0

Depuis 1987, Claudio Ranieri, romain de naissance, exerce la fonction d’entraîneur. Parmi la pléthore d’entraîneurs italiens prestigieux, Claudio Ranieri a toujours fait office de second couteau ou de bricoleur lorsque les autres étaient de grands tacticiens réputés.

Aujourd’hui à Leicester, Claudio est en tête de ce qui est considéré par certains comme le meilleur championnat du monde. Surprenant ? Oui et non, car la carrière de Claudio Ranieri ressemble à une carrière Fifa. Vous savez, cette carrière où vous pouvez perdre face aux Îles Féroé une année, et vous retrouver leader de Premier League lors du boxing day la suivante.

Projet ambitieux recherche bâtisseur, pas sérieux s’abstenir

CHELSEA'S MANAGER RANIERI LOOKS AT THE CROWD AFTER ENGLISH PREMIER LEAGUE SOCCER MATCH AGAINST LEEDS IN LONDON. Chelsea's Italian manager Claudio Ranieri looks at the crowd after winning their English premier league soccer match against Leeds at Stamford Bridge in London, May 15, 2004. Newspapers in Britain and Portugal have speculated that Porto coach Jose Mourinho will replace Italian manager Claudio Ranieri as Chelsea manager at Stamford Bridge next season. Ranieri has taken Chelsea to second place in the premier league and the Champions League semi-finals but said last week that he did not expect to be kept on. Chelsea won the match 1-0. NO ONLINE/INTERNET USAGE WITHOUT FAPL LICENCE. FOR DETAILS SEE WWW.FAPLWEB.COM. REUTERS/Peter Macdiarmid Reuters / Picture supplied by Action Images *** Local Caption *** RBBORH2004051500531.jpg

Lorsqu’un russe décide de poser ses billes dans le monde du football et monter un projet sérieux, à qui fait-il confiance pour poser les bases de projets ? Au bon vieux Claudio. En effet, lorsque Roman Abramovitch rachète Chelsea en 2003, l’Italien est déjà en place. La première grande décision surprenante du russe sera de maintenir Claudio Ranieri alors que beaucoup attendaient l’arrivée d’un nouveau coach. Claudio offre donc une solution de stabilité. Une stabilité nécessaire tant l’effectif va être chamboulé cette année là. Roman Abramovitch, aussi impatient qu’un enfant à Noël, décide de très vite s’amuser avec son (jouet) club. L’été 2003 verra débarquer une belle vague de champions et futurs champions à Londres. Damien Duff, Hernan Crespo, Claude Makélélé, Joe Cole, Adrian Mutu ou encore l’illustre Juan Sebastian Veron. Une très belle greffe à un effectif qui était déjà de qualité. Avec ses hommes et sa tranquillité habituelle, Claudio Ranieri atteindra la seconde place en championnat et les demi-finales de Ligue des Champions (où Claudio se retrouvera éliminé face à l’un de ses futurs clubs, l’AS Monaco, à l’époque dirigée par Didier Deschamps).

Malgré une défaite 3-1 à Monaco, à Stamford Bridge, Chelsea avait effectué un super retour, le club menait 2-0 grâce à des buts de Gronjkaer et Lampard. Malheureusement Ibarra et Morientes effaceront bien vite les rêves londoniens.

Difficile d’y croire avec de tels décalages…

À la fin de saison Ranieri se verra remplacé par un obscur Portugais. L’architecte a posé les bases, Mourinho s’occupera des finitions.

Bâtisseur magnifique retrouve projet similaire

21/09/2012 - Lens - Foot - L2 - Saison 2012-2013 - 8ème journée - RC Lens vs AS Monaco au stade Félix Bollaert. Claudio Ranieri. Photo Delphine Pineau / La Voix du Nord

En mai 2012, Claudio Ranieri pose ses valises à Monaco, en Ligue 2. Le club monégasque, (fraîchement racheté par un russe désireux de poser ses billes dans le monde du football) a bien compris que Claudio était un architecte. Quelques recrues digne d’une équipe de L1 tel Ocampos pour un prix aux alentours d’11 millions d’euros lui permettront très logiquement d’atteindre la Ligue 1. Jusque là rien de fou.

L’effectif est de qualité avec notamment Valère Germain, Subasic, Raggi, Ocampos, Rivière ou encore Obaddi. Mais à ça viennent se greffer, durant l’été, des joueurs recrutés à des prix affolant les compteurs. L’histoire Londonienne de Claudio semble se répéter…

Monaco en featuring avec Jorge Mendes réalise alors un recrutement ambitieux, Ricardo Carvalho et Abidal amènent leur expérience en défense, Kondogbia amène lui son statut de grand espoir du football mondial au milieu de terrain. Toulalan revient en France fort de nouveaux cheveux blanc et d’une riche expérience acquise en Espagne. Mais le plus surprenant reste les transferts de James Rodriguez et Radamel Falcao, deux gros noms de la planète football.

Notre maestro doit alors composer avec un effectif de qualité mais très chamboulé. Ce Monaco va faire preuve de caractère et malgré un jeu souvent critiqué, le club du Rocher va terminer à la seconde place… avec un record de points pour un second. Claudio pouvait difficilement faire mieux. Il a posé de solides bases… et se voit remplacé par un obscur portugais pour les finitions.

La saison d’après Claudio reprend l’équipe nationale de Grèce. Charmé par l’état d’esprit des joueurs, priorité de Giorgios Sarris, président de la fédération Grecque, Claudio semble débarquer dans un endroit où tout devrait lui réussir. Mais malheureusement ce rôle de sélectionneur n’est pas taillé pour lui tant il est différent du rôle d’entraîneur. Cette expérience sonnera peut-être comme la plus grosse défaite de Ranieri dans sa carrière. Pas abattu pour autant, le vieux loup va vite trouver un nouveau projet.

Une méthode Italienne

téléchargement (1)

Ranieri a retrouvé le goût du défi. Un défi cette fois qu’il est en train de remporter haut la main.

Cet été Claudio a débarqué à Leicester, en Premier League, en ayant pour simple objectif de se maintenir. Mais au Boxing Day, Leicester occupe la seconde place du classement, à deux points du leader Arsenal. Si beaucoup vantent les mérites du duo Mahrez-Vardy, Claudio le rappelle, ces deux joueurs ne sont que le sommet de l’Iceberg, le symbole de réussite de tout un travail de l’ombre.

Mais à quoi est dûe cette réussite ? Pourquoi les Foxes font jeu égal avec des équipes comme Manchester City, Arsenal ou encore Manchester United ?

Selon les mots de Yohan Benalouane, défenseur franco-algérien évoluant à Leicester pour SerieAMonAmour :

« Il a su inculquer des notions tactiques à des joueurs Britanniques ou évoluant depuis longtemps en Angleterre tout en n’oubliant pas l’importance du rythme ici. Il analyse beaucoup les matchs, cherche le meilleur moyen de s’adapter aux adversaires… Et puis humainement il est toujours souriant, proche de nous, il parle beaucoup et transmet sa bonne humeur. Ça se ressent sur le terrain car notre équipe montre des valeurs et un état d’esprit joyeux mais concentré. »

http://serieamonamour.com/2015/12/08/benalouane-passer-de-litalie-a-langleterre-a-ete-un-choc-gastronomique-je-men-remets-a-peine/

Les bases de son travail

_84385331_ranieri-main

Toujours force tranquille, Ranieri comme à son habitude ne s’inquiète jamais, il ne gueule pas. L’homme discute, transmet son savoir et ses notions à ses joueurs. C’est un professeur. Il accorde une grande importance à l’étude de l’adversaire. Si l’équipe de Ranieri n’est jamais forcément la plus belle à regarder, elle peut-être redoutable à affronter. Claudio accorde également une grosse importance aux qualités de ses joueurs. Si certains coach bornés ne se soucient pas de ce détail et essaient d’imposer leur vision du football de la même façon partout où ils passent, Claudio lui, s’adapte et compose en fonction de ses forces en présence.

Pour certains le 4-4-2 est dépassé, obsolète. Pourtant, c’est principalement avec ce dispositif que Claudio essuie actuellement ses chaussures sur la Premier League. Peu de possession, beaucoup de longues passes vers l’avant. Claudio recycle un principe vieux comme le monde et la sauce prend.

Oeuvre collective

Ranieri

Si Vardy et Mahrez affolent les compteurs buts, il faut saluer le travail défensif de Leicester. Certes les individualités défensives des Foxes ne sont pas les meilleures, mais c’est avant tout une tâche d’équipe qui fait preuve d’une énorme solidarité. Si le travail de Kanté et Drinkwater pour protéger la défense est excellent, il faut également souligner que dans une époque où les latéraux se comportent comme de « seconds ailiers » ceux de Leicester, eux, ne montent que très peu. Claudio fait évoluer sa ligne défensive très bas pour combler la lacune principale de sa défense, le manque de vitesse. Si la Premier League est un championnat d’espace, les hommes de Ranieri n’en laissent que très peu, et ne laissent pas l’occasion aux flèches de partir dans leur dos.

Mais le quatuor offensif a également son importance dans la réalisation de l’oeuvre défensive. Si certains les qualifient d’athlètes, ce n’est pas seulement pour leur rapidité en phase de contre, mais aussi pour l’effort effectué par ces joueurs tout au long du match. En effet, il n’est pas rare de retrouver Vardy et Okazaki dans les pattes des joueurs chargés de la première relance adverse. Il n’est pas rare non plus de voir Albrighton en soutien de son latéral.

Si beaucoup jugent la qualité d’un collectif sur sa façon à combiner et à construire le jeu ensemble. On peut également le juger à sa communication et sa solidarité dans l’effort. Et ce deuxième exemple représente exactement le collectif sous les ordres de Ranieri.

Les actions offensives n’ont en revanche rien d’un modèle dans le domaine du collectif. Les joueurs de Leicester ont beaucoup de mal à combiner et construire des attaques placées. L’équipe balance de longs ballons devant. Une grande partie de la réussite de leurs actions sont dûes à l’exceptionelle qualité de dribble, d’élimination de Mahrez et ce même en étant lancé, mais aussi à la vitesse du duo Okazaki-Vardy effectuant d’excellents appels. Pour Vardy cela fait souvent mouche, d’ailleurs.

Cependant, une méforme ou absence de l’un de ces deux joueurs (Mahrez/Vardy) pourrait sûrement être très dommageable pour l’équipe de Ranieri. Si on ne doute pas des ressources de l’italien, au vu de son effectif, il devrait changer l’identité de jeu de son équipe. Les longues passes vers l’avant dans l’attente d’exploit du duo deviendrait une méthode obsolète…

Regrets

téléchargement (2)

Si l’histoire est belle, personnnellement j’éprouve trois regrets. A l’intention d’Andrej Kramaric supposé être un crack et vendu comme tel la saison dernière. Néanmoins, si le joueur jouit d’une telle réputation en Croatie, ce n’est pas anodin et s’il semble difficile de le voir s’imposer sous les ordres de Ranieri, il pourrait profiter d’une éventuelle méforme d’Okazaki ou Vardy pour essayer de faire office de solution de rechange permettant à Leicester de varier sa façon de jouer. A moins qu’il ne parte en Janvier, le Torino est déjà sur les rangs.

Mais également à l’attention de Gokhan Inler, fort d’une longue expérience et de très nombreuses qualités, l’ex-napolitain ne compte que 6 matchs TCC avec Leicester cette saison. Mais lorsqu’on s’appelle Leicester, c’est un luxe d’avoir un tel joueur sur le banc.

Pour terminer, on aurait aimé inclure un autre nom à cette belle histoire, celui d’Esteban Cambiasso. L’argentin, ayant déjà évolué sous les ordres de Ranieri par le passé, évoluait à Leicester par le passé. Son leadership et son expérience auraient été bénéfique pour recadrer ses troupes en cas de méforme. Un plus qui permettrait de tenir sur la durée.

Et maintenant ?

Pour le loser magnifique, terminer la saison à une improbable première place serait une formidable histoire.. La boucle serait bouclée. Mais la saison est encore longue et difficile. Puis, avec une prime de 170 000 € par place au dessus de la 17 ème place, ça ne nous étonnerait pas vraiment que le vieux Claudio s’accroche au podium. Tu vas le faire Claudio, j’y crois dur comme fer.