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Ne pas céder aux sirènes de la nostalgie lorsque l’on est supporter monégasque est bien difficile. Que la victoire en terre londonienne paraît lointaine ! Les émotions de ces matchs à enjeux ne sont plus qu’un souvenir éloigné comme la moitié de l’effectif de la saison passée. Pourtant, en y regardant de plus près, les rouges et blancs sont en avances sur leurs temps de passage à l’aube de la 15 ème journée. Avec trois points de plus par rapport à l’année dernière, les hommes de Jardim restent malgré tout de sérieux prétendants au podium.

Les problèmes actuels de Monaco étaient similaires il y a un an. Inoffensif, fragile, ennuyeux, les critiques étaient nombreuses (et justifiées). Le club du Rocher sortait, comme cette année, d’un mercato plus que délicat. De doutes à promesses, de promesses à doutes, les supporters ne savent plus sur quel pied danser. Les dirigeants eux se cachent derrière des chimères grandioses, comme celle du FC Porto ou celle du joueur de Football Manager ; qui voit son équipe gagner de nombreux titres grâce à des wonderkids venus d’ailleurs. Mais la réalité est bien plus mesquine…

Pour la majorité des supporters de L1, l’enceinte monégasque n’est que railleries et moqueries pour sa faible affluence. Pourtant il s’agit bien plus qu’une simple blague revisitée mille fois. C’est tout un symbole, celui d’un échec, d’un projet proche de l’avortement. Un casse tête chinois dont la solution paraît de plus en plus comme étant inexistante. Quatre ans après l’arrivée de Rybolovlev, et ce, malgré des efforts répétés (offres commerciales, meilleure communication, accès facilité etc…), les résultats pour augmenter le nombre de visiteurs sont inexistants. Les grands joueurs sont venus, les supporters non. Pire suite au premier exode, celui de James Rodriguez et Falcao, certains sont même partis. Aujourd’hui, l’ASM se classe avant dernière dans le classement des affluences, juste devant le Gazelec d’Ajaccio.

L’ambiance d’un match à Louis II est, sauf cas exceptionnel, d’une grande morosité, une atmosphère qui a des répercussions directes sur le terrain. Les rouges et blancs ont attendu la douzième journée pour célébrer leur première victoire à domicile, remportée 1-0 contre le terrible SCO d’Angers. Au delà de ces résultats navrants, c’est la mise en scène de l’équipe qui -à l’instar des assises jaunes inoccupées- est triste et sans âme. À tel point que se livrer à un match de Monaco, que l’on soit un fan invétéré ou pas, est un véritable supplice pour les yeux et un bon remède contre l’insomnie. Un constat d’autant plus flagrant lorsque l’on prend du recul. Jetez un œil vers d’autres contrées (peu importe ou), vous ne verrez pas de spectacle aussi désolant. Dans un silence pesant, coupé de temps en temps par de timides applaudissements et les directives des bancs, les joueurs jouent un football sous morphine, riche en séquences de jeu amorphe, créativité offensive fantomatique et joueurs en sous régime permanent. Une morosité ambiante contagieuse, qui s’est propagée jusque dans la communication du club. Au fil du temps, elle est devenue désespérante et désespérée.

Un contexte peu reluisant qui n’est pas propice à la venue de joueurs et sponsors. Les ressources financières monégasques sont certes immenses, mais ne permettent pas de combler le vide laissé par le stade. Monaco est condamné a rester un club moyen, au mieux bon. Pour s’en sortir, notamment face au fair-play financier, les dirigeants se sont enfermés dans un cercle vicieux et malsain, celui de la spéculation de joueurs. Ici le joueur est un ROI : un retour sur investissement. La logique sportive laisse place à la logique financière, mettant définitivement un terme aux stratégies à moyen-long terme. Une politique qui répond naïvement aux besoins du FPF et de la DNCG, mais qui met une croix à toute ambition sportive.

Malgré les désillusions et l’ennui, Monaco est aujourd’hui a deux points de la deuxième place, grâce à une L1 faiblarde comme jamais. Une performance qui laisse entrevoir de meilleures perspectives. Mais pour retrouver foi en son projet, l’ASM devra gagner la bataille des tribunes avant celle du terrain. Les matchs les plus aboutis de l’ASM à domicile l’année dernière était ceux ou le stade ne sonnait pas vide : Marseille, Zenith, Juventus. Il y a 10 ans, l’affluence moyenne oscillait entre 11 000 et 12 000 spectateurs, soit +40 % par rapport à aujourd’hui. Un chiffre qui laisse entretenir un mince espoir de réussite. Paris voulait assagir les foules pour avancer, à Monaco on veut les déchaîner.