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Au fur et à mesure du temps, le poste de latéral a énormément évolué. Du latéral purement défensif à l’apport offensif limité au latéral moderne et offensif, le poste est en constante évolution. Existe-t-il un profil préférentiel à ce poste dans le football d’aujourd’hui ? Si oui lequel ? Pourquoi le nombre de bons latéraux est en baisse ? A quoi est due cette pénurie actuelle ? Tant de questions auxquelles nous allons essayer de répondre dans cet article.

Le poste d’hier à aujourd’hui

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Le poste est en évolution constante, dans les années 90 les latéraux étaient généralement d’excellents défenseurs qui avaient pour objectif premier de défendre. Les tâches offensives étaient réservées aux ailiers qui collaient un peu plus la ligne qu’aujourd’hui.

Mais deux équipes vont quelque peu changer ces codes là, le Brésil de Scolari et l’Argentine de Bielsa. Ces deux équipes vont jouer avec deux latéraux très offensifs qui auront comme consignes de ne jamais cesser d’attaquer. Cafu et Roberto Carlos côté brésilien et Zanetti et Sorin côté argentin seront donc des latéraux qui passeront leur temps à attaquer pour obliger l’adversaire à défendre. Ainsi, les latéraux ont rarement été aussi important dans une équipe. Bielsa a plus ou moins révolutionné le travail des latéraux au début des années 2000 (Zagallo avait déjà expérimenté cela en 1970, Scolari s’est inspiré de Bielsa avec le succès qu’on lui connaît).

C’est le début d’une nouvelle ère, celle des latéraux modernes. Plus offensifs, plus techniques et donc plus enclin à combiner avec leur milieu offensifs. Mais on se retrouve avec des latéraux moins efficaces défensivement qu’auparavant. Ce changement peut aussi s’expliquer par l’avènement d’un nouveau style d’ailiers, les « faux pieds » : les gauchers jouant à droite et vice versa. Conséquence de cela, ils rentrent beaucoup sur leur bon pied pour frapper et débordent donc un peu moins ce qui laisse le couloir au latéral.

Aujourd’hui chaque latéral doit être doté d’une bonne qualité technique, doit être rapide et savoir centrer correctement. Pas sûr que les latéraux d’antan Thuram ou Bergomi pour ne citer qu’eux auraient eu la même carrière s’ils étaient arrivés quelques années plus tard car ils ne correspondaient pas au style de latéraux d’aujourd’hui. Mais de nos jours les latéraux ne sont plus aussi complets, ils sont soit très bons offensivement et mauvais défensivement soit l’inverse. Les latéraux complets à la Paulo Maldini existent de moins en moins même si on peut encore en trouver quelques uns (Lahm, Alaba, Lichsteiner ou encore Dani Alves pour ne citer qu’eux).

Pénurie

WOLFSBURG, GERMANY - AUGUST 01: Philipp Lahm of Bayern Muenchen looks on during the DFL Supercup match between VfL Wolfsburg and FC Bayern Muenchen at Volkswagen Arena on August 1, 2015 in Wolfsburg, Germany. (Photo by Dean Mouhtaropoulos/Bongarts/Getty Images)

Prenons l’exemple de notre nation. Au poste de latéral gauche pas de problème. On retrouve un certain nombre de bons joueurs, Kurzawa, Amavi, Digne ou encore Mendy. Mais à droite on assiste à un cruel manque de joueurs et de niveau dans les générations futures. Dans les équipes de jeunes, aucun très bon latéral droit ne sort du lot.

La sélection allemande fait face à des problèmes similaires, elle qui a été championne du monde avec un seul vrai latéral dans les 23 sélectionnés Philipp Lahm. On se souvient que l’Allemagne jouait avec Mustafi et Howedes dans les couloirs avant que Low ne décide de remettre Philipp Lahm à son poste de latéral droit. Avec la retraite internationale du bavarois, c’est plus compliqué, la Nationalmannschaft n’arrive pas à retrouver des latéraux digne de ce nom et patauge à ce niveau.

Le parallèle peut être fait avec la Belgique, première nation au classement Fifa qui joue sans vrai latéral de métier. En effet ce sont Toby Aldewereild et Jan Vertonghen tout deux défenseurs centraux qui jouent dans les couloirs.

Le poste de latéral est de moins en moins représenté, on retrouve très peu de bons latéraux en Europe. Le niveau global des joueurs  à ce poste est en déclin. La  génération future semble bien formatée, les nouveaux latéraux sont tous des latéraux modernes comme nous les avons décrits plus haut. Très bons dans leur apport offensif, à l’aise techniquement mais ils possèdent des défauts d’ordre défensifs. De nombreux errements mis sous silence par leurs formidables qualités de contre attaquants. Par quoi s’explique cela ? Tout d’abord on se rend compte que de plus en plus de latéraux le sont par défaut. Ce sont des joueurs qui ont été formés plus haut plus jeunes avant d’être repositionnés plus tard à l’instar d’un certain Dani Alves ou David Alaba.

Les jeunes d’aujourd’hui ne rêvent plus de devenir latéral, ils veulent naturellement jouer plus haut car le poste de latéral est vu comme un poste ingrat. Le poste de latéral est très exigeant ce qui peut expliquer le fait que les jeunes ne se voient pas y évoluer et que l’on retrouve peu de très bon joueurs. Dans certains schémas, il est demandé aux latéraux d’animer seul le couloirs. C’est le cas dans un 4-4-2 losange ou dans un 3-5-2 ce qui est très difficile.

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Peu de joueurs font rêver les jeunes à ce poste. Nous pouvons citer Marcelo,  Dani Alves ou encore Alaba qui sont souvent pris en exemple par les jeunes joueurs jouant à ce poste. Mais c’est trop peu. Alors on a encore espoirs que des latéraux style Ricardo Rodriguez deviennent des tops et fassent rêver les jeunes mais cela semble compromis.

Dans le football d’aujourd’hui on assiste à une hybridation des postes, les 10 d’hier deviennent des 8 ou des joueurs excentrés dans un 4-3-3. Le numéro 9 « Bomber » à l’ancienne disparaît petit à petit et les défenseurs deviennent de plus en plus technique. Le gardien libéro à la Neuer sera sans doute bientôt devenu la norme dans le football, on demande de plus en plus aux gardiens d’être très bons au pied ce qui est aussi assez nouveau. L’hybridation de ces postes est due au fait que l’on a de plus en plus tendance à valoriser le dépassement de fonction cher à notre ami Christophe Dugarry. On demande aux joueurs de ne plus se cantonner à leur propre rôle mais d’être capable de faire de plus en plus de choses, jouer à plusieurs postes pour faciliter les changements de schéma et tactiques.