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Pur produit de la formation Lyonnaise, Sylvain Idangar a voyagé à travers le monde. Si il n’a pas eu la carrière qu’on lui prédisait étant jeune, il a au moins le mérite d’être un aventurier du football. Le temps d’une entrevue, Sylvain fait un point sur sa carrière avec Ultimo Diez.

idangar

Salut Sylvain, après une carrière passée à voyager tu es revenu en France, à l’AS Minguette Venissieux puis Lyon-la-Duchère, pas si loin de ton club formateur (l’Olympique Lyonnais ndlr.) qu’est ce qui a motivé ton retour en France ? 

Je voulais revenir aux alentours de Lyon car je suis un lyonnais d’adoption, j’ai vécu ici de 15 à 23 ans, j’ai mes marques et pas mal de contacts ici du coup c’est plus cool, et je suis plus proche de ma famille !

Aujourd’hui tu évolues à Bords de Saône comment es-tu arrivé ici ?

En fait j’avais un contrat fédéral avec la Duchère, mais j’ai eu un différend avec le président un jour où je venais de marquer et faire une passe décisive et j’ai trouvé cela déplacé, j’ai ma carrière derrière moi et il ne faut pas me prendre pour un gosse, du coup on s’est mis d’accord et on a cassé le contrat. Du coup je voulais rester dans la région et je suis allé à Bords de Saône. Le club a pour ambition de monter en DH puis en CFA dans les prochaines années. A leur niveau ils ont de gros moyens. Le projet m’a plu, je les intéressais du coup ça s’est fait !

Tu peux nous expliquer comment tu as été repéré par Lyon ?

J’évoluais au Trait d’Union Verrières-le-Buisson, et là bas mon entraîneur connaissait un formateur du CFFP (Centre de Formation de Football de Paris) qui est un centre filleul du PSG notamment. Du coup j’ai intégré l’équipe. J’étais dans la sélection du Val-De-Marne, et grâce à un tournois interdépartemental j’ai été retenu dans la sélection d’Île-de-France à Clairefontaine. Là bas il y avait tous les recruteurs. J’avais tapé dans l’oeil de Toulouse, d’Auxerre et de l’OL. Mais Lyon a conclu l’affaire rapidement en nous envoyant un courrier et en m’invitant à passer des détections chez eux, détections qui m’ont permis d’accéder au centre de formation de l’OL.

Tu évoluais dans le Grand Lyon des Juninho, Coupet et compagnie, et à la surprise générale il t’a fallu un seul match à l’OL pour marquer, qui plus est en LDC, ça a été compliqué ensuite de ne plus jouer de la saison ?

Bien sûr, je l’ai très mal vécu, j’étais dans un placard d’or. J’étais international espoir, et c’était très frustrant de ne pas jouer quand je voyais mes coéquipiers en sélection s’épanouïr en ayant du temps de jeu dans leur club respectif.

Du coup tu pars en prêt à Valenciennes, tu joues pourtant très peu également, tu peux nous raconter cette expérience ?

Malheureusement je suis arrivé très jeune dans une équipe avec une majorité de trentenaires. C’était le Valenciennes de Kombouaré, Steve Savidan.. L’équipe tournait très bien alors Kombouaré ne voyait aucune raison de chambouler son équipe pour m y inclure un peu plus. Ce n’était pas forcément les meilleurs qui jouaient, mais souvent les plus expérimentés. Ce n’est pas une philosophie que je partage forcément mais au final avec les résultats qu’a obtenus Kombouaré on ne peut rien dire, il s’est tenu à sa ligne de conduite et ça a payé. Puis c’est quelqu’un de vrai, si tu lui manques de respect il te rentre dedans.

Finalement tu reviens à Lyon pour une saison qui aura un impact sur la suite de ta carrière car tu ne joueras pas !

Nous étions plusieurs à vouloir quitter le club à l’été 2006. Malheureusement l’OL nous a bloqués, ils avaient besoin de joueurs pour la présaison car les internationaux étaient au Mondial en Allemagne. Du coup le club refusait d’entendre parler de départ pour nous, au final lorsque les internationaux sont revenus, on s’est retrouvés en CFA, et je n’ai joué aucun match professionnel durant la saison.

D’ailleurs durant la préparation, après une bonne performance de ma part contre Grenoble, Gerard Houllier vient me voir et me dit « Grenoble s’intéresse à toi, tiens voilà le numéro de l’entraîneur » du coup mon agent l’appelle pour évoquer l’intérêt du club, et le coach de Grenoble est surpris et dément cet intérêt. Un peu plus tard, Houllier vient me voir et me dit qu’un club de National me veut, c’est Moulins, quand je m’informe sur le club je vois qu’ils sont en CFA, c’est n’importe quoi, je suis en CFA à Lyon, pourquoi devrais-je aller à Moulins ? Houllier est une personne détestable humainement.

Malgré tout tu es parti en Arabie Saoudite, à Al-Watani à 23 ans, comment tu expliques ça ?

Je n’avais pas énormément de sollicitations en France, les seuls clubs intéressés étaient de Ligue 2, mais des clubs de bas de tableau, ce n’était pas super intéressant pour moi, que ce soit sportivement ou financièrement. Du coup un agent m’a parlé d’Al-Watani, j’y suis allé avec Yacine Hima, un ami qui a également été formé à Lyon, on était trois français, il y avait Ousmane Traoré avec moi. Là bas on était les stars. Al-Watani était un promu, et nous avons tout cassé, à la mi-saison nous étions 2 ème et nous étions également les meilleurs étrangers du championnat. Finalement le club a rempli son objectif principal : le maintien.

Tu enchaînes par l’Algérie du coup, à l’ES Setif, j’ai cru comprendre que tout ne s’est pas bien passé..

En effet, quand je suis arrivé nous avions un entraîneur français. Au bout de 6 mois le club change d’entraîneur et prend un entraîneur local, ce dernier décide de privilégier les joueurs algériens du coup je me retrouve sur le banc, et en plus les problèmes de salaire étaient monnaie courante dans le club.

Ensuite tu as tenté le tout pour le tout en appelant Luis Fernandez alors entraîneur de Reims, c’est vrai ?

Ouais, j’avais son numéro car il m’avait déjà contacté pour RMC, alors je me suis dit qu’il fallait essayer, il avait l’air plutôt d’accord mais il m’avait prévenu que le club était sur le point de conclure avec Younousse Sankharé qui évoluait au même poste et qui était gaucher. Alors il m’a quand même donné le numéro du directeur sportif. J’ai appelé le directeur sportif et j’ai proposé de faire un essai ça ne coûtait rien, mais il a décliné la proposition.

Du coup tu vas à Cassis-Carnoux où tu deviens le collocataire d’Hatem Ben Arfa que tu avait déjà cotoyé à Lyon, tu peux nous parler de lui ?

Hatem c’est le joueur le plus doué avec lequel j’ai joué, on parle pas simplement d’un talent mais de diamant brut. Il était capable de dribbler tout le monde. Je pense même qu’il est plus doué que Karim Benzema. Karim c’est un talent complet, un grand joueur, mais Ben Arfa était destiné à mieux. Le problème c’est qu’il est franc, trop franc pour le monde du football. Lorsqu’il a quelque chose à dire il le dit, quand tu lui manques de respect il te le dit. Quand il y a injustice il réagit, et malheureusement dans le football généralement vaut mieux que tu fermes ta gueule… Je me souviens lorsqu’il évoluait à Marseille, Didier Deschamps l’avait invité à trouver un club sous prétexte qu’ils n’avaient plus besoin de lui, au final Mamadou Niang quitte l’OM, Ben Arfa a trouvé un club et l’OM le bloque, s’en est suivi le scandale car il ne venait plus à l’entraînement. Finalement à son retour en Equipe de France, Didier Deschamps a fait son mea-culpa et s’est excusé.

La preuve qu’Hatem est un homme de parole c’est l’affaire avec l’OGC Nice, il n’a pas pu signer son contrat avec le club, mais il avait donné sa parole au président, alors il a attendu. Il aurait pu signer ailleurs, c’est pas les sollicitations qui manquaient, il aurait pu toucher plus qu’à Nice, mais au final il a tenu sa parole et à signé pour le club en été.

Après ton année à Cassis en tant que collocataire de Ben Arfa, tu quittes le club, qui s’est maintenu, pour le Portugal, le Desportivo Feirense ou le club va réaliser une jolie saison.

On a échappé à la montée de deux points. On avait réalisé une super saison mais financièrement je ne m’y retrouvais pas. Avec le recul j’aurais pu rester et faire une second bonne saison malgré un salaire très faible et signer dans un club plus huppé surtout vu le nombre de recruteurs européens présents là bas.. Mais c’est un risque que je n’ai pas voulu prendre, j’ai choisi la sécurité en partant.

Et tu es partis pour ton dernier voyage, la Thaïlande, et plus particulièrement Bangkok. Comment tu t’es retrouvé là bas ? Ca ressemble à quoi le football Thaï ?

En fait à force de voyager tu rencontres des gens, et là un agent que j’avais rencontré auparavant m’a contacté en me proposant la Thaïlande, j’y suis allé, j’ai fait un essai et ils m’ont pris. Ils avaient de très bonnes infrastructures en plus, digne de certains clubs pros en Europe. Et figure toi que là bas c’est très bon techniquement, ça a même rien à envier à la Ligue 2 à titre de comparaison. Ils ont une philosophie de jeu qui se rapproche du Barça, malheureusement ils ont de grosses lacunes tactiques, ça manque d’entraîneur capables d’apporter leur expérience au championnat.

Depuis 2014 tu évolues pour la sélection du Tchad, ton pays d’origine, c’est une équipe de qualité ? Parce qu’en France on connaît que Casimir Ninga et Frederic Nimani..

A vrai dire comme beaucoup d’équipe africaines on est très bons athlètiquement. On répond présent physiquement, on met beaucoup d’engagement. On a aussi pas mal de joueurs évoluant en Europe, comme en Belgique où en Grèce qui apportent leur expérience. Quand je suis arrivé, Casimir Ninga commençait tout juste à devenir la star de l’équipe, aujourd’hui il marque pas mal en France avec Montpellier.

Maintenant mes chances en équipe du Tchad à l’avenir sont un peu compromises car le sélectionneur a changé, désormais c’est un tchadien, et il privilégie les joueurs locaux.

D’ailleurs dernièrement le Tchad a créé l’exploit face à l’Egypte en gagnant 1-0 à domicile lors des qualification pour le Mondial 2018.

Ouais, c’était quand même un sacré exploit parce que l’Egypte reste une nation majeure. D’ailleurs 4 jours après on devait jouer le retour en Egypte. La fédération voulait faire voyager l’équipe dans un avion militaire, là ou tu dois passer 8 h allongées, et sans toilettes. La fédération n’a pas eu de reconnaissance envers l’équipe qui venait de faire quelque chose de grand. Du coup les joueurs se sont payés un vol vers l’Egypte par leurs propres moyens. C’était le jour du match, ils sont arrivés au stade à peine 20 minutes avant le coup d’envoi !

Malheureusement les fédérations Africaines de football ne pensent pas à faire évoluer le football, mais simplement à s’en mettre plein les poches.

Finalement tu aurais pu prétendre à une carrière plus prestigieuse, mais toi quel constat fais-tu sur ta carrière ?

J’aurai pu faire de meilleurs choix, et prétendre à mieux c’est vrai, mais à vrai dire je n’échangerai pour rien au monde tout ce que j’ai découvert et appris au cours de ma carrière et mes différents voyages. Même contre des millions d’euros et une place dans un gros club je n’échangerai pas tout ça. J’ai voyagé, j’ai toujours appris la langue du pays où j’arrivais, du coup je parle le Thaï et aussi l’Arabe. A chaque fois que je débarquais dans un nouveau pays je trouvais ça essentiel car je ne voulais pas être un assisté.

Désormais tu vas sur tes 32 ans, comment envisages-tu la suite de ta carrière de joueur ?

Je veux rester en Amateur. C’est du football plaisir, je garde la forme, j’ai mon rendez-vous du week-end et ma dose d’adrénaline, on passe du temps entre pote et ça me plaît, je ne veux pas raccrocher tout de suite, j’ai encore besoin de ça.

Et ton après carrière ?

Je veux rester dans le milieu déjà. Sûrement au contact des jeunes, pour les conseillers, peut-être comme agent ou simple conseiller. Actuellement le rôle d’entraîneur ne m’attire pas, mais je sais qu’avec l’âge c’est un rôle qui va m’attirer de plus en plus.

Et un poste dans la fédération Tchadienne ?

Non, ça ne m’intéresse pas. Parce qu’un gars honnête ne changera jamais rien là bas. Si tu enlèves le pain de la bouche de ceux qui tirent les ficelles, tu ne pourras que t’attirer de graves problèmes.

Tu penses quoi du choix de Genesio comme coach de l’OL ?

Déjà je pense qu’il fallait changer. Fournier avait parfois tout faux, quand il descendait Lacazette je trouve qu’il avait tout faux, il n’avait pas de reconnaissance envers lui. En ce qui concerne Genesio j’étais pas contre mais j’aurais aimé un grand coach en accord avec le projet de l’OL, le Grand Stade etc.. Mais Genesio a certains avantages, il connaît la maison parfaitement, il a un peu touché à tout en évoluant à divers postes dans le club, il connaît les joueurs, donc je pense que ça devrait aller. Puis c’est sûrement pour finir la saison. Mais l’an prochain l’OL aura sûrement un nouvel entraîneur !