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Il était toujours le premier à entrer sur le terrain. En tant que joueur d’abord, puis en tant qu’entraîneur des gardiens. Il était le premier que les supporters bordelais voyaient arriver sur le rectangle vert. Quelques ballons dans les mains, d’autres dans les pieds, et des gants. Suivaient, selon les époques, Joseph-Antoine Bell, Gaétan Huard, Ulrich Ramé, Cédric Carrasso… Des noms, des hommes, que Dominique Dropsy a connu, côtoyé, encadré, conseillé. Ce matin, il s’en est allé, à l’âge de 63ans, fauché par une leucémie après des années de combat contre la maladie. Ce n’est pas seulement un monument des Girondins de Bordeaux qui nous quitte aujourd’hui, mais bien un monument du sport français. Retour sur une carrière hors-norme.

dropsy bilbao

Formé à Valenciennes puis rapidement recruté par Strasbourg, Dropsy ne tarde pas à montrer son talent. Appelé pour sa première Coupe du Monde en 1978, il remporte la saison suivante son premier titre de champion de France avec le club alsacien. Quelques coups du sort malheureux lors des éliminatoires de la Coupe du Monde 1982 l’empêchent de prendre part à l’aventure que l’on connaît. Si sa carrière international prend un virage définitif, il rebondit aux Girondins de Bordeaux dès 1984. Le club est alors Champion de France et domine le football français. L’arrivée de Dropsy participera à faire des Marine et Blanc un club qui compte sur la scène européenne. Dès la saison suivante, les Bordelais se hissent jusqu’en demi-finales de Coupe des Champions mais s’inclinent face à la grande Juventus. Deux ans plus tard, en 1987, rebelote en Coupe des Coupes. En demi-finales, le club est sorti par Leipzig. Dominique Dropsy glane deux autres titres de champion de France avec les Girondins, en 1985 et 1987. Il met un terme à sa carrière de joueur en 1989 après avoir disputé 596 rencontres, dont 241 sous le maillot au scapulaire.

Trop amoureux du football et de la tunique Marine et Blanche pour réellement raccrocher, « Dom’ » intègre l’encadrement du FCGB. Dès 1990, il occupe le poste d’entraîneur des gardiens. Un poste où il côtoiera d’autres immenses portiers, déjà évoqués plus tôt. Dans le staff, il remporte deux nouveaux titres de champion de France en 1999 et en 2009. Il range aussi quelques coupes de la Ligue et une Coupe de France dans son armoire à trophées. Il est de l’épopée européenne de 1996.

Dropsy ricardo

De 1984 à aujourd’hui donc, Dropsy a connu des triomphes mémorables, des défaites épiques, un passage en seconde division et une maladie. En 2005, la première alerte est sans équivoque : une rupture d’anévrisme. Il faut cependant attendre 2011 pour qu’une leucémie lui soit diagnostiquée. Cette figure emblématique du club se relèvera cependant, une première fois, à l’instar de Ricardo Gomes, autre victime de la vie. Il reviendra, de temps en temps, saluer son jardin du Parc Lescure et ses nombreux supporters. Un homme présent au club depuis 1984 a forcément marqué des générations entières de supporters, qui n’avaient, jusqu’à ces dernières années, jamais envisagé le FC Girondins de Bordeaux sans lui. Pour beaucoup, il est « le coach des gardiens », ce type aux cheveux blancs qui envoient des centres millimétrés à Ramé, ou Carrasso avant que la rencontre ne commence. Pour d’autres, il est le héros des épopées européennes des eighties, impérial sur sa ligne et dans les airs. Pour tous, il représente, à l’instar des Tigana, Trésor ou Battiston, le scapulaire Marine et Blanc.

En Mars 2012, alors qu’il entamait un long chemin sur la voie de la guérison, il avait décidé de rendre une visite à ses hommes, au Haillan. Cédric Carrasso déclarait alors à nos confrères de So Foot :

« Ça m’a plus que touché. Et tout ça, c’est plus important que d’être en salle de presse ou que de m’être entraîné et de parler de football. Là, c’est autre chose… Ça fait un an que l’on avait appris quelque chose qui m’avait beaucoup touché, car c’est aussi une personne avec laquelle je partageais tout depuis plusieurs années. Et le revoir comme ça, c’est… Je n’avais envie de rien d’autre… que de rester avec ! Le voir, ça fait du bien. »

A l’instar de ce témoignage aujourd’hui vieux de trois ans, tous ses amis s’accordent à dire qu’en plus d’être un immense footballeur et entraîneur, Dominique Dropsy était aussi un grand monsieur, attachant. Benoît Trémoulinas, en apprenant la terrible nouvelle, ne pouvait cacher son admiration pour l’homme, dans les colonnes de Sud Ouest.

« Jai vraiment passé de bons moments avec lui, tout le monde n’a pas cette capacité à avoir la « banane ». Il était très respecté parce qu’il savait aussi taper du poing sur la table. Quand il avait quelque chose à dire, il le disait en face. Les gens comme cela sont rares dans le football et il y en aura de moins en moins… »

Dropsy emporte avec lui les plus belles heures du football à Bordeaux. Un des hommes avec qui il les a partagé raconte ses derniers souvenirs de lui. Roland Courbis : « Je suis bouleversé. Je l’avais eu au téléphone il y a à peine un mois. Il venait de rentrer chez lui, il était tout heureux. Il venait d’avoir les résultats de nouveaux examens et il avait « gagné son match » comme il me l’a dit. » Une défaite donc, cruelle pour tous les amoureux des Girondins, mais aussi du football que nous sommes. Une défaite qui ne doit pas nous faire oublier toutes ses victoires, qu’elles soient sportives ou humaines. Absent lors de la dernière journée au Parc Lescure le 9 mai 2015, les Bordelais n’ont pas omis de rendre l’hommage le plus vibrant qui soit à Dropsy, en présence des plus grandes figures du club.

Dom’, tu avais donné l’habitude aux habitués du Parc Lescure d’arriver le premier sur le terrain. Tu en repars tôt. Beaucoup trop tôt.