0

29 janvier 2016, le compte officiel de Manchester United annonce que Nemanja Vidic tire sa révérence. Si l’annonce n’est pas surprenante en soi, tant les blessures le minaient depuis son départ du Royaume et son arrivée à l’Inter, l’officialisation fait l’effet d’un coup de lame pour tous les supporters mancuniens. Allez, disons-le, pour tous les fans de Premier League. Ce qu’on retiendra de lui, c’est son dévouement. Parce que Nemanja Vidic est un soldat.

nemanja-vidic-background-1437000478
« VIDIC WITH THE HEADER ! »

Nom : Vidic. Prénom : Nemanja. Profession : soldat. Son parcours avec Manchester United commence en janvier 2006. Le serbe arrive discrètement durant le mercato hivernal en provenance du Spartak Moscou, en compagnie de Patrice Evra, avec l’étiquette d’un jeune serbe inconnu au bataillon et dont le potentiel ne saute pas franchement aux yeux. La suite, c’est Monsieur Vidic qui l’écrit, non sans avoir écoeuré de nombreux attaquants et perdu quelques dents au passage.

Défenseur à l’ancienne ? Yes sir

À l’heure où l’on nous vante sur tous les plateaux télés les défenseurs « propres », qui défendent toujours debout et sans jamais faire de fautes, Vidic fait partie de cette race de défenseurs en voie d’extinction, qualifiés « d’une autre époque ». Vous savez, ces défenseurs qui vont au charbon, qui se nourrissent des duels et qui rappellent à tous les esthètes et adeptes du tableau noir que le football est -avant tout- un sport de rue, un sport de contact. Il y a bien assez de joueurs fins et techniques occupants les postes offensifs pour qu’on bassine avec ça concernant les défenseurs centraux. Qui pourrait dire sans broncher qu’il n’a jamais pris son pied en voyant un tacle glissé sous la pluie pendant une sordide rencontre de bas de tableau ? Qui pourrait dire qu’il n’a jamais ressenti des frissons en voyant le défenseur central de son équipe sortir un ballon de la tête sur un corner menaçant ?

 

Car c’est bien de ça qu’il s’agit. Ils sont beaux les Thiago Silva, les Hummels, tout ces défenseurs supérieurs qui, du haut de leur intelligence de jeu suprême, n’ont pas besoin d’aller au duel physique avec leur attaquant. Ils sont beaux ces nouveaux défenseurs robotisés, qui devinent tout ce que leur vis à vis va faire, tant et si bien qu’ils excluent le mot « contact » de leur vocabulaire. Mais jamais, dans le cœur des aficionados du football de la rue, celui qui se joue plus avec le cœur qu’avec le cerveau, ils ne remplaceront ces défenseurs capables de risquer de perdre un œil pour gagner une simple touche.

« Vidic est un garçon austère, qui ne fait pas de compromis. Un serbe très fier. En 2009, il est venu me voir pour me dire qu’il pourrait être appelé. Je lui ai demandé “Comment ça, appelé ? », alarmé. “Au Kosovo. J’y vais. C’est mon devoir.” Et j’ai vu dans ses yeux qu’il le pensait. » Sir Alex Ferguson à propos de Vidic

Le serbe fait partie de cette race de défenseurs. Nemanja Vidic c’est avant tout un flow incroyable. Tête relevée, torse bombé, dos bien droit. Le soldat est fier et remplit sa mission avec dévouement. Le dernier rempart de son équipe, celui qui prend tout, peu importe qui est en face. Le ballon, et la jambe -ou le torse, c’est selon- s’il le faut. Vidic met la tête, là où personne n’aurait osé mettre le pied. Imprenable de la tête, génial au duel, il représente tout ce que le football a de plus naturel, instinctif.  Ce sens du sacrifice et cette aura sur le terrain rassurent toute sa défense et effraient les adversaires. Quand le capitaine adverse serre la main de Vidic au moment du toss, il sait que ce match va être une guerre sans merci.  Quand l’attaquant voit Vidic revenir vers lui à grandes enjambées avec ce regard dément, il tremble. Quand Vidic parle, on ferme sa gueule.

Calma! Calma!
Calma! Calma!

Performer

Réduire Vidic à une posture sur le terrain serait toutefois très réducteur, tant ses 8 années à Manchester ont été couronnées de succès. Pourtant, lorsqu’il débarque au club, les doutes ne tardent pas à arriver. Premiers mois compliqués, adaptation difficile à la Premier League. Durant cette période compliquée, le serbe est envoyé en réserve avec Patrice Evra et… sont sortis par René Meulensteen.  Le français révélera même, qu’une fois dans le vestiaire, ils se sont demandé ce qu’ils étaient venus faire à United. The rest is history.

Parce que Vidic est un roc. Malgré les doutes et le scepticisme à son égard, il conquiert sa place dans le XI de Ferguson dès la saison d’après, à coup de tacles rugueux et de coup de casque en pleine lucarne. Vidic commence à se familiariser avec l’univers mancunien mais son apogée n’est pas encore atteinte. Elle arrive tout doucement. Et elle porte un nom : Rio Ferdinand. Dès la saison 2007/2008, les deux colosses sont associés pour former une des plus belles charnière de l’histoire. Rio à la relance, Vida au duel. L’anglais contrôle, le serbe exécute. Et c’est ainsi que les deux compères vont dégoûter tous les attaquants d’Europe pendant deux saisons. Jugez plutôt : lors du sacre européen de 2008, United n’a encaissé que deux petits buts lors de la phase finale.

Lors de la saison suivant, en 2008/2009, lui et l’arrière garde mancunienne réussissent un exploit sans précédent : 16 matchs consécutifs sans encaisser le moindre buts, soit 1311 minutes d’invincibilité. Si Edwin van Der Sar, gardien de l’époque, a de manière très logique reçu toutes les éloges concernant ce record, toujours est-il que Vidic a lui aussi grandement participé à l’établissement de celui-ci. Car durant ces 16 matchs, Ferguson a du composer avec une défense totalement décimée et privée de Ferdinand, Evra, Rafael, Brown et Evans.

S’en suivent de longues années couronnées de succès, grâce auxquelles Vidic se constitue un palmarès de Roi.  5 médailles de champion d’Angleterre -Gerrard si tu nous lis-, 3 Carling Cup, 4 Community Shield, 1 Champion’s League et 1 Coupe du Monde des Clubs. Magistral.

Sa blessure à Bâle en novembre 2011 marque malheureusement le début sa baisse de niveau et de son passage à vide.  Se faire les ligaments à 30 ans n’est jamais bon signe, et cela a évidemment eu impact considérable sur la suite de la carrière de Vidic.  Jamais, depuis cette sombre soirée d’hiver, Vidic n’est parvenu à récupérer ce ce statut de « meilleur défenseur du monde ».  Mais ce n’est finalement pas le plus important. Nous, on sait. Nous, on sait que Vidic représente bien plus que des statistiques d’invincibilité. Nous, on sait que Vidic n’est pas ce genre de défenseurs que l’on peut définir avec des chiffres, mais bien avec des mots. Quand on pense à Vidic, on ne pense pas à un record inventé par footmercato. Quand on pense à Vidic, on se dit « WAW » en se remémorant ses coups de têtes au milieu d’une horde d’adversaires.

En avril dernier, le capitaine mancunien dispute ses deux derniers matchs européens contre le Bayern Munich. On retiendra son match aller, où le serbe a été immense. Plus précisément à la 58ème minute. Wayne 19M/an Rooney botte un corner que reprend magistralement le serbe d’une tête décroisée pour ouvrir le score contre l’immense favori de la compétition. Vidic lève les bras vers les supporters, ses Red Devils l’enlacent et Old Trafford exulte. Certains, dont moi, ont d’ailleurs cru revoir le Vidic des années fastes sur ce match : prestance, autorité, charisme, brassard sur le bras gauche et buteur. Flow intersidéral.  À l’image de sa carrière.

Thank you Captain

Mardi dernier, Nemanja Vidic a disputé son dernier match à Old Trafford. Inutile de dire que l’émotion était à son paroxysme, que ce soit chez les supporters ou chez le serbe. 8 ans de bons et loyaux services qui prennent fin, sans qu’on ait trop eu le temps de les voir passer. Le maillot rouge sang des Red Devils lui seyait à merveille, lui qui n’a jamais rechigné à perdre une dent, à s’ouvrir une arcade pour défendre son camp. Ses tacles par derrière quand Manchester perdait par 2 ou 3 buts d’écarts le caractérisent parfaitement : l’homme hait la défaite. Si je dois aller à la guerre, c’est avec Nemanja que j’irai.

Son départ marque également la fin d’une des pages les plus glorieuses de l’histoire du club. L’équipe sacrée à Moscou en 2008 se voit petit à petit vider de tous ses éléments : VDS, Hargreaves, Ronaldo, Tevez, Brown, Scholes, Rio, Evra, Giggs (en suspens, certes pour ces trois là) et maintenant Vidic.  Ces joueurs et, ici, Vidic auront le respect éternel du club et des supporters. Parce qu’ils font partie de ces serviteurs qui donnent envie aux fans que nous sommes d’ouvrir un streaming en 480p après quelques 17 pubs fermées par un dimanche pluvieux.

Lors de son discours de départ adressé à Old Trafford, Vidic a lâché une larme. Le serbe d’acier a finalement une faille. Thank you Captain.

maxresdefault

Mohamed