La drôle de semaine des supporters Bordelais

C’est un fait, Bordeaux va plus que mal. Au cœur d’une crise pour laquelle le football français n’accorde que peu d’intérêt, les Girondins sombrent petit à petit dans un anonymat en conformité avec les performances de leurs joueurs. Il faut dire que les Poko, Yambéré, Chantôme ou encore Contento peuplent un effectif où les supposés cracks ne sont pas au rendez-vous. Rolan, quasi-partant pour l’Angleterre cet été avec une valeur estimée à plusieurs Florian Thauvins n’est que l’ombre de lui-même. Diabaté, goleador au grand cœur, ne met plus un pied devant l’autre, notamment à cause de blessures à répétitions. Seuls Maurice-Belay le brésilien, Khazri le tunisien et Crivelli le bûcheron canadien permettent d’entrevoir un semblant de football en Gironde.

Après un début de saison plus que mitigé, direction Liverpool pour des Bordelais apathiques.

anfield

Privés de Khazri, suspendu, et Pallois, blessé, c’est un FCGB diminué qui se présente à Anfield. Face à eux, une armada en pleine résurrection sous les ordres de l’autre Loco : Klopp. De quoi effrayer plus d’un Marine et Blanc, pas vrai ? Ils sont cependant un millier à avoir traverser la Manche et une Angleterre brumeuse (pour ne pas dire plus), afin d’encourager une équipe sans âme, et découvrir le mythique stade des Reds. Les visages sont fatigués, les traits tirés après une nuit passée dans les bus ou toutes les diverses auberges de jeunesse remplies de jeunes étudiantes italiennes Erasmus crasseuses que peut compter le Royaume-Uni.

Au moment d’entrer dans Anfield Road, les centaines de supporters visiteurs trouvent cependant un second souffle. L’émotion est palpable, et la tension monte jusqu’au moment attendu par tous. You’ll Never Walk Alone hein, pas un centre réussi d’André Biyogo-Poko. Alors on fait comme tout le monde, on tend son écharpe et on écoute. Le son vient de partout, la sono est rapidement surclassée par des Anglais remplis de bières s’époumonant sur leur hymne. On pourrait alors se dire que les supporters bordelais sont venus pour rien, ou du moins qu’il sera difficile pour eux de se faire entendre. On pourrait se dire ça, oui, si on n’était pas au fait de l’ambiance lunaire qu’il règne dans l’immense majorité des stades du Royaume. Et comme des images valent mieux que des paroles…

Domination claire et nette des Scousers sur le terrain, domination toute aussi flagrante des Bordelais en tribune. Mignolet fait le con, réussit deux ou trois boulettes et a la merveilleuse idée de garder le ballon 20 secondes dans ses mains. Coup-franc indirect dans la surface. Quand on est bordelais, on a tendance à se dire, et à savoir, qu’on supporte une équipe tellement dégueulasse qu’elle est parfaitement capable de planter un coup-franc indirect dans la surface dans le temple d’Anfield. Bien. On ne se trompe pas. Saivet envoie une énorme mine dans la lucarne du Belge. Bordeaux, équipe qui a perdu contre le Gaz’ d’Ajaccio, mène à Liverpool.

On est cependant vite rassuré. Le fameux Patrick Benteke s’écroule dans la surface, obtient un pénalty que l’affreux Milner transforme sans trembler dans la foulée. Peu après, l’attaquant Belge réalise un enchaînement beaucoup trop rapide pour Cédric Yambéré (Ndlr : Per Mertesacker est trop rapide pour Cédric Yambéré) et fusille Carrasso. La deuxième mi-temps file à toute vitesse et les éclairs de génie de Maurice-Belay, entré en jeu, n’y changent rien. Bordeaux est éliminé de l’Europa League.

Acclamé par Anfield au moment d’une Marseillaise improvisée et inattendue à l’issue de la rencontre, le parcage Bordelais se contente de la belle soirée passée à Anfield Road. Dans les nombreux pubs des bords de la Mersey, on garde un motif de satisfaction : tous ces gens, vêtus de rouge, qui vont jusqu’à lâcher des « Thank You » pour l’ambiance, les chants, et la Marseillaise à laquelle ils ont eu droit. Retour au pays cependant, dans la nuit ou plus tard. Les matchs de gala, même perdus, doivent être savourés car la Ligue 1 revient très vite. Et les emmerdes avec.

Du jeudi au dimanche, la durée est idéale pour récupérer ses cordes vocales. Caen se présente au stade René Gallice (Ndlr : Non, pas Matmut Atlantique, on va éviter hein) avec la possibilité de prendre seul la deuxième place du classement. Bordeaux se présente avec la possibilité de… D’aller un peu mieux. Hommage aux victimes des attentats, Chant des Partisans en Virage, et surtout, drapeaux Tunisien, Libanais, Kurde, Kenyan, Malien et Nigérian. Séquence émotion avant le match donc. Elle était bienvenue, car les frissons n’étaient pas de mise pendant les 90 minutes suivantes, si ce n’est de dégoût.

Une pauvreté technique affligeante, des choix tactiques incompréhensibles et un but caennais pour couronner le tout. La première mi-temps est difficile à encaisser se dit-on alors. La deuxième mi-temps sera pire, ressemblant à une descente aux enfers sans fin. Rapidement, 2-0, puis 3-0. Les sifflets tombent des travées. « L’institution » est de plus en plus évoquée ces temps-ci dans le football. L’institution qu’est le Scapulaire Marine et Blanc semble bafouée depuis plusieurs mois par un effectif faible et sans âme, ainsi que depuis des années par une direction à l’ambition Stade Rennesque. Après avoir eu recours à des ressorts variés pour faire réagir les joueurs, le public décide alors de se taire. 4-0. Le public décide alors de partir. Face au mépris qu’affiche l’immense majorité des parodies de footballeurs qui portent ce maillot envers leurs supporters, quelle autre solution que le mépris ? Crivelli marquera ensuite un but d’anecdotique, même s’il est une preuve de son investissement.

Orgueilleux à Liverpool, humiliés à domicile, les Bordelais sombrent dans le ventre mou de la Ligue 1 et pourraient même être inquiétés par les équipes jouant le maintien si une réaction n’a pas lieu au plus vite. Elle paraît cependant utopique, tant la faiblesse de l’effectif est criante.

En quatre jours, un supporter bordelais a donc connu son équipe comme potentielle faiseuse de miracle sur la pelouse d’Anfield ainsi que comme parodie de football contre des Caennais inspirés.

Une alternance entre le bon et l’affreux qui caractérise les saisons irrégulières des Girondins depuis le départ de Blanc après l’épopée de 2010 en Ligue des Champions. Une alternance qui condamne les Girondins à vivre sur des montagnes russes émotionnelles, dont les descentes sont de plus en plus longues et les montées de plus en plus courtes.

Diezista en freelance entre Madrid et Bordeaux. Souvent au stade, toujours dans l'info.

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