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George Best. Tous les amateurs de foot connaissent ce joueur, connaissent la personne. Il est pourtant rarement cité parmi les joueurs les plus géniaux de l’histoire, éclipsé par les Maradona, Pelé, Ghezzal, Cruyff ou Zidane. Et pour cause, ses frasques, déclarations et problèmes d’alcool, qui ont causé sa mort en 2005, ont quelque peu éclipsé qui il était sur le terrain. Il est vrai que la folie autour du personnage en dehors des terrains est peu commune pour l’époque et ses multiples punchlines ne font, pour ma part, qu’ajouter du charme à la légende. Mais oublier le joueur magnifique qu’il a été serait nier l’héritage footballistique qu’il a laissé. L’ADN des dribbleurs fantastiques, à la conduite de balle précise et chaloupée, tout en étant constamment décisif. Un héritage qui est indirectement présent aujourd’hui chez le petit gaucher dominant de notre football mondial… Nabil Fek… Lionel Messi.

C’est ainsi que par l’intermédiaire du génialissime Pierre Prugneau, j’ai pu recevoir un exemplaire de la biographie de Georgie Best, surnommé « Immortel ». Très précise sur la vie du garçon jusqu’à ses derniers jours, détaillant parfaitement le génie sur le terrain et le personnage complexe en dehors, cet ouvrage m’a inspiré une petite liste de dix éléments clés qui pourraient vous pousser à vous le procurer. Ces éléments sont très Ultimo Diezista pour certains, pour d’autres ils n’appartiennent qu’à George Best et sa grandeur.

  • La boisson. Comme Ultimo Diez, George Best a très vite et de manière insouciante « bu » la concurrence. Malheureusement comme tout le monde le sait, et comme très bien expliqué dans le livre, sa consommation ne s’arrêta pas qu’aux pauvres défenseurs adverses et aux terrains…
  • L’entourage du footballeur. Best a construit sa carrière grâce à son talent mais pas que, il a eu le soutien de sa famille naturelle très proche de lui, mais également de sa famille d’adoption à Manchester, ce qui a été une cause de sa réussite. Nul doute que dans notre équipe, cette réussite aurait été la même pour un Titi s’il ne s’était pas fait les croisés.
  • Timide paradoxal. Le récit des débuts de George Best est surprenant, un garçon timide, introverti qui n’aime pas trop sortir et très peu sûr de lui. Constamment angoissé, il était persuadé qu’il allait être prié de quitter Manchester United la semaine suivante. Pourtant, sur le terrain, le garçon se transforme et sa confiance balle au pied lui fait reproduire des actions et gestes incroyables.
  • Un virtuose au pay de Stoke City. Dans une Angleterre déjà très rustre au niveau du foot et composée de joueurs très costauds, George Best a montré la voie à ce qu’on peut voir aujourd’hui avec Messi par exemple. Il était un garçon très maigre et peu impressionnant physiquement, ce qui fait que d’autres clubs ne l’ont pas repéré. Ayant dû composer avec les tentatives d’attentats toute sa carrière, il était beaucoup trop rapide pour être attrapé…
  • Notre imaginaire parle, youtube nous confirme. Parce que ce livre nous fait voyager et imaginer les gestes et actions des matchs lors de cette époque. Je vous défie de ne pas faire comme moi, et chercher sur youtube des résumés du Real – Manchester United 1968 par exemple, en demi finale de ligue des champions.
  • A la recherche de ses conquêtes. De la même manière que pour ses actions et les vidéos de ses exploits. Votre curiosité va vous pousser à chercher sur google image les photos des conquêtes de George Best. De Jackie Glass à Eva Haraldsted, on remarque que George Best est très porté sur les blondes, une faute de goût certes mais qui sommes nous pour juger ?
  • Premier joueur égérie. Le football d’aujourd’hui contient des footballeurs omniprésents dans les publicités, dans les médias, étant des icônes en dehors du terrain. Ce livre nous apprend que le précurseur de cela a été George Best. A l’époque, un footballeur allait jouer un match comme à l’usine puis revenait à l’anonymat aussitôt le match terminé. George Best a chamboulé tout cela. Beau, incroyablement doué, naturellement charismatique, Best a crée une déferlante. Surnommé le « cinquiéme Beatles », il a lancé le modèle économique du footballeur ultra médiatisé ayant des contrats publicitaires un peu partout et dont chaque relation était relatée par la presse people.
  • Le succès, le début de la fin. Décidemment différent des autres, le drame de Best ne peut commencer que dans un moment enivrant. Suite à sa victoire en Coupe d’Europe des clubs champions en finale en 1968, Best va vivre une descente aux enfers à partir de là. Les sorties de Best n’étaient pas excessives en terme de consommation d’alcool, mais le contrecoup de cette unique victoire en Ligue des champions va provoquer un vide en lui.
  • Son histoire d’amour avec United. Pour tous les fans de Manchester United, ce livre va expliquer la relation d’amour compliquée entre un de ses joueurs les plus légendaires et son club. George Best aimait Manchester United et a refusé les plus grands clubs européens (Real Madrid, Juventus…). Mais la collaboration entre un United déclinant et un George Best en perdition, dont l’extrême ambition nécessitait une vie dédiée quasi exclusivement au football, est devenue de plus en plus difficile. George Best a dû se résoudre à quitter United en 1974, mais comme un symbole, n’a fait ensuite que vagabonder de club en club sans avoir de succès. United était son seul grand amour et il ne pouvait s’épanouir que là-bas. Comme il le disait si bien : « Je ne voulais plus jouer pour United, mais je ne pouvais pas jouer pour une autre équipe. »
  • L’arrogance assumée. En 1976, George Best n’est plus le joueur brillant qu’il était après son départ de Manchester United. Mais son égo de grand joueur prend le dessus avant un match international face aux Pays-Bas. Lorsqu’on lui demande si Cruyff est un grand joueur, la réponse ne fait pas de doute, il l’est. Mais quand on lui demande s’il est meilleur que lui, George Best rigole et annonce ce qu’il va se passer : « Je vais mettre un petit pont à Cruyff sur mon premier ballon. » La suite se passe de commentaire, Best reçoit le ballon en début de match, va dans le sens inverse du but adverse, élimine 2,3 joueurs et se retrouve face à Cruyff, à qui il passe un petit pont. Incroyable.

Le récit de la vie complète de George Best méritait bien une biographie. D’une part car il a été une légende du football d’un temps éloigné pour nous, et qu’il faut donc bien ce livre pour resituer ses exploits. Mais également pour le personnage et son activité extra sportive très médiatisée, pionnier dans le monde du foot. Un joueur et un homme qui aura marqué sa génération, comme le prouve cette rencontre que j’ai pu faire au hasard lors d’un voyage au sein du réseau national Français de train à grande vitesse. Un homme, plutôt âgé, me voit lire l’ouvrage en question et m’interpelle. C’est un anglais venant de Preston et on a pu discuter quelque temps. Outre ses péripéties avec sa petite amie française il m’a raconté avoir vu jouer George Best en vrai. Et ses expressions ne font aucun doute sur l’impression qu’il lui a fait, un peu comme si nous devions décrire Messi à nos enfants dans 15 ans. Si ce livre nous permet donc de comprendre le phénomène de société que George Best représentait, il permet surtout d’entretenir la légende de ce joueur.

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« George Best : Immortel » par Duncan Hamilton est disponible en français sous les éditions HugoSport, traduit de l’anglais par Pierre Prugneau et Hugo Hélin, membres de l’excellent LibéroLyon qu’on remercie.