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Didier Deschamps a, aujourd’hui 1er octobre, coupé court aux spéculations, aux interrogations du débat qui animait le début de saison du football français : Lassana Diarra est de retour en équipe de France.

« Quelle folie ! Incompétence ! Deschamps démission ! » s’écriait alors le football français puritain et si attaché à son idée que les 23 joueurs français les plus performants (depuis une période de deux ans à compter de la publication de la liste, décidée par on ne sait trop qui) doivent être les vingt-trois sélectionnés pour revêtir la tunique bleue.

Et évidemment que Lassana Diarra ne mérite pas la sélection, parbleu ! Pourquoi, me direz vous ? Mais je vous retourne le problème ! Pourquoi devrait-on sélectionner un joueur perdu depuis un an en Russie ou je ne sais quel pays de l’est, qui n’a jamais réussi à s’imposer durablement dans un club européen, sous prétexte qu’il a enchaîné trois bons matches contre qui déjà ? Bastia ? Troyes ? Bon d’accord il a fait un match correct contre Lyon, mais si ça suffit pour être sélectionné en équipe de France dites le moi ! Parce qu’on a Coquelin qui attend à Arsenal le pauvre ! Lui, au moins, il est vraiment performant depuis un an dans un grand club d’un grand championnat. Mais de toute façon c’est toujours pareil avec Deschamps ! Il ne sélectionne que ses copains !

J’ai pris le temps de concocter ce florilège (non-exhaustif) des réactions qui fleurissent sur les réseaux sociaux depuis l’annonce de la sélection de Lass10 pour que chacun comprenne ce à quoi ce papier réagit. Ceci dit, je ne réfute pas l’idée que Deschamps sélectionne en priorité ceux qu’il affectionne avant ceux qui performent, je dis simplement que cette idée ne s’applique pas à Diarra.

Immense nation de football en plein caprice

Il est vrai que pour la France, cette nation de football emplie de succès à travers les âges, fine connaisseuse de football, amassant les titres en Ligue des Champions, dont la génération dorée est tant indéboulonnable, la question d’amener un homme du passé comme Lassana Diarra peut paraître indécente ! Mais oui !.. mais non, malheureusement.

La France connait en ce moment une génération moyenne, voire banale à certains postes, pendant que les derniers matches depuis la Coupe du Monde 2014 ont été une lente phase de régression dans le jeu, mais plus problématique : une régression dans l’animation, donc par le milieu de terrain. Ah tiens, le milieu poserait problème ? Ce serait pas mal dans ce cas d’avoir un joueur à ce poste qui serait à l’aise techniquement, serein dans ses relances, capable de faire la différence dans les petits (et très petits) espaces ? Capable d’ouvrir le jeu vers l’avant, sur jeu court comme sur jeu long ? Pardon ? C’est exactement le profil de Lass ?

J’entends bien que ces arguments ne seraient valables que si le milieu marseillais parvient à conserver le niveau de jeu qui est le sien depuis le début du championnat, mais surtout si son corps peut encaisser l’accumulation des matches, dont l’effet se fera inévitablement ressentir pendant l’hiver. On parle tout de même d’un joueur qui a été écarté du rythme professionnel pendant plus d’un an. Il faudrait être aveugle pour faire comme si tout cela n’était pas une préoccupation majeure.

Mais il faudrait également être d’un cynisme effroyable pour nier les vertus qu’il apporterait à ce vestiaire Français. Expérience du haut niveau et des matches à enjeux sont un manque cruel à cette équipe relativement jeune et aucun sélectionneur ne peut cracher sur un joueur opérationnel et titulaire en club pouvant apporter cela, certainement pas un sélectionneur comme Deschamps fonctionnant à la motivation et au mental avant de penser au contenu purement lié au football.

Faux procès face à vrais problèmes

Plutôt que de s’attarder sur la sélection controversée de Lassana Diarra, pourquoi ne pas pointer le vrai scandale de cette liste ?

Plutôt que de crier au scandale sur un profil qui apporterait énormément aux Bleus, comme expliqué plus haut, pourquoi ne pas se plaindre du véritable nom manquant à cette liste ?

Dimitri Payet, rayonnant depuis le début de saison avec West Ham, passant partidazo sur partidazo à Arsenal, Liverpool et autres Manchester City, ne fait pas partie de cette liste alors que son profil créateur est parfaitement ce qui manque dans l’animation de cette équipe. Le même constat s’applique à Kondogbia, sacrifiés eux deux pour des milieux faussement performants en Angleterre (contrairement au Payetazo) comme Cabaye et Sissoko dont les sélections quasi-automatiques relèvent presque du running-gag.

L’équipe de France fonce à pleine vitesse dans ce mur de béton qu’est l’Euro 2016, laissez Lass tenter un joli dérapage à la Tokyo drift, histoire d’essayer de s’en sortir.