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Nous sommes le 28 octobre 2015, le quadruple-champion en titre, la Juventus vient de s’incliner 1 à 0 sur la pelouse de Sassuolo et présente désormais un bilan indigne de 12 points en 10 journées, avec quatre défaites au compteur. Quatre défaites en 10 journées, une statistique effroyable pour une équipe qui s’était inclinée à seulement trois reprises sur les 38 journées de la saison 2014-2015.

Derrière ces chiffres c’est aussi l’image que donne la Juve qui inquiète ; aucune solution dans le jeu, un Paul Pogba -affublé du mythique 10- en très grande difficulté et plus globalement une équipe en très grand manque de sérénité et de confiance.

Les constats sont alarmistes ; titre envolé et qualification en Ligue des Champions menacée.

Ces résultats font le bonheur des tifosi adverses qui se délectent des malheurs de la Vieille Dame. Les tifosi bianconeri quant à eux, commencent à grogner, ciblant particulièrement Max Allegri. Les raisons de leurs griefs ? Une préparation estivale catastrophique et un mercato insuffisant. Et pour cause, lors de ces dix premières journées, la Juventus doit composer avec les absences de Marchisio -véritable plaque tournante de l’équipe-, Lichtsteiner ainsi que les pépins à répétition de Khedira, Morata, Pereyra ou encore Asamoah. Des absences qui viennent se rajouter aux départs estivaux de Vidal, Tevez et Pirlo. Ainsi, la Juve aborde son début de saison dans un climat des plus catastrophiques. Une équipe décimée, une préparation physique à digérer, des recrues à intégrer et une dynamique à retrouver.

12 janvier 2016. La Juventus vient d’enchaîner sa neuvième victoire de rang en Serie A sur la pelouse du Luigi Ferraris de la Sampdoria et figure désormais à deux longueurs du leader napolitain, ré-endossant par la même occasion son costume de grandissime favori à sa propre succession. Un incroyable retournement de situation dans un championnat qui semblait s’être envolé il y a un peu plus de deux mois. Comment l’expliquer ?

Le retour des blessés

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Le retour de Claudio Marchisio fut la première pierre de la reconstruction de cette Juventus quasiment enterrée en octobre. Pour deux raisons ; la première, Claudio Marchisio est l’un des meilleurs regista de la planète football et a fortiori le meilleur milieu turinois de ces 18 derniers mois, et la deuxième : son absence n’a jamais pu être comblée. En effet, depuis le départ de Pirlo -qui n’a jamais été remplacé en terme de profil- la Juve n’a jamais pu compenser dignement la blessure d’Il Principino -désormais seul regista de l’effectif- étant condamnée à d’innombrables « bricolages » comme le replacement d’Hernanes devant la défense, ou encore les titularisations d’un Mario Lemina logiquement pas encore au niveau des exigences d’un tel club. Il existe deux externalités positives majeures dues au retour de Marchisio. La première se traduit par des chiffres : depuis son retour, la Juve n’a encaissé que 5 buts en 11 matchs de Serie A, contre 8 en 7 matchs pendant son absence. Sa lecture du jeu, son sens de l’anticipation ont permis aux bianconeri de retrouver leur traditionnelle solidité défensive. La deuxième c’est bien évidemment son impact sur les performances de Paul Pogba. En grande difficulté en début de saison, Paul Pogba a enfin trouvé la carburation ces deux derniers mois avec une constante montée en puissance et le retour de Claudio Marchisio n’y est pas étranger. Pour cause, en son absence, Pogba s’est retrouvé avec toutes les responsabilités de l’entre-jeu turinois sur les épaules. Et Pogba, bien que talentueux, reste un diamant à polir. Lui demander de porter du haut de ses 22 bougies le numéro 10 mythique de la Juve au sein d’un 11 titulaire décimé était sûrement un brin présomptueux. Ainsi le retour de Marchisio a stabilisé le milieu turinois et par conséquent, donné plus de libertés à un Paul Pogba qui a pu se libérer de l’énorme pression qu’il avait à gérer en ce début de saison.

Autre retour crucial pour la Juventus en fin d’année 2015, c’est celui de Stefan Lichtsteiner. Le retour de l’impertinent et sanguin helvète a définitivement ré-équilibré le bloc turinois. Finis les dépannages de Barzagli en tant que latéral droit, ou le positionnement approximatif d’un Cuadrado naviguant entre le poste de latéral et celui d’ailier. Qui dit retour de Lichtsteiner dit retour de la défense à 5. Car oui, malgré les tentatives de système à 4 défenseurs, ou l’essai d’une configuration avec un 10, il n’en demeure pas moins que c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleurs confitures. Et ce 3-5-2 fait désormais partie de l’ADN de la Juve. Fin des tâtonnements tactiques, back to basics.

Au rang des retours on pourrait également évoquer les retours de Khedira, Caceres ou encore Asamoah qui permettent aujourd’hui à Max Allegri de pouvoir compter sur un groupe élargi, avec un éventail de choix plus étoffé.

L’intégration des recrues

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Lorsque que tu perds des joueurs de la stature d’un Arturo Vidal, d’un Carlitos Tevez ou d’un Andrea Pirlo, inutile de dire que le vide à combler est énorme. On parle là de joueurs jouant/ayant joués à un niveau stratosphérique durant les dernières années. Et aussi talentueux soient-ils, les Dybala, Mandzukic, Khedira ou Cuadrado ont forcément besoin de temps pour s’adapter à leur nouvel environnement. Et il est inutile de préciser que le début de saison catastrophique n’a pas facilité leur intégration. Toutefois, patience est mère de sûreté, et tout vient à point à qui sait attendre. Petit à petit, les recrues ont fait leur trou dans l’effectif turinois et réussi à élever leur niveau de jeu. La Joya, Paulo Dybala est devenu la véritable star bianconera, effaçant week-end après week-end l’image de l’Apache dans les têtes des tifosi. Buteur, passeur, dribbleur, le jeune argentin s’est installé comme le véritable leader technique de cette Juventus. Sur comme en dehors des terrains, il a noué de véritables complicités avec ses partenaires et cela se ressent indéniablement dans l’état d’esprit de l’équipe, « eh c’est fini la mélancolie » comme dirait notre ami Karim Zenoud (libérez-le), la Juve a retrouvé entrain et motivation et le sang-neuf apporté par Dybala n’y est pas étranger.

Autre apport majeur, c’est celui d’Alex Sandro. Loin de nous l’idée de renier l’immense Captain Pat’ -on milite d’ailleurs activement pour sa prolongation de contrat- mais Alex Sandro apporte aujourd’hui la percussion, la créativité et la puissance qu’il manquait parfois cruellement à ce couloir gauche. Le 3-5-2 de la Juve paraît aujourd’hui moins stérile, moins prévisible, notamment grâce aux débordements d’Alex Sandro, sa fougue et vivacité. Une intégration très bien gérée par Allegri qui n’a pas brûlé les étapes avec le latéral gauche, permettant une adaptation progressive. La relation technique Sandro-Pogba est sans nulle doute devenue l’une des armes fatales de la Vieille Dame comme peut l’illustrer le but de Paulo Dybala face aux rossoneri.

A noter également, le rôle importantissime de Khedira dans l’entre-jeu -la Juve n’a jamais perdu avec Khedira titulaire- qui apporte expérience et sérénité ou encore les progrès de Mario Mandzukic après un début de saison compliqué. En outre, Cuadrado en rotation de Lichtsteiner permet à la Juve d’avoir enfin une véritable alternative au suisse, habitué aux saisons d’ouvrier chinois.

Patience et instauration d’une dynamique… Et demain ?

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Car oui, tirons un coup de chapeau à l’équipe dirigeante de la Juve. D’Allegri à Agnelli, aucun n’a perdu son sang-froid et sa sérénité en dépit des résultats catastrophiques. Malgré quelques choix douteux, Allegri a su se montrer pragmatique -l’abandon du système avec un 10- et gérer de façon plutôt habile son effectif ; intégration progressive de Dybala et Alex Sandro, confiance accordée à Mandzukic malgré ses performances moyennes, et aujourd’hui le cas Morata qui, certes très décevant, continue de se voir attribuer du temps de jeu par un coach soucieux de le remettre dans un bon pas.

Tous ces facteurs (retours des blessés, intégration des recrues, confiance de l’organigramme) ont eu un effet boule de neige sur les résultats de l’équipe, donnant naissance à une véritable dynamique. Les bons résultats appellent d’autres bons résultats et ceux-ci sont bien plus facile à obtenir lorsque l’on peut compter sur un Claudio Marchisio en pleine forme, un Dybala qui marche sur l’eau, un Pogba en pleine confiance et un bloc défensif Buffon-Barzagli-Bonucci-Chiellini qui s’adonne avec toujours autant de plaisir, à boire les attaques adverses (des nouvelles du Kun Agüero ?)

Alors quelle année 2016 pour la Juve ? Avec neuf victoires consécutives au compteur, il est difficile de garder la tête froide et de ne pas céder à l’excès de confiance. Mais cette Juve, bien que revenue d’outre-tombe, connaît ses limites. Tous les feux sont au vert, le soleil est radieux sur Turin, mais la Juve aussi forte soit-elle actuellement, a montré par son début de saison qu’elle était entièrement dépendante du rendement/présence de certains joueurs. Paulo Dybala et Claudio Marchisio sont indispensables aux turinois, et une blessure de l’un d’eux entacherait grandement les chances de titre de la Juve. Avec son mercato tourné vers la jeunesse (Rugani, Sandro, Dybala), la Juve a assuré son avenir, mais possède néanmoins un groupe moins étoffé que par le passé. Lors des saisons précédentes, chaque absence pouvait être compensée ou comblée. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Une absence longue durée de Marchisio ou Dybala déséquilibrerait l’ordre établi. Ainsi, pour pouvoir de nouveau espérer une grande saison, la Vieille Dame va avoir besoin d’un peu de chance et pouvoir compter sur ses deux princes charmants.

Quid de l’Europe ? En tirant le Bayern, la Juve s’est offert une finale avant l’heure. Un exploit leur ouvrirait la voie vers la Ligue des Champions, leur donnant de véritables arguments pour croire à un nouveau parcours de haute volée, alors qu’une élimination -logique- leur permettrait de concentrer leurs forces sur la conquête d’un 5ème scudetto de rang. Ce tirage, aux premiers abords cauchemardesques, est finalement, paradoxalement, une chance pour la Juve qui va pouvoir être rapidement fixée sur son futur. Quant au match en lui-même, le Bayern est bien évidemment largement favori, mais n’oublions jamais que la Juve n’est jamais aussi dangereuse que dans la peau de l’outsider. Les semelles rouges de Chiellini, ça ne sera pas des louboutins, ce sera le sang de l’adversaire.