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« Wallah que ceux qui viennent pas aux entraînements physiques du lundi ils seront pas retenus pour les matches du week-end ».

Oui c’est ça Van Gaahmed. Tu prenais ses menaces à la légère sous prétexte que t’avais payé ta licence 200€ et qu’il était obligé de te faire jouer. Mais au bout de deux mois sans avoir disputé un match ni même été sur le banc, tu t’es remis en question. T’avais même pas de poste fixe, ni toi ni ton coach ne saviez où te mettre sur le terrain. Bon, en vrai, ton coach il te voulait pas sur le terrain, ça c’était sûr. En même temps tes coéquipiers te le montraient bien à l’entraînement quand on te plaçait dans une équipe, ils tiraient la gueule.

Vous étiez 24 dans cette équipe C. Tu te souviens pas de tout le monde mais il y a quelques personnes qui t’ont marquées. Tout d’abord il y avait le clan des arabes, des ailiers principalement, des mecs qui faisaient des bruits bizarres avec leurs langues quand ils essayaient de dribbler quelqu’un. Dans ce clan deux mecs sortaient du lot. Hicham et Mehdi. Hicham c’était le Yacine Brahimi de l’équipe, jamais il lâchait son ballon, même quand il effectuait une touche il essayait de dribbler avec ses bras, c’était un mec bizarre. Mehdi, c’était un ancien mec de l’équipe B venu renforcer nos rangs parce qu’on puait la merde, c’était l’arrogance à l’état pur, il proposait souvent qu’on t’utilise comme ballon quand le coach ne savait pas où te mettre à l’entraînement.
Parmi ces djihadistes il y avait « les milieux intelligents » de l’équipe. Loïc et Romain. Bah oui, qui dit intelligence de jeu dit joueur blanc. Loïc c’était l’homme de l’ombre, le mec qui fait l’effort pour toute l’équipe. Romain c’était LA star de l’équipe C, notre numéro 10, t’étais jaloux de lui parce qu’il jouait en Kipsta mais qu’il était plus fort que toi. Et il était beau aussi. Très beau. Ses lèvres pulpeuse là. Y’avait aussi un clan de noirs. Mis à part le fait qu’ils avaient des fausses licences et qu’ils étaient plus âgé que le coach, qui allait s’attarder dessus ?
Toi t’avais ton propre clan, toi et ton obésité. Vous étiez inséparables, c’était la seule personne avec qui tu partageais ton grec. Mais quand tu fais parti d’une équipe tu te dois de t’intégrer. Le problème c’était pas toi. C’était eux. Personne n’avait confiance en tes capacités, à un tel point que tu doutais toi-même de ton football. Mais tout ceci allait changer car le football est une langue universelle et il faut parfois une action pour que les gens changent leur point de vue à ton égard (sah faut vraiment que t’arrêtes de regarder Olive et Tom).

Mercredi. Entraînement avec ballon. Comme d’habitude t’arrives le premier à l’entraînement, pas parce que t’es motivé mais parce que ton club est essentiellement composé de rebeus et de renois et que la ponctualité c’est quelque chose de secondaire chez eux. A vrai dire t’étais content d’être arrivé en premier, au moins tu pouvais te changer tranquillement dans les vestiaires sans que les gens te demandent quel taille de soutien-gorge tu faisais (c’était du 95b pour ceux que ça intéresse).
Ce jour-là le coach t’a pris à part, il te ressassait son pitch comme quoi il savait pas où te placer mais qu’il avait bien étudié ton corps et

« vu ta masse corporelle, je pense que t’as un rôle à jouer en défense centrale ».

La défense ? Ça te plaisait pas trop comme idée, aucune collégienne ne mouillait sur un défenseur. Mais pourquoi pas, si ça te permettait de rentabiliser les 40 grecs que t’as mis de côté pour pouvoir te payer ta licence il fallait tenter le coup.

Le seul soucis, c’est que t’étais ridicule. Tu savais pas marquer quelqu’un et juste avec une feinte de frappe tu tombais comme Boateng. En plus t’aimais pas courir derrière ton attaquant, pas parce que ça te saoulait mais parce que le t-shirt Go Sport que t’as acheté il était trop moulant. Du coup, à chaque pas que tu faisais, tes seins ils sautillaient. Au final tu savais plus trop si t’étais un footballeur ou une actrice porno. Mais ce que tu ne savais pas c’est que cet entraînement allait changer la vision que tes coéquipiers avaient sur toi. T’allais plus être à leur yeux un gros pleins de soupe, mais bien un membre de l’équipe C. Quelqu’un sur qui on peut compter.

Ton équipe était menée 1 à 0. Bien évidemment il fallait trouver un coupable, et comme t’es gros, bah cherche pas frère, c’était toi. Ton équipe se faisait archi dominée, et le pire arriva quand ton gardien fit une mauvaise relance et que le ballon atterrit sur l’attaquant que tu marquais. Il te crocheta tellement bien que ta tête partit à droite et ta graisse à gauche. Mais grâce à Dieu, c’était un arabe, il essaya donc de dribbler le gardien alors qu’il devait juste pousser le ballon dans le petit filet. Ça te laissait le temps de revenir. Le pied du gardien réussit à contrer le dribble de Bouteflika, et le ballon fila tranquillement vers le point de pénalty. A ce moment précis, tu vis un autre attaquant foncer vers le ballon, t’entendais ton gardien à terre crier « WESH ROULE VA LE RECUPERER ». Tu roulas vers le ballon à une vitesse extraordinaire, t’avais pas de solutions, personne n’était démarqué, et tu ne sais pas pourquoi, mais tu as voulu dribbler dans ta propre surface de réparation alors que tu étais limité techniquement. Et quel geste technique tu me diras. Une roulade ! T’entendis un « WESH ?????? » de la part de ton vis-à-vis. Il était battu. Tu regardas tes crampons et tu remercias Zidane. Mais tu ne voulais pas t’arrêter là, tu remontas le ballon jusqu’à la moitié de terrain adverse. Tout le monde te demanda de passer le ballon. Allez niquer vos mères, je suis on-fire là putain. Mehdi se dressa contre toi, après un petit cafouillage, et beaucoup de chance tu réussis à lui rentrer un crochet et a continuer ta course. Alexis 2 arabes 0. Là tu vis Hicham démarqué sur la droite, tu lui passas le ballon, pas parce que c’était la meilleure solution mais parce que t’étais giga mort d’avoir remonté la moitié de terrain. Il dribbla son vis-à-vis et arma une frappe contrée par le gardien. Corner.

Corner ? Tu décidas de monter, ton coach te criait dessus pour que tu restes en arrière au cas où ils mèneraient une contre-attaque. Allez, mange tes morts toi aussi, t’allais avoir une carte FUT In-Form et il te demande de rester derrière. Romain se chargea de taper le corner. La balle volait dans le ciel en ta direction, comme si elle était attirée par toi, au nom de Dieu qu’à ce moment précis tu n’avais pas compris pourquoi personne te marquait. Sûrement parce qu’ils te sous-estimaient encore. T’aimais pas mettre de tête à l’époque, tu laissas tes seins agripper le ballon et celui-ci descendit tranquillement vers ton pied. Il fallait armer avant qu’il fasse un rebond sinon les défenseurs allaient contrer ta frappe. Une reprise de volée. C’était la seule solution. Tu armas ta reprise de l’extérieur du pied et le ballon pris une courbe si belle, si séduisante, encore plus belle que les courbes de bae, qu’il se logea dans la lucarne sans que le gardien puisse réagir. Égalisation. Tout le monde te regarda bouche-bée, tu voulais fêter ton but mais un gros qui fête un but ça allait être franchement ridicule et puis à moins de mimer un mec qui mange un grec t’avais pas vraiment d’autres idées en tête. Tu baissas juste la tête et reparti te replacer en marchant pour l’engagement. Tes coéquipiers passait un à un devant toi en trottinant, tu voulais pas croiser leur regards, comme si t’étais gêné d’avoir mis ce fabuleux but.

« Pas mal » « Ça va t’es pas si nul que ça en fait » « Tu m’apprendras ou quoi t-shirt rouge » « Fais ça plus souvent frère ».

Chaque personne qui passait devant toi y aller de son petit mot d’encouragement ou d’une tape amicale sur le dos, même ceux de l’équipe adverse. Tu souriais timidement et tu n’avais plus qu’une idée en tête, gagner ce match.

Le coach prit alors une décision importante pour toi. Il te monta d’un cran et te plaça en tant que milieu défensif. La suite de ce match n’est pas intéressante. Le score final était 1-1. Mais au-delà du score c’est le comportement de tes coéquipiers qui te toucha particulièrement. Ils n’avaient plus cette crainte de te passer le ballon, ils le faisaient naturellement. Pour des gens comme eux c’est sûrement quelque chose de banal, mais pour des gens comme toi, c’était plus que ça, c’était de la confiance qu’ils plaçaient en toi. L’opinion que t’avais d’eux changeait parce que l’opinion qu’ils avaient de toi changeait aussi. Tu n’étais plus le petit gros à qui on ne passait pas le ballon par crainte de le perdre. Tu étais Alexis, le milieu défensif de l’équipe C. En une mi-temps tu touchas plus de ballons qu’en 2 mois d’entraînement et une fois la séance terminée, l’entraîneur vous réunit dans les vestiaires.
Tu fixas le tableau qui annonçait les titulaires et les remplaçants du prochain match. Tu cherchas ton nom partout, tu devins même con. Tu pensais que l’entraineur s’était peut-être trompé en marquant « Kévin » et qu’il voulait sûrement écrire « Alexis ». Mais non, il ne s’était pas trompé, tu n’étais pas convoqué pour le prochain match. Tu sentis en toi une rage monter, tu ne voulais même plus manger, t’imagines à quel point t’étais mal ? Tu vis alors le coach se diriger vers toi et t’agripper par le bourrelet gauche alors que tu t’apprêtais à sortir des vestiaires.

« Si parmi les convoqués de samedi quelqu’un ne peut pas jouer, c’est toi que j’appellerai pour le remplacer Alexis. »

Un simple merci sortit de ta bouche. Finalement, il restait encore de l’espoir.