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Quand on est petit et amoureux de football, on cherche à apprendre, à comprendre, à progresser. Mais en parallèle, on est à la recherche de références à son poste, pour s’inspirer, pour faire comme lui. En tant que gardien, à l’époque, je regardais Buffon, Casillas, Cech, Kahn, Canizares ou Barthez mais il y en avait un qui me fascinait plus que tous ceux là et c’était Sebastien Frey. Un expatrié que la France n’a jamais cherché à faire revenir. Et cet expatrié vient de prendre sa retraite, dans l’anonymat le plus total. A l’image de l’homme qui n’a jamais cherché le feu des projecteurs (sans jeu de mot), il a annoncé sa retraite via les réseaux sociaux, comme une personne humble et modeste, ce qu’il a toujours été.

Un modèle

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On l’avait oublié depuis son départ pour Bursaspor, il avait définitivement disparu des radars et la France l’avait complètement oublié. J’ai aussi envie de dire que la France n’a jamais rien fait pour le mettre en avant, mais c’est un autre débat. Sebastien Frey cumule plus de 430 capes de Serie A, le privilège d’avoir jouer dans un des plus grands Inter de l’histoire et côtoyer tout au long de sa carrière des joueurs de la trempe de Ronaldo, Ivan Cordoba, Andrea Pirlo, Ivan Zamorano, être coaché par Cesare Prandelli, affronter les plus grands attaquants de l’époque. Que ce soit Ibrahimovic (sa victime favorite), Milito, Eto’o, Miccoli, Batistuta ou Benzema en Champions League, tu as su les écœurer les rendant complètement fous. Moi aussi d’ailleurs, je me demandais comment c’était possible d’avoir de tels réflexes et une telle vitesse pour un gardien. Il faut être gardien et connaisseur pour remarquer que tu avais quelque chose en plus par rapport aux autres.

Sebastien FREY et Laurent BLANC - Milan AC/ Inter Milan - 07 01 2001 largeur defense gardien attitude geste action

Talent précoce, caractère bien trempé sans en faire des tonnes, tu as réussi à te faire un nom dans cet Inter là, celui des grands champions, à seulement 19 ans. Pendant 15 ans, l’Italie t’as mis au rang des meilleurs. Je me souviens encore que l’Italie hésitait clairement entre Buffon et toi, mais en bon modeste, tu ne voulais même pas imaginer une seconde être comparer à lui. C’était trop, beaucoup trop. Pourtant de 2005 à 2010, vous étiez les deux meilleurs gardiens d’Italie (avec Julio César bien entendu). Tu étais devenu une référence, le simple fait de voir ton nom associé à tout ces gardiens exceptionnels était une victoire pour toi. Le résultat d’un travail de longue haleine qui avait payé et c’était mérité. Ton style était unique, tu étais la fusion de Barthez et Buffon. La vitesse de Barthez et cette facilité à se coucher rapidement tout en ayant des reflexes sur ta ligue ahurissant. Jusqu’à aujourd’hui je n’ai toujours pas trouvé un gardien aussi fort sur sa ligne et aussi explosif. Malgré ton mètre 90, tu utilisais énormément tes pieds pour stopper les frappes à longue distance ou bien lors des face à face. La double parade sur Zlatan en 2008 est peut être celle qui représente le plus tes qualités. Combien de fois je me languissais des Fiorentina-Inter juste pour voir votre duel ?

Toutefois, ton périple à la Fiorentina a pris fin de manière bien triste. Alors que tu étais devenu le vice-capitaine derrière Manuel Pasqual, tu étais à l’image de la Fio de Prandelli. Impressionnante, fair-play et attirante. Jamais je n’oublierais cette séance de penalty contre Everton, où tu sors une parade incroyable sur Jagielka.


Malheureusement lors de la demi finale contre les Rangers, Fabio et Bobo vont te lâcher, eux les expérimentés vont rater leur rigore, alors que tu avais quelques secondes avant sorti celui de l’emblématique Barry Ferguson. La cicatrice restera présente parce que cette Fiorentina méritait un trophée. Mais ton histoire avec la Fio va se finir péniblement. Comme une grande partie des bons footballeurs, tu as eu le malheur de te faire les ligaments croisés. Coïncidence ou pas ? Pour la première fois, la Fiorentina (surtout Mihajlovic) t’avais mis un vrai concurrent en début de saison avec Artur Boruc. Sinisa a toujours marché comme ça, faire jouer la concurrence entre deux gardiens pour qu’ils se surpassent. Est-ce que tu avais vraiment besoin de ça? Pas sûr, mais quoi qu’il en soit, tu ne reprendras jamais ta place et Boruc faisant une belle saison, il faudra trancher. Et c’est toi qui va trinquer. Sans bruit, tu t’en vas de Florence. On espérait alors enfin te voir en France ? Mais finalement tu iras au Genoa, là ou on veut bien te donner de la confiance après le passage du très moyen Eduardo.

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Tu y joueras pratiquement 80 matchs dans une des plus mauvaises défenses de Série A et tu montrais que tu étais encore un grand gardien. Après deux saisons, on t’a vendu le projet ambitieux de Bursaspor qui veut dérégler la routine du championnat Turc avant la livraison de son stade incroyable. Une expérience, une opportunité, te voila en Turquie et toujours pas de retour en France envisagé. Après deux ans a cotoyer Taye, Renato, Mickael, Nando et le phénomène Fernandao tu résilies ton contrat. Ton frère disait « Je peux très bien aider Seba si il le veut », il pouvait te faciliter un come back retentissant en Italie, au Chievo en particulier. Vous auriez réussi là ou les frères Inzaghi avaient échoué, c’est à dire jouer ensemble. Mais faire marcher le piston et l’aide du frangin, ça n’a jamais été dans vos gênes. Vous êtes des débrouillards, tu as préféré attendre un coup de fil de la part des clubs, pas par arrogance, juste parce que tu fais parti de la caste des joueurs qui n’aiment pas faire marcher les contacts pour se trouver un club, et c’est tout à ton honneur !

Cependant, tu aurais tellement mérité de finir ta carrière à Parme au moins, le club qui t’as fait grandir en tant qu’homme et en tant que joueur. J’imagine que ça aurait été significatif pour toi, un retour aux sources à Parme, toi qui avait quitté le club pour aider le club à s’en sortir financièrement. Tu étais parti sur une victoire en barrage de Play-off, mais malheureusement, tu ne feras jamais ton come-back en Italie, préférant raccrocher les crampons à 35 ans.

En tant que fan, j’aurais aimé avoir la chance de te voir jouer en L1 et faire taire les nombreuses critiques jamais méritées à en ton égard. À Nice pour encadrer Hassen et Cardinale, à Marseille, à Troyes, à Montpellier, à Toulouse et tous les clubs à la recherche d’un gardien de qualité et expérimenté, en Ligue 1 il y en a en pagaille. Mais savent-ils que tu étais sur le marché? Ou tout simplement que tu existes? J’en doute. Malgré ton grand amour pour la France, le foot Français ne te l’a jamais vraiment rendu. Tu ne leur en voudra peut-être jamais, mais les amoureux de Serie A et de L1 auraient aimé te voir en France après 15 ans en Italie. En attendant, j’espère vraiment que les gens du football Français penseront à toi, une référence à ton poste, peut être le gardien français le plus talentueux des 30 dernières années selon moi, parce que ton expérience serait plus que bénéfique pour les plus jeunes. Malgré tout, tu restes une référence pour beaucoup de gens en Italie. Mais aussi en France, dont moi.

Grazie Freynomeno.