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La nouvelle est tombée comme un couperet, hier vers 14 heures. Même si au final cette décision est comprise et était attendue par la plupart, il y a toujours le même sentiment de surprise à la vue de ces mots alignés ensemble : José Mourinho a été renvoyé de son poste d’entraîneur du Chelsea FC.

Une décision comprise et attendue parce que la maison au lion bleu croulait sous les flammes depuis le début de saison, avec un bilan largement évocateur comme armoirie : 4 victoires, 3 matches nuls, et 9 défaites pour une affolante 16ème place à un point de la zone rouge en Premier League. Ajoutez aux flammes déjà ardentes une élimination prématurée en League Cup face à Stoke et vous comprenez pourquoi ce sont les fondations même de la maison qui sont en danger.

La décision de renvoyer José Mourinho n’est en soi pas un scandale, très loin de là. Malgré une première place en Champions League (qui verra encore le club londonien affronter le PSG), les résultats en compétition domestique ne portaient quasiment aucun signe d’espoir quand à la suite de la saison et un constat logique sautait alors aux yeux de chaque personne ayant pris le temps de regarder un match de Chelsea cette saison : cet effectif avait été au bout du bout de la limite des bornes de la limite (répétition nécessaire) de ce qu’il pouvait donner à Mourinho. Parler de fin de cycle (fin de ciclo !) apparaît alors presque comme un doux euphémisme tant le jeu déployé à Stanford Bridge et ailleurs ne ressemblait plus à rien de présentable.

Autopsie

Les causes du bilan de Chelsea cette saison, rappelé plus haut, ne sont pas une surprise pour celui ayant pris le temps de regarder attentivement ce qui se tramait dans l’ouest londonien. En effet, si les Blues sont encore à l’heure actuelle, champions d’Angleterre en titre, leur mal est bien plus profond et trouve selon moi, ses racines depuis janvier et allait forcément, tôt ou tard, éclater. Chelsea depuis sa première partie de saison 2014/2015 étincelante commençait à accuser le coup d’une gestion d’effectif largement critiquable, notamment un turnover quasiment inexistant ayant parfois coûté cher en points aux Blues, illustré par la défaite 5-3 face à Tottenham en période de Boxing Day, qui aurait pu voir Manchester City leur ravir la première place à l’époque. C’était déjà les prémices d’une défense qui commençait à s’éroder, voire démissionner sur certains matches. Si John Terry a la plupart du temps évolué à un niveau stratosphérique cette saison-ci, le reste de sa défense manquait souvent de complémentarité, voire de concentration sur de nombreuse phases de jeu. Je vous invite à lire ou relire l’excellent papier de l’ami Victor, qui critiquait déjà une régression défensive de Chelsea en janvier dernier.

Mais ce serait passer à côté du problème que de rabattre les maux du Chelsea de Mourinho sur leurs errances défensives, même si les phases de défense grotesques que l’on a pu observer cette saison ont grand rôle dans la situation du club aujourd’hui. La crise des Blues se trouve aussi dans une animation offensive devenue inexistante et dont aucune réponse viable, ni tactique ni dans les choix n’a été proposée pour y remédier. La déchéance de Fabregas cette saison, qui en était déjà à 14 passes décisives à ce moment de la saison dernière, contre deux uniquement, cette saison en est bien un indicateur.

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Sur ce comparatif Squawka il est aisé de remarquer la baisse sensible des stats du milieu espagnol entre la saison dernière et cette saison, notamment au rang des occasion créées par match (key passes) et du ratio de passes décisives par match. Si le taux de passes réussies reste sensiblement identique, c’est bien une perte radicale de créativité et d’activité verticale qui coûte aussi nombre d’occasions et de fluidité offensive dans le jeu des Blues. Une perte de créativité dans le jeu qui s’observait toute fois dès la fin de la saison dernière, avec des stats déjà en baisse pour Fabregas, à laquelle on attendait probablement une solution via le mercato d’été. Seulement oui, mais non. Pas du tout. Le mercato d’été sera un fiasco sans nom et explique aussi en grande partie pourquoi la saison de Chelsea n’a jamais vraiment décollé.

Baba, Djilobodji, Begovic, Pedro sont les noms notables achetés par le club de Roman Abramovich lors de l’été 2015, pour un montant total d’environ 60 millions d’euros. N’osez pas me demander comment l’achat de ces 4 joueurs (hors peut-être Pedro) peut faire monter une facture à 60 steaks, mais je peux vous dire qu’aujourd’hui le comptable de Chelsea voit régulièrement un psy.

Un manque de renouvellement évident pour un club déjà maigre en qualité sur certains postes, comme la pointe de l’attaque (évidemment que Diego Costa est un attaquant de classe mondiale, mais ses blessures à répétition le rendent indigne de confiance, malheureusement…) qui peut coûter cher dans un championnat aussi intense que la Premier League. Notez l’utilisation du « peut coûter cher », mon regard se tournant vers un plaisant Arsenal n’ayant pas acheté le moindre joueur de champ cet été.

Même à Chelsea, y’a pas de Hazard

Les clubs se font, se défont, et passent souvent par une période de doute, ou de transition/reconstruction après une saison victorieuse, comme la Juventus en est un bon exemple cette saison. Seulement, comparé à la Vieille Dame, Chelsea n’a pas pu compter sur ses cadres pour le sortir du marasme dans lequel il s’est plongé. Je pense notamment à son meilleur joueur depuis trois saisons : Eden Hazard.

Le belge a souvent été sous le feu des critiques pour son manque de présence dans les grands matches de Premier League, mais surtout de Ligue des Champions. Disparitions inquiétante, présence fantômatique, les superlatifs ne manquent pas lorsqu’il faut tirer un constat de ses matches dans les grands rendez-vous.

Aujourd’hui, à presque mi-parcours dans la saison du champion anglais en titre, le constat est sans appel : Eden Hazard n’a rien, et n’aura vraisemblablement jamais rien d’un leader.

Lorsque l’on parle du Belge, on ne parle pas d’un joueur lambda, surcôté, aux pré-dispositions limitées. On parle d’un des plus gros talents bruts que le football ait vu dans la deuxième décennie du XXIème siècle. À mes yeux, son talent se range aux côtés de Neymar, Pogba et Verratti, même si cette notion de talent intrinsèque ne fera jamais l’unanimité et ouvre incessamment de longs débats. Seulement, cette période de creux de Chelsea sera marquée par l’incapacité de l’ailier à élever son niveau de jeu et à faire sortir la tête de l’eau à son équipe qui comptait sur lui. La direction en tirera les conséquences qu’elle veut, mais le mercato d’été 2016 devrait être le théâtre de scènes plus qu’intéressantes dans le clan Hazard.

José Mourinho, one of us

Malgré tout ce qui a été énoncé dans cet article, malgré les neuf défaites en championnat, malgré l’élimination en League Cup, malgré un jeu insipide et une défense à la rue, les fans de Chelsea ont, depuis plusieurs semaines maintenant, lancé un mouvement de soutien sans précédent à leur (désormais ex-) manager. Banderoles, chants de soutien, pancartes, tout y était : Les fans de Chelsea ne voulaient en aucun cas voir le portugais quitter le navire. Seraient-ils fous ? Très loin de là. Les fans de Chelsea savaient ce qu’ils avaient, et ne voulaient pas le perdre. Ils étaient conscients que malgré un début de saison chaotique, c’était le meilleur entraîneur de l’histoire de leur club qui s’asseyait sur le banc de Stanford Bridge tous les quinze jours. Ils savaient qu’ils pouvaient regarder un des entraîneurs les plus couronnés du circuit, et se dire : he’s my manager.

Ils savaient que lorsque l’on signe un contrat longue durée dans un club, on accepte de parfois traverser le désert, tant qu’il y a le succès au bout. Ils savaient aussi que même si Mourinho était devenu une caricature de lui même depuis plus d’un an, enfermé dans son personnage, qu’il pourrait redresser la barque. J’écrivais il y a dix mois, un autre article dédié au portugais, sur son élimination scandaleuse face au PSG. J’étais convaincu que cela ne se reproduirait jamais. Lorsque le PSG a tiré Chelsea en huitièmes de finale de Ligue des Champions, j’étais convaincu que ce serait là sa revanche, pour commencer une épopée européenne formidable. Mais visiblement, Abramovich était bien moins convaincu de tout cela que moi. Comme un dernier geste de classe, Mourinho a refusé son indemnité de départ colossale, préférant que Chelsea utilise cet argent pour reconstruire le club, son club.

Qu’elle est dure la vie de génie. Qu’ils sont ingrats, ceux qui ne s’en approcheront jamais. Good luck, José Mourinho.