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La Ligue des Champions est un des rares sujets qui met tout le monde d’accord à l’échelle européenne. Elle est belle, attirante. Tout le monde veut la toucher. Seulement elle est inaccessible et réservée à l’élite des clubs du Vieux Continent. Les Marseillais ont eu le privilège un jour de pouvoir la soulever, une nuit de rêve : immortalisée par le slogan « À jamais les premiers ». Dans ce manuel, nous verrons quels éléments permettront aux clubs français (au Paris Saint Germain en l’occurence) de pouvoir l’emporter. Pour que les premiers ne soit pas les derniers.

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Il est facile d’imaginer que les entraîneurs qui gagnent la Ligue des Champions ont une expérience riche en tant que coach. Pourtant, lorsqu’on y regarde de plus près, la constante semble être à l’opposé. En effet, ils soulèveraient leurs premiers trophées après seulement neuf années de pratique, ce qui est même une moyenne grossie par Ferguson et Heynckes qui ont attendu respectivement 25 et 22 ans avant de l’emporter.

Tous ces coachs ont été des joueurs professionnels à l’exception de Mourinho. Si tous n’ont pas eu de carrières exceptionnelles, la moitié d’entre eux ont évolué sous les couleurs du club avec lequel ils ont gagné la Ligue des Champions. Trois d’entre eux, Guardiola, Ancelotti et Rijkaard ont même eu le luxe de remporter l’ancienne Coupe des Clubs Champions. Malgré ces disparités, le désir d’entrainer est bien commun. Ils ont commencé leurs carrières d’entraîneurs tôt. En moyenne, cela s’est fait aux alentours de leurs 36 ans, soit seulement trois ans après la fin de leur vie de footballeur.

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Depuis l’arrêt Bosman, le football espagnol connaît une suprématie quasiment sans faille. Plus de la moitié des titres ont été remporté durant cette période. 8 victoires sur 21 sur cette période ont été hispaniques. Une domination qui s’étend aussi sur le banc. En effet, un coach sur trois qui a remporté la LDC depuis 1995 provient de la péninsule ibérique. En regardant de plus près ce classement, on peut s’apercevoir d’une chose : il y a une corrélation entre la nationalité des clubs vainqueurs et celle des coachs.

Cas à part, le football anglais, encore une fois. Avec quatre clubs vainqueurs et zéro coach de même nationalité, les britanniques font exception (bien que Sir Alex Ferguson puisse être considéré comme étant l’inverse). Ils confirment malgré tout que les grandes nations du foot ont besoin de grand(s) entraîneur(s). Actuellement en pleine mutation, le foot anglais ne compte dans ces rangs aucun coach d’envergure, capable de mener ces clubs jusqu’au toit de l’Europe. Aujourd’hui, il y a zéro britannique à la tête d’un top club de PL ou européen. Soit exactement le même nombre de favoris à la victoire en LDC.

L’entraîneur serait alors le reflet d’un pays en bonne santé footballistique ? Seulement quelle est son importance ? Est-ce lui qui définit un grand club ou une grande nation ou est-ce l’inverse ? La réponse est sûrement située entre les deux propositions, mais les derniers exemples tendent plus vers la première idée. En effet, les coachs s’exportent de plus en plus. Depuis la victoire mémorable de Benitez avec Liverpool en 2005, 45% des entraîneurs vainqueurs étaient de nationalités différentes par rapport à leurs clubs. Une nette augmentation par rapport à deux périodes : la création de la LDC et l’arrêt Bosman. Ces derniers arrivent donc à mieux s’exporter, s’extirpant de la culture foot de leurs clubs mais aussi en profitant de l’uniformisation des équipes européennes. Pourtant ce n’est pas une solution miracle pour qu’un club gagne la LDC. Entre instabilité et licenciement, les coachs ne constituent pas des solutions à long terme. D’autant plus que le Barça, très certainement la meilleure équipe depuis 2009, prouve le contraire. Grace à des entraîneurs « maison », comprenant l’institution, les blaugranas ont réussi a remporter trois Coupes aux grandes oreilles. Finalement l’essentiel n’est pas d’être dans la tendance, mais dans la bonne direction…

Les doubles (ou plus) vainqueurs

Depuis 1995, il y a eu treize coachs vainqueurs de la Ligue des Champions. Sur les treize, sept l’ont gagné deux fois ou plus. S’il y a eu une légère progression par rapport à l’historique complet de la compétition (1,51 depuis 1956 vs 1,61 depuis 1993), c’est bien au niveau des profils que les choses évoluent. Sur les 11 premiers doubles vainqueurs, un seul l’a été dans deux clubs différents (Ernst Happel avec le Feyenoord en 1970 et Hambourg en 1983). Tous les autres l’ont emporté dans les mêmes équipes, avec qui plus est des intervalles courts : 80% l’ont gagné deux fois de suite. Depuis le changement de format et l’avènement de l’arrêt Bosman, cette prouesse qui semblait si banale n’a plus jamais été répétée. Aujourd’hui, un coach met en moyenne deux fois plus de temps pour remporter sa deuxième couronne par rapport au passé (trois ans sur la période avant le changement de format contre six ans actuellement). Il faut cependant noter que ceux qui effectuent cet exploit dans le même club mettent nettement moins de temps (4,25 vs 8 années).

A l’inverse, ce qui semblait être un exploit autrefois, est devenu banal aujourd’hui : Un top entraîneur est capable de gagner la Ligue des Champions dans plusieurs clubs. Durant 39 années de compétions, seul Happel a réussi cette prouesse. Depuis 1995, ils sont 4 : Hitzfeld, Heynckes, Ancelotti et Mourinho. Comment expliquer cela ? L’arrêt Bosman a changé le visage du football européen. Fini le quota de joueurs nés dans l’Union Européenne. Les clubs peuvent donc recruter plus facilement des joueurs étrangers, étendant donc les possibilités de répondre aux besoins de talents. Et si le profil d’un joueur répond aux attentes, pourquoi pas celui d’un coach ? De plus, le travail pour ces derniers est plus facile : d’une certaine manière, le chamboulement créé par cet arrêt a uniformisé les effectifs, réduisant l’impact des « institutions » que sont les clubs sur les équipes.

Une autre raison plus simple : les coachs vainqueurs de LDC entraînent les tops clubs, et il n’est plus rare de les voir dans plusieurs clubs européens au cours de leurs carrières. Ainsi Ancelotti, après avoir entraîné le Real, Chelsea et le Milan, sera le prochain technicien du Bayern ; Mourinho qui a été entraîneur du Real, Chelsea et de l’Inter, pourrait se retrouver à la tête de Manchester United prochainement.. (voir tableaux)

Et la France dans tout ça ?

Les piètres résultats des clubs gaulois sur la scène européenne ne sont pas anodins. Avec zéro entraîneur vainqueur sur toute l’histoire de la Ligue des Champions, les français font figure de très mauvais élèves. Pour y remédier, doit-on se concentrer sur la formation des entraîneurs ? Un travail profond doit sûrement être fait dans les instances du football français, pour mettre fin à la morosité des profils (trop) similaires de nos entraîneurs. De plus, pour permettre de changer les mentalités, la Ligue 1 doit faire appel à des entraineurs de classe mondiale. Récemment, deux ont posé leurs fesses sur les bancs de l’hexagone : Ancelotti et Bielsa, avec un accueil plus que mitigé de la part de l’opinion publique. Sommes-nous vraiment prêts à changer ?

Pourtant, aujourd’hui, trois entraîneurs français joueront les huitièmes de finale de la LDC : Wenger, Blanc et Zidane. Les deux derniers semblent avoir plus de chances de gagner la Ligue Des Champions. Évoluant dans des clubs outsiders, voire favoris, ils correspondent plus ou moins au profil établi ci-dessus. Principalement le madrilène, dont le parcours peut rappeler celui de Guardiola ou Luis Enrique. Sa première saison à la tête du Real sera fondamentale. Zizou nous a déjà sauvé en 2006, le fera-t-il en 2016 ? L’avènement du football français passera notamment par ses entraîneurs. In Yazid we trust.