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On se retrouve pour la deuxième partie de ce gros entretien avec Ibrahima Traoré au cours duquel nous avons pu longuement discuter de ses objectifs, de la Ligue des Champions, de son ressenti vis à vis de la Premier Leaguer de la sélection guinéenne mais aussi de la Ligue 1…

Maintenant vous allez débuter la seconde partie de saison samedi, avec uniquement le championnat à gérer, vous avez un objectif particulier avec l’équipe ?

IT: Franchement nous savons que le titre c’est fini, on ne joue plus pour ça parce qu’il n’y a qu’une seule équipe en Allemagne qui le joue. Mais sinon après deuxième, troisième ça n’a pas d’importance, ce qui nous intéresse c’est de faire aussi bien que l’année dernière (NDLR : ils avaient terminé à la troisième place), et de rejouer la Ligue des Champions. Parce que lorsque l’on joue cette compétition une fois, on a envie de la jouer toutes les saisons. Mais on sait que par rapport à nos concurrents directs, on n’a plus de compétition donc on peut mieux se concentrer car on n’a plus qu’un match par semaine, on a plus beaucoup de voyages donc on peut bien travailler.

Revenons-en à la Ligue des Champions, votre parcours vous a apporté quelque chose au niveau de l’expérience ou autre, bien que vous ayez terminé à la dernière place de votre groupe ?

IT: Oui c’est certain, mais ce que l’on a surtout appris c’est que le niveau est totalement différent. Ce n’est pas le niveau du championnat, celui qu’on a l’habitude d’avoir, c’est vraiment un niveau au-dessus. C’est incroyable. Par exemple, nous pensons que nous nous sommes fait éliminer de toutes les compétitions, même de l’Europa League, notamment à cause du match à Séville. On ne connaît pas la compétition : on prend trois penaltys, on perd et là on a compris que c’était un tournant. Après on fait deux nuls contre la Juve alors qu’à domicile on doit gagner. Contre City à domicile on doit gagner aussi. Mais bon ce sont des équipes qui, même quand ça ne va pas, font le dos rond et au final elles obtiennent le résultat voulu. Nous on n’avait pas cette expérience là, mais on a beaucoup appris et c’est pour ça que l’on veut revenir l’année prochaine, parce que nous savons que ce sera différent, on aura plus d’expérience, notamment pour aborder les matchs.

Justement par rapport aux clubs de votre poule, il y a un joueur ou une équipe qui t’a particulièrement impressionné ?

IT: Ce sont les joueurs de la Juve qui m’ont le plus impressionné. Après, Pogba et Marchisio sont ceux qui m’ont le plus marqué.

Dans le même registre, en Allemagne sur la première partie de saison, un joueur en particulier a plus retenu ton attention ?

IT: Par rapport à moi, à mon poste et à mon style de jeu, celui qui m’a le plus tapé à l’œil je dirais bien Douglas Costa, parce qu’il était un peu inconnu, personne ne savait qui il était vraiment. Et ce qu’il a fait sur cette première partie de saison c’est juste exceptionnel. Sinon je pense que, même s’il le mérite sur plus longtemps que la première partie de saison, c’est Aubameyang. Parce que marquer autant de buts, être aussi constant dans un championnat aussi difficile que la Bundesliga c’est pas n’importe quoi sachant que la saison dernière, il avait déjà commencé.

En ce qui concerne la Bundesliga du coup le championnat il a quoi de plus par rapport aux autres pour toi ?

IT: Franchement pour que ça ne soit pas trop compliqué et pour bien résumer ça, pour moi la Bundesliga c’est le même niveau que la Premier League sauf qu’il y a moins de moyens financiers. C’est tout. Donc selon moi, c’est vraiment le meilleur championnat du monde sauf qu’il y a moins d’argent.

Tu parles de la Premiere League pour laquelle on dit souvent qu’il y a une grosse ambiance dans les stades mais vous en Allemagne, où ceci est encore plus fort, vous le vivez comment de pouvoir jouer dans des stades pleins avec autant de ferveurs ? Ça doit être un plaisir de jouer dans ces conditions !

IT: Ca, ce n’est même pas comparable ou descriptible, c’est juste incroyable de voir que tous les stades, même dans les divisions inférieures, sont toujours remplis. Parce qu’en fait les gens font la fête, ils ne viennent pas pour regarder un match de foot, ils viennent pour s’amuser ensemble. Et ça fait toute la différence, c’est à dire qu’ils voient ça comme un spectacle, où ils vont pouvoir être réunis, boire leurs bières, faire la fête tout en espérant voir leur équipe gagner. C’est ce qui différencie l’Allemagne des autres championnats, c’est qu’ici le football c’est un spectacle et un événement chaque week-end.

Justement il y a un stade allemand dans lequel tu aimes particulièrement jouer ou qui t’a touché depuis le temps que tu es là-bas ?

IT: Alors le terrain sur lequel j’aime le plus jouer c’est celui de la Commerzbank-Arena à Francfort, après le stade le plus impressionnant avec les supporters et l’atmosphère c’est à Dortmund. C’est vraiment hallucinant.

Maintenant, plus par rapport à toi, avec la sélection et Luis Fernandez comment ça se passe ? Tu as des projets avec la Guinée sur le long terme ?

IT: Eh bien avec la sélection j’ai décidé d’arrêter un peu pour me concentrer sur moi. Après il y a beaucoup de choses qui ont été dites, beaucoup de malentendus. A chaque fois que je reviens dessus c’est mal interprété donc je préfère ne plus trop m’étaler sur le sujet. Mais il y a eu des discussions avec le sélectionneur, des choses mal interprétées, peut-être des problèmes, ce qui arrive avec certains coachs parce qu’on ne peut pas s’entendre avec tout le monde. Mais maintenant c’est le passé. Pour moi j’avais arrêté afin de me concentrer sur Gladbach, retrouver une place de titulaire, avoir un rôle plus important au sein de mon club, ce que j’ai maintenant. Donc on s’est parlé, et je lui ai dit, après réflexion, qu’il était temps de revenir car j’ai un autre statut dans mon club donc je peux d’avantage aider ma sélection.

Donc maintenant tu as réussi à remettre la sélection au premier plan en quelque sorte ?

IT: Oui bien sûr mais j’avais mis ça au second plan parce que je pensais qu’il était d’abord important de m’imposer dans mon club, de montrer ma vraie valeur. Parce que je sais qu’aller en sélection sans cela et avec la concurrence qu’il y a, ça pourrait être un désavantage surtout avec les voyages qui sont longs. Mais j’ai fait des choses et j’ai montré en club de quoi j’étais capable donc je pense que maintenant je suis de nouveau prêt à repartir jouer pour mon pays.

Bon changement de sujet un peu radical, mais par rapport au championnat de France, j’ai vu qu’il y a quelque temps tu avais tweeté quelque chose à propos d’Hatem Ben Arfa, tu en penses quoi de lui alors ?

IT: Oh lui c’est un génie. Ben Arfa, c’est un vrai génie, c’est l’un des joueurs qui me fait le plus plaisir à regarder jouer, vraiment, et ça depuis qu’il a commencé le foot. Après moi je suis très déçu pour lui, en tant qu’amoureux du football, qu’il n’ai pas pu faire la carrière qu’il aurait du faire pour une raison que j’ignore. Mais oui je suis un grand fan de lui, de se façon de jouer ça me donne des frissons parfois. Après je ne vais pas mentir, je n’ai jamais regardé Nice jouer, mais maintenant lorsque j’entends dire « oui Nice il joue bien » et bien je vais les regarder juste pour le voir lui.

Justement il y a des rumeurs comme quoi il pourrait aller en Allemagne, ça te ferait quoi qu’il vienne dans ce championnat ?

IT: Moi je dis juste que s’il vient ici, il va se régaler, il va connaître un autre football, qui n’est pas vu comme très attractif par l’extérieur. Par exemple, quand je parle avec Guilavogui qui est un de mes bons potes, il me dit « mais moi je ne savais pas que l’Allemagne c’était comme ça », mais oui parce que ce n’est pas encore ouvert, les gens ne s’y intéressent pas mais quand ils sont là, ils ne veulent plus partir. Aubameyang il est là, il ne veut plus bouger de Dortmund. Donc si Hatem m’écoute ou qu’il me lit, et qu’il a la possibilité de venir ici, il va régaler le public. Ils vont tomber amoureux de lui par rapport à son style et lui même il va adorer.

D’ailleurs vous avez une bonne relation entre joueurs franco-africains qui évoluent en Allemagne comme toi ?

IT: Oui, oui vraiment ! Personnellement je m’entends très bien avec Joshua Guilavogui justement, après Aubameyang j’ai moins de contacts avec lui. Sinon Salomon Kalou avec qui je m’entends super bien aussi, comme Serey Dié également. Mais entre nous tous, il y a une certaine solidarité parce qu’il y a beaucoup moins de joueurs africains en Allemagne qu’en France ou en Angleterre, donc ça rapproche. Quand on se voit pendant les matchs le week-end, on discute longtemps du coup on s’entend vraiment bien.

Tu as mentionné la France, justement tu reviens souvent à Paris comme tu as encore ta famille là-bas ?

IT: Je reviens le plus souvent possible, dès que j’ai l’occasion de revenir, je le fais. Paris c’est chez moi, c’est ma ville, je suis né et j’ai grandi là-bas. Donc lorsque j’ai l’opportunité de venir à la maison je le fais, d’autant plus que ce n’est pas compliqué, en voiture cen’est pas très loin et puis il y a le train et l’avion donc c’est assez facile.

Et par rapport à Paris, le PSG tu le suis comme c’est le club majeur de la capitale ?

Oh oui je suis, je suis tout les matchs, en plus avant j’allais au stade pour les supporter et les voir quand j’étais petit avec mon frère et mon oncle. Donc ça, ça n’a pas changé, c’est mon club de cœur et ça le restera toujours. Maintenant comme ils ont pris une autre dimension, et que ça joue super bien, qu’ils font plaisir à regarder, je suis encore un plus grand supporter du PSG.

Du coup il y a un joueur de l’effectif parisien que t’apprécies tout particulièrement ?

IT: Bien sûr il y a Verratti, il est impressionnant mais celui que j’aime le plus c’est Di Maria, c’est lui qui m’impressionne le plus, il est hallucinant. En plus le style qu’il a me correspond vraiment et c’est ce qui me fait vraiment kiffer.

Si tu devais jouer contre eux en Ligue des Champions du coup, ça te ferait quoi ?

IT: Cette année j’avais déjà espéré que l’on tombe contre eux, c’était un peu mon rêve de jouer contre eux malheureusement ça ne s’est pas fait. Mais on a eu des beaux matchs quand même parce qu’on avait la poule la plus compliquée de la compétition. Mais ce serait un grand plaisir de les affronter.

Bon pour conclure après cette longue discussion tu as quelque chose de spécial à dire, à ajouter par rapport à l’Allemagne ou autre ?

IT: Non, j’ai pu dire tout ce que j’avais à dire, mais je rajouterai juste que les gens devraient plus s’y intéresser et comme ça ils pourront comprendre pourquoi la Bundesliga à un tel niveau.

Un grand merci à Ibrahima Traoré pour avoir accepter de réaliser ce long et passionnant entretient. On lui souhaite à lui et son équipe une belle deuxième partie de saison, ainsi que beaucoup de réussite pour la suite de sa carrière. 

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