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Le football est le sport le plus populaire du monde, il était donc normal que le 7ème art lui rende un hommage mérité. Fréderic Auburtin pensait donc, avec l’appui d’acteurs reconnus comme Gérard Depardieu ou encore Tim Roth, faire le film ultime à propos du football. Cependant, il est difficile d’accorder une seule once de crédibilité à un film qui met en valeur la FIFA comme une institution exemplaire. Surtout quand des affaires de corruption éclatent en mille morceaux dans le visage des puristes. Alors que doit-on réellement tirer de ce film ? Objet filmique ou objet de propagande ?

Une production manquée

Entrons très vite dans le vif du sujet, les cinéphiles ne seront pas conquis par l’épaisseur de ses carences narratives. Mais cela dit, même un spectateur lambda s’endormira tant le scénario ne fait que raconter. Gérard Depardieu souhaitait que « United Passions » soit en compétition au Festival de Cannes, on comprend Thierry Frémaux lors de son choix de l’évincer de la course à la Palme d’Or tant l’hypocrisie du projet se fait vite ressentir.
Le film repose sur un scénario très basique se contentant uniquement de présenter le processus de création de la FIFA, dès 1904 jusqu’aux élections de Sepp Blatter. Donc si vous souhaitez revoir de grands matchs de football façon France/Allemagne 82, passez votre chemin. Tout l’intérêt du film repose sur sa reconstitution, donc votre choix d’appréciation va donc varier selon vos attentes.

Cette portée documentaire stylisée à un « storyboarding » à l’américaine aurait pu être très intéressante si elle était crédible ne serait-ce qu’une seule seconde. Mais c’était sans compter sur la présence de la FIFA dans la production du film, qui aura donc évidemment une importance capitale dans le choix du montage final, et de ce qui sera dit dans le film. C’est dire le pouvoir du réalisateur dans la création artistique… Passons ce premier méfait, les acteurs n’ont pas eu toutes les cartes en mains pour exploiter chacun de leurs personnages. Les choix des acteurs sont donc manqués. L’œuvre qui se veut proche d’un biopic, est effarante tant les protagonistes ne ressemblent pas aux initiaux. Un gâchis qui nous fait très vite ressortir du film. Tim Roth n’a en aucun cas les allures d’un Blatter. Il y a comme un semblant de caricature, tellement les personnages manquent de caractère, les mimiques (un comble pour l’ancien de Pulp Fiction) qui fait du suisse l’homme influent qu’il est n’apparaissent pas. Les footeux ne se reconnaîtront donc pas. Le seul point intéressant à relever est la reconstitution des décors, véritable travail à apprécier. Mais là encore, réussir à ne pas nous donner cette sensation frissonnante du rectangle vert, c’est qu’il y a encore un problème…

Une propagande d’orfèvre

Le réalisateur s’est-il dit à un moment donné qu’il prend son spectateur pour un idiot ?
Si à sa décharge, son cadrage et son travail de décoration comme dit juste avant le sauvent, cette volonté de mettre en avant Sepp Blatter, scène après scène comme un travailleur dur, mettant tout en œuvre pour faire de la FIFA une association en faveur de nous, footballeurs amateurs ou professionnels paraît ridicule. Ici, l’œuvre est comme du papier à musique, lisse sans jamais montrer une seule zone d’ombre, toute cette « transparence » relève de l’arrogance pure et simple. Certaines séquences risquent d’irriter les connaisseurs, notamment celle des élections présidentielles. Blatter n’hésite pas aujourd’hui à faire de l’ombre à Michel Platini quant à sa succession. Dans ce film, vous verrez Havelange et Blatter faire de leurs élections des prouesses de sympathies, sans une seule concession notable envers leurs adversaires. Et oui, une élection ne se passe jamais sans accroc c’est évident. On espère même vers la fin du film en savoir un peu plus car la corruption a tout de même été mentionné. Mais non, Blatter fait face et promet de faire « le ménage » face aux traîtres de l’institution. Quand on connaît les soubresauts qui sévissent à la FIFA, il va falloir vite nous expliquer comment ce film a pu sortir. United Passions n’offre donc que très peu de possibilités de pensée au spectateur de se faire sa propre idée puisque tout est fait pour penser à l’histoire comme elle est présentée, et n’offre (surtout) rien d’une œuvre cinématographique. En résumé, ce film vous dit « tout va bien, continuez à nous suivre, on est très gentil à la FIFA, on le fait pour vous ».

Fiche technique 
Titre : United Passions
Réalisateur : Fréderic Auburtin
Genre : Propagande (apparemment c’est Drame)
Production : Leuviah Film / Thelma Films / FIFA
Durée : 1h50
Distribution : Gérard Depardieu / Sam Neill / Tim Roth / Fisher Stevens / Jemima West
Note : 1/5 (parce que le réalisateur mérite mieux qu’un travail de commande sinon c’est 0)
Auteur : Nicolas Khamsopha
About : Entre le tapis rouge du Festival de Cannes et le Stade Vélodrome.
Réalisateur d’émotions compulsives en 90 minutes.

Merci à @Khamsophaprod