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Suite à une sombre affaire de chantage (dont on ignore encore sa responsabilité), Benzema est redevenu une racaille, un français d’origine algérienne mal intégré (ou est-ce l’inverse ?) aux yeux d’une partie de la populace. Nombreux sont ceux qui réclament sa tête, au nom de l’irréprochabilité et de la justice. « Crève Benzema, crève », quand le football devient terrain de haine arbitré par les « bien–pensants » de la place publique.

L’Euo 2016 est dans huit mois. Une date qui semble paraitre lointaine, pourtant tellement proche. L’Équipe de France entre dans une phase cruciale. À partir de maintenant les performances individuelles seront (vraiment) scrutées, les matchs amicaux auront des gouts préparatoires. Il est temps d’entrer dans une phase ou les Bleus doivent avoir, à quelques éléments près, un onze fort et stable ainsi que des certitudes dans le jeu. Cependant, plus le temps passe, plus les joueurs trépassent. Fékir, Payet, Valbuena, Benzema sont actuellement dans la tourmente. Si les deux premiers sont blessés et/ou tricard, les deux autres sont au cœur de ce que l’on appeler un scandale médiatique. Le schéma est simple : Valbuena, « babtou » fragile haut comme trois pommes est victime de chantage par un certain Karim Zenati (COMME PAR HASARD), ami d’enfance de Karim Benzema. Beaucoup de Karim dans cette histoire, c’est trop pour une partie de la population, actuellement animée par une profonde haine migratoire. Peu importe le rôle qu’il ait joué dans cette affaire, peu importe le verdict rendu, l’ancien lyonnais est coupable.

Coupable de quoi ? D’avoir des origines africaines, d’être footballeur, d’être riche, de ne pas chanter la Marseillaise, d’être un « mauvais français », qu’importe le motif, il est coupable. Alors que nombreux avait fini par oublié Knysna, les démons de cette affaire ressurgissent d’un coup, et sont catalysés par une seule et même personne : Rim-Ka. L’impression que tout ce cirque aurait quoi qu’il arrive vu le jour, comme si c’était une poudrière qui n’attendais de recevoir qu’une étincelle pour exploser. Le flot d’insulte qu’il reçoit actuellement n’est pas anodin. En y regardant de plus près, les gens n’attendaient que ça. Les médias ne s’en privent pas, comme s’ils donnaient de la confiture aux cochons. Ils surfent aujourd’hui sur cette vague très lucrative, celle de l’infâme racaille anti républicaine, celle des Merah et autres Kouachi. Sauf qu’il n’y a pas mort d’homme. À vrai dire, il est bien plus facile de taper sur Benzema ou un autre footballeur « soi disant français » que sur d’autres sportifs. Ça fait vendre, ça entretient le fantasme que de nombreuses personnes ont que de voir « la racaille tomber », ça fait le jeu de la classe politique qui n’a pas besoin de communiquer sur les chiffres lamentables du chômage. Bref, tout le monde est content.

Et Deschamps dans cette histoire ?  S’il reste malgré tout serein, entre les méformes (Lacazette, N’Tepinho), les blessures et les histoires judiciaires, le potentiel offensif de l’EDF se retrouve très affaibli. Obligé de rappeler l’exilé Gignac, qui rappelons-le n’est pas un crack, au mieux un bon joueur, pour pallier ces absences. Un mélange d’attaquants de niveau L1 et des « wonderkids » sera-t-il suffisant pour ramener le trophée en terre gauloise ? Le premier préjudice de l’EDF contre l’Allemagne durant le quart de finale de la Coupe du Monde fut le manque de talents. Durant cette partie, l’EDF n’a pas eu suffisamment de technicité, d’explosivité, de créativité pour pouvoir gêner la National. Un manque qu’un seul et unique joueur aurait pu alors combler : Franck Ribery. Pourtant sa mise à l’écart fut saluée comme étant bénéfique, une racaille de moins aux yeux du public.

En risquant de ne pas prendre Benzema, Deschamps pourrait une nouvelle fois se tirer une balle dans le pied. Pour ces détracteurs, Benzema n’est pas assez bon en EDF. Mais dans les faits qui est vraiment bon en équipe de France, qui sort du lot ? Personne. Là où l’on pourrait plus attendre de Benz’ serait dans l’attitude, celle d’un leader, du moins technique. Mais il n’a pas la carrure. Depuis six ans, il est le meilleur passeur et complément pour CR7. Est-ce qu’un grand joueur, qui plus est attaquant, aurait accepté d’être aussi longtemps dans l’ombre du portugais ? L’ancien lyonnais est un suiveur, son jeu est dépendant de la qualité de l’équipe qui l’entoure. C’est un joueur d’équipe, un travailleur de l’ombre, aux qualités techniques exceptionnelles.  En sélection, il n’a pas la même situation qu’à Madrid. Pourtant, il reste le meilleur neuf français en activité. Ne pas le prendre, outre raison judiciaire, serait un suicide. Pour gagner l’Euro, la France devra mettre ces démons de coté, et laisser les « racailles » s’épanouir sous l’écusson du coq. Qui se souciera des origines de Benzema lorsqu’il marquera le but victorieux (sur une passe de Ben Arfa) en finale de l’Euro?