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L’arrivée de Mesut Özil au Arsenal Football Club lors de l’été 2013 a en quelque sorte été le point de départ de la renaissance du club londonien. En effet, depuis que le meneur de jeu allemand est à la baguette du côté de l’Emirates, les Gunners ont renoué avec les fameuses Silverware, remportant la FA Cup deux années consécutives. À titre personnel, ces deux saisons n’ont pourtant pas été les plus brillantes du numéro 8 de la Nationalmannschaft. Son impact sur l’équipe était loin de ce qu’il avait pu montrer par le passé et le virtuose semblait avoir perdu sa magie (Mesut Ozil ou le virtuose perdu). Un été plus tard, Mesut semble renaître de ses cendres et régale de nouveau les amateurs du ballon rond.

Nous jouons la 93ème minute du choc de Premier League entre Arsenal et le leader surprise du championnat : Leicester City. Le score est de un partout et les canonniers poussent pour arracher une victoire qui leur permettrait de revenir à deux points de la tête. Le rugueux défenseur des foxes, Marcin Wasilewski, entré en jeu suite à l’expulsion de Danny Simpson (54ème), commet alors une faute on ne peut plus grossière à l’entrée de la surface de réparation. Mesut Özil se saisit du ballon et délivre un centre magistral sur la tête de Danny Welbeck qui donne les trois points à son équipe pour son retour à la compétition. Il s’agit de la 17ème passe décisive de la saison pour le meneur d’Arsenal, aisément le meilleur total en Europe.

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Quelques jours plus tôt, son coéquipier Tomas Rosicky disait de lui et d’Alexis Sanchez qu’ils étaient des « game changers », des joueurs qui « ont la force pour gagner des matchs » et dont les bonnes performances sont vitales « pour les chances de l’équipe de remporter des titres ». Il ne croyait pas si bien dire. En effet, cette action décisive à un moment potentiellement crucial dans la course au titre illustre parfaitement l’importance d’Özil au sein de l’effectif de Wenger cette saison. Si les fans d’Arsenal peuvent rêver d’un premier titre en Premier League depuis plus d’une décennie c’est en grande partie grâce à la magie du frêle trequartista de Gelsenkirchen.

Lui-même ne cache d’ailleurs guère ses ambitions, affirmant sans complexe son désir de gagner le championnat. Il va même plus loin que ça puisque le trophée de Premier League n’est pas le seul qu’il aimerait remporter : « On veut gagner le titre. Et pas seulement la Premier League. On est encore en lice en FA Cup et en Ligue des champions. Contre Barcelone ce sera difficile, mais au football tout est possible. » En effet, la double confrontation face au grandissime favori de la compétition s’annonce compliquée Arsenal. Et si les hommes de Wenger espèrent réaliser l’exploit, il faudra probablement compter sur le génie de leur meneur de jeu.

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Le talent de Mesut Özil est indéniable et n’a jamais été remis en cause, quelque soit les difficultés qu’il pouvait éprouver lors de certaines phases de sa carrière. Son coéquipier Rosicky n’est d’ailleurs pas le seul à l’adouber puisque pour le grand Andrea Pirlo, Özil est tout bonnement « le joueur le plus créatif d’Europe actuellement ». Ce qui impressionne le plus le champion du monde italien est sa capacité à lire le jeu et à créer des situations dangereuses pour ses coéquipiers. Il déclare ainsi : « Il crée une quantité incroyable d’occasions pour les attaquants devant lui », et : « Il a une vision du jeu comme personne d’autre en Europe. »

Les statistiques confirment d’ailleurs les impressions de l’ancien numéro 21 de la Juventus. Car Özil est non seulement le joueur avec le plus de passes décisives à son actif en Europe (17), mais également celui qui a créé le plus d’occasions en Premier League : 105. Ce total est loin devant celui de son plus sérieux poursuivant (Christian Eriksen avec 77 occasions crées), et dépasse aussi le meilleur total de la saison précédente, et ce alors qu’il reste encore 12 rencontres à disputer. Une autre statistique destinée à évaluer la créativité d’un joueur est celle des « passes clés », ou key passes dans la langue de Shakespeare. Le leader européen incontesté de cette catégorie est une fois encore Mesut Özil, qui distribue en moyenne 4,4 passes clés par match, devançant assez nettement ses premiers poursuivants Dimitri Payet et Kevin de Bruyne (3,6 et 3,5 par match respectivement).

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Cela-dit, réduire les performances d’Özil à une banale étude statistique ferait non seulement injure à un footballeur aussi brillant, mais serait également incroyablement ennuyeux. En effet, ce ne sont pas les chiffres (aussi impressionnants soient-ils) qui font du numéro 11 des Gunners le chouchou incontesté du côté de l’Emirates. Si les supporters viennent au stade et se lèvent de leur siège c’est surtout pour la qualité du football qui leur est proposé. Et la manière dont Özil pose son empreinte sur le jeu d’Arsenal n’est pas sans rappeler certaines anciennes gloires du club, Dennis Bergkamp avant tout.

Le hollandais volant et le maestro allemand ont certes des styles de jeu et des rôles très différents mais tous deux se distinguent par leur grande classe ballon au pied, leur incroyable maîtrise technique, leur créativité et leur imprévisibilité. Si Bergkamp était plus buteur alors que Özil est plus passeur, ils ont comme point commun de régaler le public grâce à la finesse de leur toucher et leur influence sur le jeu de leur équipe. Mais avant qu’une comparaison avec l’ancienne gloire de Highbury devienne réellement pertinente, Mesut Özil devra s’inscrire dans la durée et marquer une époque à Arsenal comme Bergkamp l’avait fait. Le meilleur moyen d’y arriver serait de commencer par remporter ce titre en Premier League tant attendu par les supporters, et pourquoi pas réaliser un exploit en Ligue des champions contre le FC Barcelone, mené par le formidable et terrifiant trident offensif : Messi, Suarez, Neymar.