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« Désolé, ça sera pas cette fois-ci ».

Ni la suivante. Ni celle d’après. Ce milieu est dur quand tu ne rentres pas dans la masse. Peu importe ton âge. Malgré mon poids j’étais supérieur à la plupart de mes coéquipiers. Je n’étais pas un poids (mdr qui l’a?) pour mon équipe, je pense que j’apportais même un petit plus. Mais ne pas être convoqué aux matches ce n’était pas, en soi, une fatalité. Tant que les gens qui m’entouraient aux entraînements admettaient que j’avais un semblant de niveau, c’était déjà une victoire. Ce n’est sûrement pas la carrière que je souhaitais mais c’est peut-être la plus belle que j’ai pu avoir. Au fond, je ne cherchais aucune gloire, je voulais juste qu’on me remarque. Ne serait-ce qu’un petit peu. Je voulais juste qu’on m’enlève cette étiquette de gros. Je ne voulais pas être meilleur que les autres, je voulais être comme les autres. C’était dur mais ce fut possible. Tout ça grâce au football. C’est vraiment la plus belle des langues. C’est tellement fou de voir à quel point un contrôle, une passe, un tir peut complètement changer la vision qu’une personne peut avoir sur vous. Je sais que vous vous attendiez pour cette dernière partie à un match extraordinaire, du rebondissement, du suspense et un happy ending. J’aurais pu vous offrir du rêve mais je voulais rester vrai du début à la fin à travers cette chronique. Tout ce que je peux vous offrir, c’est ce témoignage, ma propre histoire que je lègue au football. J’ai disputé des bouts de matches durant cette année de football amateur si ça peut vous rassurer, quelques dribbles qui ont fait lever 2-3 papas venu voir leurs gosses mais rien de bien mémorable.

Jouez au football. Ne vous préoccupez pas du regard des gens. Il n’y a pas de plus beaux sports que celui-ci. La seule chose que vous pouvez perdre en le faisant, c’est du poids.

Cette histoire n’est pas ici pour prendre la défense des obèses ni pour dénoncer quelque chose. C’est juste un récit footballistique parmi tant d’autres. Il est vrai que cette histoire peut sembler banale et elle l’est en réalité. Ma carrière footballistique aura duré 1 an. Même si les débuts furent difficiles j’ai réussi à m’intégrer dans une équipe qui me rejetait au départ par le simple principe que physiquement je n’étais pas comme eux. Je détestais mes coéquipiers qui m’ont fait comprendre à quel point j’étais inutile dans cette équipe. Je savais très bien avant de commencer ce sport que j’allais être victime de moqueries et de préjugés. Mais j’ai toujours aimé le football. C’est peut-être ça qui m’a fait tenir durant cette année. Au fil des entraînements j’ai senti que ces personnes me faisaient de plus en plus confiance. Le simple fait de ne plus être appelé « t-shirt rouge » mais « Alexis » était une grande réussite. Avec du recul je comprends qu’ils aient eu cette appréhension à mon égard. Si j’étais à leur place j’aurais sûrement réagi de la même manière. Je ne garde aucune haine vis-à-vis de mes anciens coéquipiers.

Avant cette chronique j’avais encore un sentiment de colère envers eux pour m’avoir jugé trop vite et pour m’avoir rabaissé sans même connaître mes capacités. Finalement j’aimerais les remercier. S’ils n’avaient pas été aussi durs avec moi je n’aurai sûrement jamais essayé de me surpasser à chaque entraînement pour leur faire comprendre que je méritais, tout comme eux, d’être dans cette équipe. Tout le monde mérite de jouer au football, peu importe notre morphologie, notre origine ou notre handicap.

Cette chronique est dédiée à mon ancien coach qui a su me laisser ma chance et a su reconnaître tous les efforts que j’ai fourni pour intégrer l’équipe mais aussi à tous les membres de l’équipe C qui tomberont peut-être par hasard sur ce récit et qui me reconnaîtront. Au final par l’intermédiaire du football vous m’avez fait oublié que j’étais gros et j’ai pu faire ce qu’une personne normale est capable de faire. Le football m’a donné confiance en moi, j’aime ce sport, et peu importe ce qui se passera dans ma vie, je le chérirai plus que quiconque.