Yazid Zidane a marqué le football français, plus qu’aucun autre. Depuis l’arrêt de sa carrière, personne n’a réussi à s’ériger en monument du football français, encore moins à son poste. Alors on s’impatiente, on scrute, on tente de déceler chez les jeunes un semblant de magie, cette magie dont était exclusivement composé Zizou. Les médias et la doxa ont donc sans le vouloir crée une secte, qui semble aujourd’hui maudite, celle des « futurs Zidane ». Depuis 15 ans, on peut compter une douzaine de prétendants au Graal, tous plus précoces et moins talentueux que The Only One. Retour sur les joueurs composants cette liste, et la malédiction qu’elle contient.

Petit rebeu ne deviendra jamais futur Djorkaeff

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Raccourci bête et méchant, les origines sont un critère quasi sine qua non d’acceptation dans la secte des futurs Zizou. Seules une ou deux exceptions sont à noter (Gourcuff, Martin). Tout commença dans une époque lointaine où un kabyle devait en cacher un autre. Disposant d’une petite côte de popularité en France, et à Marseille, Camel Meriem fut propulsé comme digne héritier de ZZ. Mais faute de talents (comme beaucoup), Camel sillonnera la région PACA à défaut de découvrir un top club étranger. Premier échec dans la quête de l’héritier.
Vint ensuite Mourad Meghni, et lui avait aussi l’initiale doublée, « MM » / « ZZ » c’est à peu près pareil. S’il fit une carrière italienne correcte, Mourad ne sera jamais le futur de quoi que ce soit, la faute encore à un talent bien moindre et à un emballement précoce. Pire, contrairement aux autres, il ne portera jamais le maillot de l’Equipe de France, préférant celui de l’Algérie, pour qui il jouera à neuf reprises.

La génération 87 a failli nous offrir un héritier. Un ou même deux. Samir Nasri, Hatem Ben Arfa, deux artistes qui rentraient dans les critères d’admissibilité. Pour HBA, la comparaison avec Zizou remonte à la série « A la Clairefontaine ». On y voit Hatem techniquement très au-dessus, parlant de son modèle, et même le rencontrant à la sortie d’un entraînement des Bleus. Le jeu était là, tout était fait pour qu’Hatem reprenne le flambeau du 10 magique, celui de la France qui gagne, qui illumine. Et puis de mauvais entourage en coups de sangs, d’individualisme en blessures, Ben Arfa n’est devenu qu’une tête de turc, parfois même risée du public et des critiques. Pour Nasri, tout était différent. Les origines ? Check ! Le lien avec Marseille ? Check ! La position sur le terrain ? Check ! Oui, lui aussi avait tout pour devenir le futur 10 des Bleus. Mais comme Hatem, il s’est brulé les ailes, surtout en Equipe de France. Un caractère impétueux, des frasques, trop de frasques … Si Meghni et Meriem étaient à des années lumières du Prophète, Nasri et Ben Arfa eux n’avaient pas grand chose à envier à quiconque balle au pied. Ils sont aujourd’hui représentatifs de nombreux échecs du football français.

Les feux de pailles

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Ils sont trois à avoir également connu le bref sobriquet de futur Zizou, trois à avoir rêvé du trône, sans que jamais ils ne soient proches de s’y asseoir. Henri Saivet, Gabriel Obertan et Marvin Martin. Tous formés en France, deux aux Girondins, et un à Sochaux comme un certain … Camel Meriem ! Commençons par le cas des deux bordelais. Très vite, beaucoup trop vite, Henri Saivet et Gaby Obertan ont été nommés comme potentiels successeurs du Génie. Et très vite, tout le monde a vite admis qu’il fallait arrêter les conneries. Génial et précoce, Saivet, comme un Gael Kakuta, fut un « Grand Espoir ». Sauf qu’entre 15 et 23 ans, des choses se passent, et il n’est pas rares de voir de géniaux espoirs ne jamais terminer professionnel. Pour Saivet, l’écart fut moins rude mais l’avance technique qu’il avait durant son adolescence a disparu pour laisser place à un joueur de L1 ni plus ni moins. Jamais dans les plans des sélectionneurs français, il choisira de porter le maillot du Sénégal.
Pour Obertan, c’est à peu près pareil. Techniquement très bon, rapidement enrôlé par Manchester United, tout semblait rouler pour le sosie de Voldemort. Sauf que le football est cruel. Aujourd’hui quasi persona non grata à Newcastle, il ère dans le monde du football, comme un mec bourré ère dans les pissotières d’une boite à 5 heures du mat.

Marvin Martin, encore une initiale doublée. Auteur d’une excellente saison avec Sochaux, c’est tout naturellement qu’il est testé en Equipe de France. Pour sa première sélection, il plantera deux goals. LE POINT COMMUN ULTIME AVEC ZIZOU ! CETTE FOIS ON LE TIENT !
Malheureusement, non.
Il ne saura pas réitérer ses performances, que ce soit en club ou en sélection, et divague désormais entre le banc et l’infirmerie du LOSC.

Les plus proches

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Au final, ils n’auraient dû être que deux à prétendre au titre honorifique de « Nouveau Zidane ». De part leur taille, leur gabarit, leur esthétisme, ce sont ceux qui se rapprochent le plus de Dieu. Honneur à l’aîné. Johan Micoud. Mettons de suite un bémol. Il s’agit là d’un joueur de sa génération. On ne peut pas proclamer quelqu’un « Nouveau Zidane » si ce dernier joue encore. Alors disons plutôt qu’il aurait pu être un « Zizou Bis », toute proportion gardée. Soyons clair, nous avons sans doute là, affaire à l’un des joueurs français les plus sous-côtés de ces trente dernières années. Véritable phénomène Outre-Rhin, il n’aura jamais en France la notoriété et la reconnaissance que son talent balle au pied lui proférait. La faute à un charisme relatif, à la médiatisation moindre de la Bundesliga en France à l’époque, mais aussi et surtout à cause d’une carrière tronquée en Bleu. S’il faisait partie de l’épopée Euro 2000, Micoud ne connaîtra pas d’autres compétitions internationales. Mis de côté pour la CDM 2002, complètement écarté par Santini et Domenech, Johan Micoud ne portera le maillot bleu qu’à 17 reprises, essentiellement lors de son premier passage à Bordeaux. Modèle déclaré de Toni Kroos, Johan Micoud restera comme un éternel oublié au panthéon des joueurs français.

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Le deuxième est bel homme, et entretient une relation sentimentalo-sexuelle avec la belle Karine Ferri. Yoann Gourcuff, éternel blessé, était le seul et unique candidat crédible à la succession de sa Majesté. Vista, protection de balle, éclair de génie, faux lent, Gourcuff est le Zizou 2.0, la résistance à l’effort en moins. Faux leader, Gourcuff pâtira longuement de l’épisode Knysna, et plus globalement de sa mauvaise intégration en Equipe de France. Depuis son transfert à l’OL, il n’est que l’ombre du joueur qu’il fut à Bordeaux. Actuellement blessé, sa future arrivée au Stade Rennais, solide formation cette saison, est conditionné par la guérison de sa blessure à la voûte plantaire. Avant de redevenir le petit prince que la France a connu ?

La malédiction de l’héritier

Depuis Gourcuff et Martin, les parallèles ont quelque peu cessé. Hormis Nabil Fékir dernièrement, personne ne s’est retrouvé avec cette étiquette placardée sur le front. Difficile aussi de ne pas voir dans cette liste une certaine forme de malédiction. Faite de joueurs aux profils, aux origines différentes, cette liste met en lumière un fait clair : tous ont en commun un certain constat d’échec lorsque l’on prend du recul sur leurs carrières. A l’image d’un archéologue ouvrant le tombeau d’une divinité égyptienne, le fait d’être désigné successeur de Zidane conduirait donc à une malédiction frappant de plein fouet la carrière du joueur en question. Si beaucoup ne méritent même pas de voir leur nom associé à celui de l’enfant de la Castellane, d’autres se sont heurtés à une réalité : il n’y aura qu’un seul et unique fils de Dieu. Cette place étant prise pour la postérité, on souhaite à nos futurs talents de ne plus être associé à Zidane. Et puis qui sait, peut-on trouvera t-on enfin quelqu’un pour reprendre un flambeau qui s’impatiente depuis maintenant presque dix longues années.