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Au cœur de la tempête médiatique depuis samedi soir, Serge Aurier est aujourd’hui dans l’œil du cyclone. En moins de 24 heures, le latéral parisien est passé d’étoile montante de la capitale à persona non grata au Camp des Loges. Alors, comme souvent, quand la vindicte populaire s’abat, l’exagération fleurit. Temps mort.

Football, ton univers impitoyable

Ce 13 février aurait dû n’être qu’un samedi banal pour Serge Aurier. Un samedi de plus, à écraser la Ligue 1, avec ses potes du Paris Saint-Germain. Quand il s’installe sur le banc du Parc des Princes peu avant le début du match face à Lille, le latéral ivoirien est dans la forme de sa carrière : auteur d’une première partie de saison remarquable, il s’est enfin imposé après une première année difficile. Et qu’on ne s’y trompe pas : s’il prend place sur le banc, c’est en prévision du match que lui et tous ses coéquipiers attendent depuis des mois. Mardi, c’est Chelsea.

Enfin, mardi, ça aurait dû être Chelsea. Car dans la soirée, Serge Aurier a fait un Periscope. Une vidéo diffusée en direct où, accompagné de son pote, il répond à plusieurs questions de fans parisiens. S’il commence par insulter quelques supporters de l’OM, la suite monte d’un ton. En moins de 5 minutes, Sheguey égratigne (pour le moins) violemment tour à tour son coach Laurent Blanc et son coéquipier Salvatore Sirigu. Il n’en fallut évidemment pas moins pour que tous les réseaux sociaux s’emparent de l’affaire et fassent enfler la polémique.

Passons ici les généralités d’usage, il est évident qu’Aurier est complètement en tort et totalement responsable de ce qu’il vient de se produire : non seulement par manque de professionnalisme, mais aussi et surtout par manque du plus élémentaire des respects dû à son coach, figure référente par excellence, et à ses coéquipiers, dont la vie du groupe dépend. Toutefois, si la faute professionnelle (et certainement la bêtise) dont s’est rendu responsable Aurier est clairement établie, la quête de buzz de certains internautes est tout aussi questionnable. Soyons parfaitement clairs : il n’est pas question d’étouffer l’affaire pour faire une fleur à Aurier ou lui accorder quelconque passe-droit. N’importe quel salarié d’une entreprise est soumis à la même obligation de respect vis-à-vis de son employeur, et il n’y a aucune raison pour que ce brave Serge y échappe.

Seulement voilà, entre commenter l’affaire –en bien ou en mal– et vouloir à tout prix la tête d’Aurier, il y a un monde. Publier la vidéo polémique (à l’origine introuvable puisque seulement diffusée en direct), aller quémander, exiger des sanctions en mentionnant les comptes Twitter du PSG et autres journalistes sportifs influents s’apparente davantage à de la lâcheté et de l’aigreur qu’autre chose. Alors oui, on dira qu’on n’est pas dans le monde des bisounours et qu’Aurier n’avait qu’à bien se tenir. Qui peut prétendre le contraire ? Mais l’irresponsabilité –pour le coup– de ces personnes, prêtes à sacrifier la carrière d’un jeune de 23 ans sur l’autel de leurs prétendues valeurs d’éthique, en réalité rien de plus qu’une quête d’autosatisfactions personnelles d’un ego à travers le lynchage médiatique à venir d’un joueur, est tout autant à pointer du doigt.

Faute d’Aurier, procès d’une génération ?

Depuis dimanche matin, les journalistes sportifs s’en donnent à cœur joie. Un à un, ils défilent sur les plateaux télés nous énumérer les torts de cette nouvelle génération de footeux des banlieues, pas racailles mais presque. Encore une fois, qui pourrait balayer d’un revers de main ces accusations ? Sans doute y a-t-il une part de vérité dans ce qu’ils disent tous. Après tout, il est peut-être vrai que les footballeurs issus de banlieues subissent souvent le contrecoup de leurs fréquentations peu vertueuses. Tout cet univers, tant décrié par Daniel Riolo, mélangeant football, argent, grand banditisme et rap ne peut que finir par desservir des joueurs salariés d’institutions se voulant respectables et respectées. Pourtant, il conviendrait encore une fois d’apporter de la nuance à toutes ces analyses sociologiques de… journalistes sportifs.

En jugeant le cas Aurier, combien de fois en 24h à peine a-t-on entendu le parallèle avec l’affaire Benzema/Valbuena ? Aussi grave soit la faute du parisien sur un plan humain, éthique et professionnel, la mettre sur le même plan –ne serait-ce qu’en l’énumérant l’une à la suite de l’autre– qu’une affaire de chantage présumé impliquant la justice résume assez bien la malhonnêteté et le « fourre-touïsme » avec lesquels sont traités les affaires impliquant la fameuse « nouvelle génération ».

En réalité, si les problèmes de professionnalisme, d’attitude, de respect et de bonne conduite décriés par les médias sont effectivement beaucoup plus répandus chez la nouvelle génération, cela a peut-être une explication autre que leurs fréquentations ou leurs goûts musicaux. Et si, ces petits cons étaient tout simplement…jeunes ? Alors, oui, on sait déjà : la jeunesse n’exempt aucunement d’être poli et respectueux, en témoignent ces millions de jeunes français charbonnant durement et sans broncher, que ce soit pour leurs études ou manuellement. Toutefois, le monde du travail « lambda » apparaît difficilement comparable à celui du football : on parle ici de jeunes qui en l’espace de quelques années passent du quartier à des salaires à 4, 5 voire 6 chiffres. Autrement dit, rien à voir avec un rapport patron/salarié classique (sur le plan humain, pas économique). On nous répondra bien sûr qu’il ne manquerait plus qu’on se mette à plaindre des millionnaires. Mais qui parle de les plaindre au juste ? Comprendre, ou au moins avoir en tête, que le changement de monde hyper-rapide, même positif, auquel sont confrontés ces footballeurs peut faire tourner la tête et commettre les pires conneries est essentiel pour toucher du doigt ce problème récurrent chez la « nouvelle génération ».

Il ne s’agit aucunement d’excuser ou de trouver des circonstances atténuantes aux scandales dans lesquels sont impliqués ces jeunes, ou encore de les faire passer pour des victimes des médias mais simplement de les remettre en perspective par rapport à leur âge et à leur situation. Imaginez ce qu’un gamin de 20 ans comme vous et moi peut faire comme conneries. Imaginez maintenant ce qu’un gamin de 20 ans, étoile montante et pleins aux as pourrait faire. Vertigineux n’est-ce pas ?

Ce lundi après-midi, Laurent Blanc s’est exprimé publiquement pour la première fois depuis la révélation des propos de son arrière droit. « Pitoyable. Je l’ai très mal pris. »Les mots sont durs, et qui osera le lui reprocher ? C’est lui qui, à l’été 2014, est parti chercher Serge Aurier à Toulouse pour le faire devenir le joueur qu’il est aujourd’hui. Et c’est sans doute cet aspect des choses qui est le plus dommageable pour l’ivoirien. Les médias, le public ? Ils oublieront, comme ils ont toujours oubliés, pressés par le buzz d’une actualité toujours plus brûlante. Mais Laurent Blanc, lui, n’oubliera sans doute pas ce couteau dans le dos de la part de son joueur.

« Je me suis engagé pour ce garçon il y a deux ans auprès de ma direction et le remerciement que j’ai c’est ça. Je trouve ça pitoyable. » Laurent Blanc en conférence de presse, lundi 15 février

Aujourd’hui mis à pied par le PSG, le meilleur latéral droit de Ligue 1 a vu sa carrière parisienne basculer en moins de 24h. Au lieu de se préparer pour le match pour lequel lui et ses coéquipiers se sont conditionnés depuis des mois, il va devoir attendre, plaider sa cause et espérer que le club daigne passer outre cette affaire. Nul doute qu’il cogite déjà assez là-dessus pour qu’on ait besoin de lui faire une morale préfabriquée.
Serge Aurier a merdé, et il a présenté ses excuses. On ne frappe pas à un homme à terre. Le soldat Aurier est en péril, il faut sauver le soldat Aurier.

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  1. Mmmh…Je me dis que c’était un pari lancé entre potes d’essayer de justifier ou d’expliquer ce qu’a fait Aurier non?
    Il est inexcusable et débile. Point. Pas besoin de 3 pages pour essayer d’expliquer l’inexplicable en fait.

    1. Si j’essaye d’expliquer c’est que je pense que c’est explicable. Si pour toi ça l’est pas, tant pis et merci d’avoir lu l’article mais tu peux garder tes leçons de pertinence de sujet.

      1. Bon bah si c’est pour répondre ça, pas la peine d’ouvrir les articles aux commentaire hein! 😉
        Je trouve que d’essayer d’être l’avocat du diable est un exercice de style intéressant après je trouve juste que si le PSG veut en sortir grandi dans cette affaire, il devrait licencier Aurier (il l’a bien fait pour dhorasso non?). Aurier est encore jeune et a une carrière devant lui, mais pas au PSG à mon avis.

        1. Aucun pb avec ton désaccord de fond, mais venir me dire que l’affaire est inadmissible et donc que l’article sert à rien, t’admettras que c’est assez vide. Si je pensais qu’on pouvait pas voir plus loin que « c’est inadmissible », tu te doutes bien que j’aurais pas écris l’article 😉

          Ensuite pour te répondre sur le fond (sur lequel t’as parfaitement le droit de me reprendre). J’ai pas écris l’article pour faire le mec à contre-courant, juste pour dire ce que je pensais des réactions suscitées par l’affaire, que ce soit chez les personnes lambdas ou dans les médias. Quant aux sanctions, je pense pareil que toi. La carrière d’Aurier au PSG semble très compromise et son licenciement/départ forcé ne serait pas le scandale du siècle, je cherche pas à le faire passer pour une victime d’un complot. Juste à éviter de tomber dans la surenchère permanente et la sociologie à deux balles sur « les jeunes footeux ».

  2. Hello,
    Je suis parfaitement d’accord sur le lynchage médiatique subi à Aurier certains en ont fait leur fond de commerce.

    Je pense par contre qu’il était inutile à chaque paragraphe de préciser que tu ne défendait pas l’indéfendable. Ça casse ton argumentaire.

    Argumentaire sur lequel je suis d’accord SI c’était la première erreur de Aurier. OR IL EST RÉCIDIVISTE, la vie accorde rarement de troisième chance…

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