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Accrocheur comme titre non? Maintenant que votre attention est acquise cet article se propose d’essayer de répondre ensemble à une question qui divise le monde du football. Est-il possible d’être un détracteur du génie tactique Pep Guardiola sans forcément être un banal hater guidé par une haine dénuée de sens envers toute chose bleue et grenat. Pour ça, cet article se penchera sur les trois années que le technicien catalan a passé aux commandes de l’équipe du Bayern Munich et particulièrement sur les impressions qu’il a laissées, tant sur le plan footballistique que sur le plan humain. Cet article fait suite à une première dissection du Bayern de Guardiola écrite il y a presque un an, que vous pouvez retrouver en cliquant ici.

Mais avant de s’attarder sur la personnalité qui fait de Pep Guardiola l’homme qu’il est, il s’agit de parler bien, de parler football. À commencer par l’aspect le plus simple: les résultats sportifs. Un bref regard sur son palmarès depuis son arrivée à Munich montre que le club a remporté trois titres en deux ans (2 championnats et une coupe d’Allemagne). Un bilan objectivement très satisfaisant. Comme les dirigeants du Bayern ne cessent de le répéter d’ailleurs, le championnat est le titre le plus honnête de l’année, celui où la chance ne joue qu’un rôle subordonné. Or cette compétition a été dominée en long et en large par les hommes de Guardiola qui ont remporté les deux dernières éditions haut la main et sont en passe de réitérer cette performance une troisième fois de suite.

De nombreux supporters bavarois et journalistes restent cependant insatisfaits de ce bilan. Deux raisons principales sont à distinguer ici. La première est la comparaison avec son prédécesseur Jupp Heynckes qui était parti sur un triplé historique. Mais ce triplé ne serait pas historique s’il était aussi facile à répéter. Après tout, aucune équipe n’a jusque là réussi à défendre son titre en Ligue des Champions, ce qui souligne la difficulté de la tâche. Le deuxième point qui est reproché à Guardiola concerne les circonstances des éliminations en Ligue des champions. L’impression subsiste que l’approche tactique lors des matchs contre le Real puis contre le Barca n’était pas idéale et que l’entraîneur catalan n’a pas su exploiter au mieux les qualités de son effectif (voir la critique de la possession pure). Les nombreuses blessures au Bayern sont ici souvent mentionnées comme circonstances atténuantes par les partisans de Guardiola, un point qui sera détaillé plus tard.

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Mais même en faisant abstraction du bilan sportif de Pep Guardiola, il est possible de légitimement critiquer l’homme qui se cache derrière le tacticien. Débordant de flow malgré une vilaine calvitie, Pep Guardiola est de prime abord un homme on ne peut plus charmant. Il ne lui a d’ailleurs pas fallu longtemps pour mettre l’opinion publique de son côté après son arrivée en Allemagne. L’admiration pour Pep Guardiola va même jusqu’à toucher ses plus ardents concurrents comme Jürgen Klopp et Thomas Tuchel. Et si la science tactique et les succès sportifs du monsieur contribuent à cette quasi vénération, la stratégie de communication de Guardiola n’en constitue pas moins le fondement. Car Pep Guardiola ne fait jamais les choses à moitié. L’exubérance des compliments qu’il adresse tant à ses joueurs qu’à ses adversaires ainsi que l’extrême humilité dont il fait sans cesse preuve lui permettent de rallier rapidement les sympathies. Un procédé qui prend tout son sens quand Guardiola lui même avoue que son objectif est « d’être aimé ».

C’est dans cette stratégie que s’inscrivent la totalité de ses sorties médiatiques. Car si Guardiola n’a jamais caché son mépris pour les médias, il ne tente pas moins de les instrumentaliser dans son intérêt. Et il faut avouer que cela fonctionne plutôt bien. La conférence de presse lors de sa présentation officielle est d’ailleurs un chef d’œuvre en la matière. Outre ses nombreuses éloges du club et de son prédécesseur, Guardiola s’est voulu extrêmement rassurant face aux inquiétudes des fans, très attachés à l’histoire, aux valeurs et à l’identité du club. Il disait ainsi : « Je vais essayer de m’adapter rapidement. À nos joueurs et aux équipes adverses », puis toujours dans la même veine: « Je dois m’adapter à 100% à nos joueurs. Le football appartient aux joueurs, pas à l’entraîneur ». Questionné quant aux changements qu’il comptait opérer au sein de l’équipe et quant au jeu qui serait pratiqué il déclarait alors : « Quand une équipe a beaucoup gagné il ne faut faire que peu de changements. L’équipe est très bonne […] On ne veut rien changer simplement pour modifier quelque chose. »

Deux ans et demi plus tard le constat est amer. Ces belles paroles étaient de toute évidence vide de contenu et ne constituaient qu’un élément de sa stratégie de communication. Un regard sur l’évolution du Bayern suffit pour s’apercevoir que c’est l’équipe et le club qui se sont adaptés à Pep Guardiola et non l’inverse comme il le prétendait. Ceci est vrai tout d’abord sur le plan de l’effectif. Les joueurs qu’il a recruté l’ont plus été dans le but d’installer sa philosophie de jeu que de palier les chantiers de l’équipe bavaroise. Les meilleurs exemples sont les recrutements de Xabi Alonso et bien évidemment de Thiago Alcantara, à propos duquel Guardiola déclarait : « Je veux Thiago ou rien. »

Cette fermeté sur le dossier de l’ancien culé s’explique peut être par le fait que d’autres joueurs lui ont été « refusés » par les dirigeants bavarois. Il est communément admis que Pep Guardiola aurait aimé attirer Neymar en bavière alors que le prodige brésilien évoluait encore à Santos. Hoeneß et Rummenigge l’avaient alors convaincu de prendre Mario Götze à la place. Une déception pour le technicien catalan qui malgré ses publiques déclarations d’amour pour l’international allemand : « J’aime Mario Götze » ne lui a que rarement accordé sa confiance, particulièrement lors des phases décisives de chaque saison. L’exemple le plus flagrant est les demi-finales de ligue des champions face au FC Barcelone, lors desquelles Götze n’a jamais été titulaire, malgré les absences de Robben et Ribéry.

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Cette divergence entre les déclarations de Guardiola et son comportement est un thème récurrent dans ses rapports aux joueurs et se voit confirmé par les désaccords qu’il a eus avec certains. Le cas le plus édifiant ici est celui de Mario Mandzukic. En été 2013 Guardiola déclarait à propos de l’international croate : « Mandzukic est un super super joueur ! », ou encore : « J’aime ce joueur. Je n’ai jamais vu un joueur pareil de toute ma vie. » L’évolution de la situation du numéro 9 bavarois lors des mois suivants, culminant avec son expulsion du club l’été 2014, laisse planer un doute quant à la sincérité de ce discours. Mandzukic déclarait plus tard à propos de son ancien entraîneur : « Il m’a manqué de respect […] il voulait se débarrasser de moi. »

Cette incapacité de Guardiola à gérer les caractères bien trempés avait déjà été illustrée par le passé au travers de ses relations avec Samuel Eto’o ou encore Zlatan Ibrahimovic. Elle ne se limite ceci-dit pas seulement aux joueurs comme ses rapports avec l’ancien staff médical bavarois le démontrent. Les mérites de l’équipe du fameux Hans-Wilhelm Müller-Wohlfahrt ne sont plus à prouver. Son bilan médical à la tête du Bayern parle pour lui.

Comme le dit le spécialiste en fitness footballistique Raymond Verheijen : « Avant qu’il [Guardiola] n’arrive au Bayern Munich, ils avaient le meilleur bilan de blessures de toutes les équipes de Champions League pendant plus d’une décennie».

Cet état de fait n’a cependant pas empêché Guardiola de vouloir imposer sa vision des choses sur le plan médical également. Les méthodes du staff lui paraissaient « anciennes » et il a fini par gagner le bras de fer avec Müller-Wohlfahrt et instaurer une nouvelle structure au club. Les plaintes de Guardiola par rapport à l’équipe médicale n’ont pas cessé pas pour autant. Avant tout l’indisponibilité prolongée de certains joueurs était une épine dans son pied. Les tensions avec « Mull » ont atteint leur point culminant après la défaite du Bayern en quart de finale aller de Ligue des Champions contre le FC Porto. Le doc, refusant d’être le bouc émissaire de cette déconvenue a finalement décidé de poser sa démission, et son bras droit Fredi Binder (au club depuis 36 ans) fut licencié dans la foulée.

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Loin de s’améliorer, la situation médicale au club n’a fait qu’empirer par la suite, provoquant une série de critiques envers Guardiola pour sa gestion des entraînements et des blessures. Verheijen, tout comme le médecin sportif Werner Klingelhöffer sont d’avis que le technicien catalan devrait se « remettre en question ». L’intensité des entraînements nuirait aux joueurs et serait la principale cause de la multiplication des blessures musculaires : 27 lors des trois saisons sous Guardiola contre 7 les trois précédentes. Sa volonté de récupérer les blessés au plus vite et son entêtement à les faire jouer sans qu’il ne soient complètement rétablis ne font qu’empirer les choses, comme le montrent les exemples de Thiago, Ribéry ou plus récemment de Jérome Boateng.

En effet, c’est suite à la blessure de Thiago que les premières tensions entre Guardiola et le staff médical sont apparues. Alors que Müller-Wohlfart préconisait un traitement lent et traditionnel, Guardiola a milité pour un traitement plus radical à base de cortisone chez le docteur Ramon Cugat dans l’espoir de voir son protégé revenir pour la toute fin de saison. Cette décision allait se révéler désastreuse puisqu’une rechute de Thiago l’a finalement envoyé à l’infimerie pour plus d’un an. Le cas de Franck Ribéry a suivi un schéma similaire. Le 5 décembre dernier Franck Ribéry faisait son retour sur les terrains de Bundesliga lors de la défaite face à Gladbach, après avoir été indisponible pendant des mois. Quelques jours plus tard, Guardiola l’alignait d’entrée de jeu dans un match insignifiant de ligue des champions, et ce qui devait arriver arriva : rechute pour une durée indéterminée. Quant à Jérome Boateng, il était déjà blessé aux adducteurs lors du match de reprise de Bundesliga face au HSV et a été titularisé à l’encontre des recommandations des médecins. La blessure contractée pendant le match et qui complique grandement la position du club en vue du clash contre la Juve n’est donc qu’un produit de plus du manque de précautions de la part de Guardiola.

Bien plus que les résultats sportifs en déclin ou les expérimentations tactiques parfois loufoques, c’est au final la personnalité de Pep Guardiola qui peut provoquer le rejet du personnage chez certains supporters bavarois. Contrairement aux déceptions sur le plan sportif, l’hypocrisie qui caractérise sa stratégie de communication, son indifférence et insouciance quant aux risques qu’il fait inutilement encourir à ses joueurs et l’implacabilité de ses rapports avec ceux qui ne se plient pas à sa volonté sont des facettes de son caractère difficilement cautionnables. Entre temps il a été annoncé que Pep Guardiola quittera le club en direction de Manchester City et que le « Mister » Carlo Ancelotti lui succédera à la tête du Bayern Munich. De quoi faire espérer un avenir plus radieux à ceux attachés au géant munichois, sur le plan sportif peut être, mais sur le plan humain avant tout.