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Historiquement, l’Italie a très souvent été mauvaise exportatrice de footballeurs. Les italiens, souvent conditionnés pour le championnat local, ont toujours majoritairement préféré ne pas sortir de leur frontières, pour très souvent défendre les couleurs de leur club de coeur. Néanmoins cette tendance s’inverse, lentement certes, mais sûrement. Quel facteur pousse les italiens à quitter leur pays, parfois très jeunes ?

La confiance ? Connaît pas 

En effet, un des facteurs principaux poussant certains jeunes italiens à s’exiler est le manque de confiance leur étant accordée par les clubs de la Botte. Prenons par exemple les big clubs. La Roma possède seulement 4 italiens dans son effectif professionnel, le Napoli, la Fiorentina et la Lazio elles, en comptent 6. L’inter, bien que plus excusable de par l’histoire du club en possède 5. Seule la Juventus et le Milan se démarquent avec 10 et 16 italiens.

Evidemment, si le score de 16 italiens dans le club est particulièrement élevé, le Milan, au vu de ses résultats sur le plan sportif ne peut pas faire office d’exemple. Cela nous donne un total de 51 Italiens sur 187 joueurs évoluant dans cette liste de big clubs. Sur ces 51 italiens, 12 d’entre eux ont un âge inférieur à 23 ans. Nous revoilà donc dans le vif du sujet. 12 jeunes italiens dispatchés dans un total de 7 clubs. Bien sûr, les clubs ne sont pas forcément coupables; évidemment il est compliqué de faire confiance aux jeunes lorsqu’on prétend au top niveau, et c’est aussi pour cela que le Milan est le club leur laissant le plus de place.

Mais l’Italie ne propose pas de réelles solution pour les jeunes. Par exemple, les clubs ont l’impossibilité d’avoir une équipe B évoluant dans les divisions inférieures, comme en Espagne. Ce système permet aux jeunes joueurs de rester dans la structure du club, également de créer une identité de jeu propre au club et à toutes ses catégories.

La fin des co-propriétés n’arrange pas forcément non plus les clubs italiens. Ce système permettait à beaucoup de modestes clubs d’obtenir de jeunes talents pouvant défendre leurs couleurs. Encore une fois les choses n’ont pas changé, malgré un débat lors de l’année 2014 au sujet de la mise en place d’éventuels quotas imposant la présence de minimum 4 italiens dans le 11 de départ… Idée qui ne verra pas le jour. Bien que le concept ne soit pas encore totalement laissé à l’abandon… Nous verrons donc avec le temps.

scamacca

Un autre problème notable, le niveau des championnats de jeunes en Italie. Prenons le cas de Gianluca Scamacca, une histoire qui a beaucoup fait parler en Italie lors de la saison 2014-2015. Gianluca, un attaquant de 16 ans mesurant 1m95, considéré comme un phénomène, déjà comparé à de grands joueurs tels qu’Ibrahimovic, prend une décision qui choque. Il décide de quitter l’AS Roma, son club formateur et de coeur, club étant réputé pour la grande qualité de ses équipes de jeunes, en direction du PSV Eindhoven. La raison ? Un niveau très peu élevé en Italie ne le permettant pas d’évoluer selon ses mots. En rejoignant les Pays-Bas il rejoint un pays qui fait office d’école du football, un pays où les jeunes ont leur place, où le football est joué de manière plus rapide également.

Aujourd’hui, Scamacca évolue encore chez les jeunes du PSV mais en s’exilant si jeune, peut-être échappe-t-il à ce fameux « formatage » du joueur italien capable de jouer uniquement en Italie. En tout cas, le jeune géant l’assure, sa démarche est uniquement footballistique : il a quitté l’Italie pour évoluer, et son but principal est de devenir un joueur susceptible d’intéresser… La Roma !

Les sirènes anglaises, l’argent de Premier League

Ah l’Angleterre, ce fabuleux pays.. De l’argent comme s’il en pleuvait, de la bonne bouffe et surtout, le pays ou Max-Alain Gradel gagne le salaire d’un cadre du PSG. Fabuleux.

Certains italiens y sont partis très jeunes, parfois même avant d’avoir joué dans leur club, mention spéciale à Giuseppe Rossi parti en 2004 à Manchester United suite aux problèmes financiers de Parma. Fabio Borini parti à 16 ans à Chelsea, ou encore Vito Mannone parti à Arsenal à l’âge de 17 ans. Trois jeunes partis tenter leur chance dans 3 clubs différents du Big Four. Ces choix parurent, et paraissent encore très audacieux, ces transferts n’étaient alors pas très intéressants financièrement pour les clubs italiens, mais cela ne fut pas le cas pour les joueurs. Très jeunes déjà, ils s’assuraient un long contrat avec un salaire qu’ils ne toucheraient peut-être jamais en Italie. Quitte à ne pas percer, autant en ramasser le plus possible. Mais ces 3 là perceront, avec plus ou moins de réussite. Rossi lui va peiner en Angleterre, mais un prêt dans son club formateur (Parma) lancera définitivement sa carrière. Finalement, c’est en Italie qu’il s’épanouira, c’est en Espagne qu’il explosera, au point d’être dans les petits papiers du FC Barcelone à une époque. Même trame pour Fabio Borini, un prêt à Parma décevant, mais une expérience à Rome enrichissante sous les ordres de Luis Enrique. Malheureusement, en fin de saison, l’italien décline une offre de la Roma et prend la direction de Liverpool… Depuis, entre Liverpool et Sunderland, il n’y a plus grand chose à se mettre sous la dent. Un retour en Italie lui ferait peut-être du bien ? Mannone lui connaît une carrière de fidèle remplaçant. Mais peut-on réellement lui en vouloir sachant qu’il gagne très sûrement plus que plusieurs gardiens titulaires en Serie A ? Nous voulions citer Federico Macheda et Davide Petrucci, mais l’un enchaîne les prêts en Angleterre, et l’autre est passé de second attaquant prometteur à milieu défensif à Cluj. Evitons.

Fuir un traitement parfois compliqué

Les médias et les tifosi sont parfois une pression dont les joueurs se passeraient bien. Pour illustrer ce point, qui de mieux que Mario Balotelli ? Certes l’attaquant est principalement réputé pour ses frasques et son talent apparemment inexploité. Mais en partant à Manchester City, au delà du fait qu’il ait rejoint Roberto Mancini et que son salaire allait augmenter, Mario a fui. Non il n’a pas fui lâchement, mais on peut dire qu’il a voulu s’échapper d’un traitement souvent injuste à son égard. Principalement le racisme.

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Les cris de singes, l’attaquant en a entendu beaucoup dans les stades italiens. Certains tenteront, en vain, de justifier ces cris par de la pure provocation visant à le déstabiliser ou de dénoncer son comportement parfois agçant sur les terrains. Les tifosi juventini par exemple, en 2010, lancent une phrase le visant depuis les tribunes, la fameuse : «Il n’y a pas d’Italien noir ». À 20 ans, ce n’est pas chose facile que de faire face à de telles vagues de haine. Tout ceci est grave, mais vient d’inconscients, de personnes ne suintant sûrement pas l’intelligence. Ajoutons à cela les médias sportifs ne cessant de descendre le jeune Mario pour des performances parfois pas à la hauteur des attentes placées en lui. L’Angleterre semblait donc une solution de tranquilité. Les fans Anglais étant plus réputés que les italiens pour leur respect de la vie privée des joueurs. À Manchester, sportivement, la pression retombe pour Balotelli.

Malheureusement il y a un fléau différent en Angleterre : la presse people, et à ce jeu là Mario Balotelli sera un excellent client. Malgré son départ de l’Italie, en juin 2012, la Gazzetta publiera dans son édition quotidienne une caricature de Balotelli représenté en King Kong. Cette fois les bornes sont dépassées, une comparaison douteuse venant d’un média sportif : l’Italie n’est vraiment pas une terre faîte pour que l’attaquant puisse s’épanouir.

Un nouvel espoir 

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Bien que jusqu’ici cet article ne respire pas la joie, il y a un homme qui redonne espoir à la botte :

El hombre, Il uomo : Marco Verratti.

Lui bénéficiait d’un très bon traitement médiatique en Italie, les tifosi l’adoraient, les clubs italiens se battaient pour lui. L’argent, il en aurait touché quoiqu’il arrive, peu importe la destination. Mais Marco, comme beaucoup d’autres avant lui, n’a pas craqué devant l’appel du pied de la Vecchia Signora par exemple. Marco, talentueux et rêveur, a décidé de s’embarquer dans un projet. Un projet concrect, où les grands experts du football français ne lui trouvaient pas une place. Marco s’est engagé au PSG en 2012 contre un chèque de 12 millions d’euros. Force est de constater que son transfert est une réussite. Au milieu des presque puto cracks payés quelques millions d’euros de plus que lui, à l’instar de Lucas Moura ou Cavani, le Hiboux est peut-être LE meilleur joueur du PSG aujourd’hui. Certes, très peu d’italiens peuvent se targuer de briller si jeune à l’étranger, mais Marco semble ouvrir la voie à d’autres jeunes prodiges italiens. Les Mandragora ou Stefano Sensi suivront-ils cette voie là ? Seul l’avenir nous le dira, mais si le Verrattismo venait à se répéter, les grandes instances italiennes, souvent très friables à l’idée de prendre de grosses décisions, pourraient alors commencer à se poser des questions.

Le problème en Italie est général. Les instances ne bougent pas. La pression sur les jeunes est très grande et les chances qui leur sont accordées sont très peu nombreuses. Beppe Rossi et Marco Verratti font aujourd’hui office d’exemple de réussite à l’étranger et cela pourrait inspirer quelques jeunes talents n’ayant pas eu l’occasion de briller dans la Botte. L’évolution en Italie se fera, lentement, mais sûrement. Les jeunes trouveront leur place petit à petit et cela prendra des années. Jusque là, l’exil, lorsqu’il est justifié n’est pas forcément un choix incompréhensible, il peut même être un très bon choix. Mais cet exil doit-être fait pour de bonnes raisons sportives et non par un simple appel de l’argent.