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Cher Dimitri,
Si on m’avait dit il y a quelques années que Dimitri Payet me donnerait envie de regarder des Bournemouth – West Ham un mardi soir, j’aurais probablement coupé les ponts avec le football. Il faut dire qu’à l’époque ton statut d’intermittent du spectacle t’empêchait d’être un footballeur professionnel digne de ce nom. Pourtant, tu as toujours eu un certain talent qui se traduisait de temps en temps par des apparitions dans les tops buts, et quelques actions YouTube pour entretenir la légende.

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Finalement, en 2013, après la meilleure saison de ta carrière à Lille lors de laquelle tu as fini en double-double (12 buts, 12 passes), tu signes dans mon club de cœur, l’OM. La perspective de ton trio avec Valbuena et Gignac à un an du mondial est enthousiasmante et les débuts sont parfaits avec 3 buts en 2 matchs. Pourtant, une fois de plus tu retombes dans tes travers, et après une saison très irrégulière, ta place pour le Brésil te file sous le nez. Tu étais quand même une belle merde à l’époque frérot.

L’arrivée de Bielsa a été le déclic. Ton repositionnement en meneur a dévoilé en toi une vision de jeu bien au-dessus de la moyenne qui, combinées à tes qualités techniques évidentes, ont fait de toi la pièce maitresse d’une des équipes les plus belles à voir jouer en Europe. Tout a commencé lors du premier match de la saison en Autriche face à Leverkusen. N°10 sur les épaules tu avais illuminé la rencontre, déversant ton urine dans tous les recoins de la pelouse, tout en étant impliqué sur 3 des 4 buts olympiens.
Ce match-là a signé mon entrée dans le Payetismo. S’en est suivi un an de pur bonheur grâce à toi. Un an durant lequel mon quotidien se résumait à attendre tranquillement sur les bancs de la fac chaque week-end pour avoir la chance de voir l’OM et son n°17 me régaler pendant 90 minutes (oui parce que j’ai quand même une vie de merde à part ça). En un an, tu es devenu le symbole du travail de Bielsa et tu as même récupéré ta place en équipe de France. Et même si cette année exceptionnelle s’est terminée par une triste 4e place, tes 7 buts et 16 passes décisives nous donnaient des raisons d’espérer.

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L’annonce fin-juin de ton départ pour West Ham a été difficile à accepter. Je ne te cache pas qu’on est passé par les phases du deuil. D’abord, le déni : « mais non il se sert de l’offre de West Ham pour faire monter les enchères et mieux prolonger ». Puis la colère : « flûte, encore un joueur attiré par la sécurité financière pour sa famille » (je n’ai que des vagues souvenirs de mes paroles… mais crois-moi je ne t’ai absolument pas insulté, ah ça non). Est ensuite arrivée la dépression : « on va faire une saison entière avec Barrada titulaire » avant la phase d’acceptation : « finalement, un duo Lanzini/Payet ça peut être pas mal ». On n’a donc pas mis longtemps avant de rejoindre la #HammersArmy et de vibrer devant la manière avec laquelle tu as uriné sur l’Emirates Stadium.

Aujourd’hui, tu sembles complètement épanoui. Tu as même encore progressé depuis l’année dernière, au point d’être désormais devenu l’un des meilleurs meneurs de jeu du monde. Tu ne choisis pas la solution de facilité, tu laisses ça aux tocards, toi tu cherches à faire la différence par une prise de risque. De plus, tu ne te roules pas constamment au sol lorsque tu es touché. Tu ne nuis pas non plus à l’image de l’Equipe de France car les seules vidéos présentes sur ton iPhone sont celles de tes gestes techniques à l’entrainement. Ton niveau de jeu te permet également de ne pas être inquiété par la féroce concurrence de Maxwel Cornet et Aldo Kalulu. M’enfin, je dis ça comme ça. Tes centres sont toujours aussi précis, tes passes toujours aussi bien senties et tes gestes techniques me font me lever de mon canapé, tout en criant « oulalalalalalala » en secouant ma main droite.

Qui aurait pu penser qu’un petit réunionnais avec une crête sur la tête allait poser ses couilles sur le plus grand championnat du monde ? Certainement pas moi. Et pourtant, ce ne sont pas les dédoublements de Jean-Charles Jenkinson et Vincent Moses sur l’aile droite qui me donnent envie d’ouvrir un stream d’un Newcastle – West Ham en plein samedi après-midi alors que je pourrais faire quelque chose d’intéressant comme taper une grosse sieste par exemple.

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Notre histoire a commencé par des « mais sors Payet et fous Thauvin au lieu de replacer ta casquette la putain de toi Baup ». Elle s’est doucement transformé en des « Payet en 10 c’est prometteur » et des « encore un gros match de Payet, s’il devient régulier ça va faire mal ». On est rapidement parti sur des « Payet est meilleur que Pastore » mais cette saison, ton nom est cité à côté des Özil, Neymar, Dybala et autres Douglas Costa car tu es devenu un joueur frisson, capable d’offrir de l’amour en un Vine ou de faire basculer une rencontre à toi seul.
Tu ne seras peut-être pas à l’Euro car le sélectionneur préfère les joueurs jouant le maintien en Premier League ou le ventre mou en Ligue 1. Cependant je tenais simplement à te dire une chose : merci d’être devenu un footballeur fantastique. C’est très utile quand on veut passer le temps pendant les heures de cours en amphi de pouvoir taper « dimitri payet skills » sur YouTube.

Cordialement, un Payetista parmi tant d’autres.