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La situation du FC Metz est un beau bordel. Sixièmes à l’issue de la première partie de saison à seulement un point du podium, les Grenats se sont séparés de leurs coach, José Riga. Un départ précipité qui a le mérite de mettre en lumière une situation complexe, orchestrée par un président ambitieux, mais un peu trop rêveur. Attention, le retour sur Terre est difficile, surtout sous la grisaille messine. Bienvenue dans la ville qui rêvait de (re)voir le soleil.

L’exercice 2015/2016 sera peut être un évènement du coté de Metz. Après quatre changements de divisions consécutifs, les messins vont peut être se « stabiliser » en L2. La faute à des résultats moyens. Actuellement, le FC Metz est sur une série de quatre défaites consécutives ( dont une élimination à Wasquehal). Pire, les Grenats n’ont gagné qu’un match contre les équipes du top 10 (5-0 à domicile contre Bourg Péronnas). Une médiocrité retranscrite sur le terrain. Pathétiques et apathiques, les messins pratiquent un jeu basé sur la possession aux antipodes des références du genre. Les lorrains sont un amour de verticalité et stérilité. Il n’est pas rare de voir les grenats monopoliser le ballon, parfois jusqu’à 70%, sans pour autant se créer d’occasions concrètes. De plus, jouant avec un bloc haut mais sans pressing conséquent, les messins se trouvent facilement exposés aux contres, laissant de large espaces dans le dos de leur défense. Un constat encore plus accablant en regardant de plus près l’effectif : attaquants inefficaces, recrues pour la majorité inadaptées à la L2, peu de complémentarité entre les joueurs..

Des difficultés sportives qui contrastent avec les discours d’avant saison ambitieux, l’objectif principal étant de remonter en L1 tout en proposant un jeu alléchant. De plus le président Serin souhaite développer à terme « l’Institution » FC Metz. Dans les grandes lignes, il veut révolutionner l’ADN du club en changeant son style de jeu, donc opérer des changements à tous les étages du club : de la formation au recrutement, de Dakar à Seraing (centre de formation annexe & club satellite ). C’est ainsi qu’aujourd’hui, le club a uniformisé dans toutes ses équipes (même celles d’au dela des frontières françaises) une méthode d’entrainement « révolutionnaire », que l’Europe du foot s’arracherait : le Cogitraining. Méthode dont un certain José Riga a participé à l’élaboration, en collaboration avec Michel Bruyninckx,  ancien directeur du centre de formation du Standard de Liege et maitre conférencier à l’Université de Louvain.


Cette scène peut paraître surprenante, pourtant ce bilboquet au pied est un outil phare du Cogitraining. Il améliorerait les qualités techniques des joueurs.

Pour mener à bien ses ambitions, Serin s’est entouré de Carlos Freitas, ancien directeur sportif du Sporting Portugal, de Braga et du Pana . Le portugais possède un réseau important. Dans son carnet d’adresse on y retrouve notamment Jorge Mendes, Luis Duque (président de la fédé portugaise).. Il traîne aussi quelques casseroles derrière lui, notamment à Lisbonne, ou il fut en poste durant l’une des pires périodes et est impliqué dans des sombres histoires de commissions d’agents. Grâce à Freitas, Serin sait qu’il peut maintenant recruter des joueurs d’un calibre technique supérieur aux standards de la L2. Ensemble, ils décidèrent de remplacer Cartier par Riga. Inconnu aux yeux du public, il l’est moins pour la direction messine. En effet, le belge était au début des années 2000, adjoint de Domico D’Onofrio (ancien directeur sportif de Metz et conseiller du président), entraîneur alors du Standard de Liege. Coach charmeur, formateur et adepte d’un jeu léché, José Riga est le candidat idéal pour mener les changements entrepris, malgré une carrière professionnelle pauvre en expérience. D’autant plus qu’il amène avec lui sa fameuse méthode d’entrainement, le Cogitraining. D’une pierre deux coups pour le club mosellan. Sauf que…

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Le bon, la brute et le truand (dans l’ordre que vous voulez)

Metz est aujourd’hui situé au milieu d’un carrefour d’intérêts personnels, ou de puissantes forces se rencontrent. Elles proviennent de Belgique, du Portugal, et se composent des grands influents du football : Doyen Sport, Jorge Mendes, Lucas D’Onofrio.. Les victimes collatérales se multiplient : dernière en date Albert Cartier qui était dans le colimateur des frères D’Onofrio. Mais c’est le FC Metz qui se trouve être le plus touché. Sur les treize recrues qui ont rejoint la Lorraine, sept ont déjà joué au Portugal, majoritairement au Sporting ou Braga (André Santos, Nuno Reis, Amido Baldé, Tiago Gomes), soit deux anciens clubs de l’actuel directeur sportif messin. Les joueurs sont de qualités, mais comme dit plus haut, ne sont pas adaptés aux standards de la L2. Pourtant, des rumeurs persistantes veulent que les compositions d’équipe soient soufflées par Freitas. Il voudrait donner du temps de jeu à « ses joueurs » peu importe leurs performances sur le terrain. Enfin, l’effectif messin se trouve être paradoxalement pléthorique (32 joueurs) mais incomplet : des carences techniques le composent, avec notamment l’absence notable de milieu défensif.

Comment le côté obscur du football mondial s’est il retrouvé en Moselle ? A l’origine, on retrouve Bernard Serin, qui dirige aussi une filiale d’Arcelor Mittal, en plus du FC Metz. Son entreprise, Cockerill Maintenance & Ingenierie est située en Belgique, à Seraing, ville proche de Liège. Grâce à son réseau, il a rencontré les frères D’Onofrio (pour rappel Dominico était directeur sportif entre 2011 et 2015), dont Luciano, qui était dans les années 90 le boss du marché des transferts. Le sulfureux italien gérait notamment les actifs de Zidane, Deschamps, Dessailly. Malgré son interdiction d’exercer sa profession depuis sa condamnation en 2006 dans l’affaire des transferts d’argent illégaux de l’OM entre 1997 et 1999, il reste quand même actif dans le monde du football, où il opère en off. Via des sociétés écrans, il continue de conseiller des joueurs par des représentants, il continue d’influencer la direction du Standard de Liège. Grâce à son portefeuille de joueurs officieux, il établit des liens avec Jorge Mendes et Doyen Sport, notamment dans le cadre du transfert de Mangala. Les deux plus gros acteurs du marché des transferts en profiteront pour s’implanter en Lorraine. Le premier placera Carlos Freitas dans l’organigramme messin. Cet ami de Mendes n’est pas un inconnu pour Luciano D’Onofrio : en effet, les deux se sont rencontrés lors de la nomination de Frank Vercauteren en tant qu’entraineur du Sporting Portugal. Doyen Sport s’est quand à lui implanté au RFC Seraing, club racheté par le FC Metz en 2013. Une venue tumultueuse, puisqu’elle a entraîné une action judiciaire contre les belges. Les conséquences pourront être lourdes : soit le club est interdit de recrutement pendant deux ans, soit une jurisprudrence aussi révolutionnaire que l’arret Bosman verra le jour.

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Pendant que les gros bonnets du football mondial bougent leurs pions autour du FC Metz, les supporters grenats font preuves de mécontentement. Au delà des mauvais résultats, c’est la perte d’identité que les fans déplorent. Ils regrettent actuellement l’équipe qui était monté en première division, passant du national en L1 en 2 ans. Composée des jeunes du centre de formation; vainqueurs de la Gambardella 2010; de joueurs expérimentés, de Diafra Sakho, cette équipe jouait avec les valeurs qui ont fait la gloire du FC Metz : l’abnégation et l’ambition. Le tout orchestré dans une tactique franchouillarde : on bloque derrière, on joue long devant. Pour calmer les supporters, Serin a remplacé Riga par Philippe Hinschberger. Lorrain de souche, il n’a connu qu’un club en tant que joueur : le FC Metz. Avec 483 matchs à son actif, il est un des joueurs les plus capés de l’histoire club. Un choix démagogique avant d’être logique. Lors de son discours d’intronisation, l’ancien coach de Laval a souhaité « redonner de la confiance à cette équipe avec des entraînements qui seront inévitablement différents par rapport à mon prédécesseur » et de « voir des garçons courir et qu’ils mettent du cœur dans leurs actions ». Des idées qui sont inverses aux ambitions de jeu à long terme de Bernard Serin. Cette nomination semble être alors une régression pour le club, puisqu’elle prend à contre-pied le projet des Grenats. Surtout que José Riga devrait rester au club, superviser les entrainements des équipes jeunes. Des doutes existent aussi quant à sa future cohabitation avec Freitas, d’autant plus que le club va se séparer de six à sept joueurs durant le prochain mercato hivernal. Est-ce que le sosie de Mel Gibson sera consulté ? Cela ne fait guère de doutes, il ne le sera pas, comme ses prédécesseurs ne l’ont pas été.

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Le salut pourrait venir une nouvelle fois du centre de formation. L’academy messine est un diamant qui ne demande qu’à être poli. La liste récente des joueurs formés en Lorraine est impressionnante : Papiss Cissé (Newcastle), Gestede (Aston Villa), Diafra Sakho (West Ham), Fallou Diagne (Rennes), Pjanic (Roma) , Kalidou Koulibaly (Napoli), Bouna Sarr (Marseille), Sadio Mané (Southampton), Olivier Kemen (Lyon), Marzouk (Juventus). Elle devrait s’allonger dans les années à venir. Les générations 96, 97, 98 sont exceptionnelles. On parle notamment ici d’un nouveau Pjanic, VIncent Thil, 15 ans, supervisé par le PSG, le Bayern et quelques anglais entre autres. Un savoir en formation qui perdure à travers le temps, et le globe. Metz est présent à Dakar, via le centre Génération Foot (Papiss Cissé et Diafra Sakho) et en Chine. Le seul regret, et il est immense côté messin, est l’utilisation fait du centre. Le club a de plus en plus de mal a garder ces meilleurs jeunes. Kémen et Marzouk sont partis sans avoir jouer le moindre match sous le maillot grenat . Le prochain challenge des lorrains ne sera pas de former un futur crack, mais bien de le garder.

L’avenir du FC Metz s’annonce trouble. Entre les changements attendus, les requins qui tournent autour du club, les supporters ont des raisons d’être inquiets. Serin souhaite donner une nouvelle ambition à son équipe. Un choix honorable, d’autant plus dans le paysage morose français. Mais attention, à vouloir voler trop haut, on se brûle les ailes. Surtout lorsque l’on vole avec des oiseaux de mauvaise augure.

merci à @Quentin_Rostou pour son aide précieuse