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Il est autour de 21h30, heure Londonienne quand le coup de sifflet final retentit à l’Emirates Stadium. Arsenal l’a finalement fait. Après s’être vu massacré dans la presse, déjà mis à mort par spectateurs et critiques devant l’ogre bavarois de Pep Guardiola avant même qu’un ballon de football ne soit touché, les hommes de Wenger ont défié tout pronostic et ont rendu leur mardi soir magique en battant le Bayern Munich par 2 à 0. De la chance ? Probablement. Un résultat inattendu ? Evidemment. Mais une chose est sûre : Arsenal s’est défait avec maîtrise et classe d’un Bayern qu’on pensait intouchable.

C’est encore un de ces matches qu’on verra torpillés par amateurs du beau jeu catalan de tous horizons, critiquant la manière exécrable dont les Londoniens ont gagné, rappelant que c’est le jeu de Guardiola, dominateur à outrance avant-hier soir qui méritait de prendre les trois points, s’appuyant sur les chiffres de possessions et de passes (« saviez vous que le Bayern a fait 425 passes de plus qu’Arsenal ? c’est COLOSSAL !) comme pour abréger et réduire toute analyse de ce qui a été vu sur le terrain.

Sauf que tout ça, c’est des foutaises, vous le savez, je le sais, Guardiola le sait, la terre entière le sait.

Hier ce n’est pas une simple défaite du Bayern qui a été vue sur le royaume de sa Majesté la Reine, mais bien une défaillance collective des hommes de Guardiola, autant qu’une faillite dans le principe suprême de jeu érigé par le Catalan qu’est la possession pure.

Ainsi, nous avons pu observer le joli spectacle proposé par le Bayern en début de match (percussions de Costa, passes verticales, différences individuelles, occasions collectives par Thiago) lentement se fissurer au fil de la première mi-temps pour laisser place dans le deuxième acte à tout ce qui fait le pain des détracteurs : la possession stérile, horizontale, ne comptant que et seulement que sur les différences individuelles pour entrer dans la surface de réparation et finalement ne jamais créer de danger collectif sur un Cech impérial. C’est dans la mentalité de jeu que ce Bayern, infiniment supérieur à Arsenal dans la qualité technique et l’intelligence tactique, fait défaut. En grossissant le trait, il n’est pas faux de dire que le Bayern a clairement pris de haut Arsenal (ayant perdu ses deux premiers matches de Ligue des Champions) et que les Londoniens ont abordé ce match comme celui de la dernière chance, couteau entre les dents. Si les Bavarois pensaient fatiguer leur adversaire en multipliant volontairement les passes (cf: extrait du discours d’avant match de Guardiola contre Arsenal en 2014) cette fois-ci Arsène Wenger a bien fait de changer radicalement d’approche pour ce match.

Dinosaure contre génie en panne

Finalement, c’est quasiment une bonne chose que le Bayern ait chuté ce mardi à l’Emirates. Parce que ce n’est pas une simple défaite que celle que nous avons vu mais un chapitre déterminant dans le mandat bavarois de Guardiola. Pour une fois, le Bayern s’est retrouvé dans le rôle qu’il occupe généralement à partir des phases finales : du Bayern dominateur à outrance, penchant tiki-taka mais chutant devant une équipe assez intelligente et prête au sacrifice de soi pour le manoeuvrer défensivement. Seulement, l’attrait des phases finales, c’est qu’en renversant le résultat au retour, plus personne ne se rappellera de l’aller perdu (jusqu’aux demi-finales où le Bayern de Guardiola semble être incapable de renverser quoi que ce soit). Problème en phases de poules : les trois points perdus ne reviendront pas. Alors évidemment cette défaite ne remettra nullement en cause la qualification en phase finale du Bayern, mais pour synthétiser : c’est la première fois que le Bayern faillit collectivement aussi tôt dans la saison contre une équipe de top-niveau. Je ne compte pas ici la défaite face à Manchester City la saison dernière qui était plus un match de gala qu’autre chose.

Face à ce Bayern nous avons vu un Arsenal étrangement rafraichissant (paradoxal pour une équipe ayant joué le bus), dans ses intentions de jeu. On connaissait Arsenal comme inaliénable de ses principes de jeu de possession, de domination et de jeu vertical mais Wenger a visiblement compris la différence de talent entre les deux effectifs et a choisi de s’approcher de ce qu’a fait le Real d’Ancelotti il y a deux ans en demi-finale de LDC. C’est un Arsenal patient, regroupé, emmené par un Alexis aux pieds caramélisés qui s’est présenté ce soir-ci et on aimerait le revoir aussi intelligent face aux autres équipes de Premier League qui lui sont sensiblement supérieures. Alors oui, Bellerin cherche encore ses chevilles après le cross de Costa, oui l’ouverture du score est largement plus imputable à l’erreur de Neuer qu’à une géniale inspiration de Giroud mais c’est aussi comme cela qu’on gagne en Ligue des Champions. En lâchant ses sacro-saints principes de jeu pour provoquer la chance et la victoire à l’expérience. Qui aurait cru qu’on puisse voir un jour cela d’Arsène Wenger ?

Si même un dinosaure peut se mettre à l’ère de la voiture, rien n’empêchera un catalan de se mettre à l’ère de l’Union Européenne.

Il y a quelques mois, je racontais la chute de l’empire d’un autre technicien de génie, ici.

Toujours à cette période, mon collègue Diezista, Bavarois de la première heure, Elias, décortiquait déjà l’échec du catalan à Munich, ici.