0

« Vous venez pour le match ? Vous n’êtes pas pour la Real au moins ? Sinon vous dormez dans la rue ». La señorita de l’auberge de jeunesse a beau le dire avec le sourire, notre premier contact avec le peuple de Bilbao en cette veille de derby basque, Euskalderbi, est on ne peut plus clair. Et le reste de la ville viendra confirmer cette impression. Comme partout en Espagne, le football est omniprésent sur les bords de la Nervión. Mais là… Un derby contre la Real Sociedad, et c’est tout le Pays Basque qui a les yeux tournés vers San Mamés.

Le jour du match, impossible de faire plus de dix mètres sous le soleil d’or et de platine (c’est comme un soleil de plomb mais en moins lourd) sans apercevoir un maillot Rouge et Blanc. En famille, entre potes, en couple, le même sujet de conversation revient inlassablement. Tapas, cañas, y fútbol. Voilà comment on pourrait résumer ce dimanche à Bilbao.

À tous les âges, de toutes les classes sociales, les Bilbaínos se rassemblent en terrasse pour préparer, à leur façon, la rencontre qui débutera à 18h15. La victoire à Marseille trois jours plutôt sur un missile d’Aduriz a donné de l’espoir à toute la ville, qui n’a pas connu la moindre victoire dans un Euskalderbi depuis 2012. Pas de haine cependant, ni d’hostilité dans les rues. Il n’est pas rare de croiser un jeune couple d’amoureux, lui avec la tunique d’Iturraspe, elle avec l’écharpe des Txuri-Urdin de Saint-Sébastien. Les aficionados des deux clubs se côtoient, trinquent ensemble et se rendent au même endroit en fin d’après-midi : la Cathédrale de San Mamés.

Mais le match peut attendre : pas pressés, les Basques traînent autour du stade, laissent leurs gamins courir après un ballon et vident une dernière sangria. Preuve en est, une demi-heure avant le début de la partie, ils sont très peu à avoir pris place en tribune. Le stade, inauguré en 2013, a des allures de chef d’œuvre, même vide. Du haut de la tribune de presse, on aperçoit les montagnes entourant la ville des Leones. On surplombe également 53 000 sièges, tous rouges.

DSCN0021.JPG
Le stade, 45 minutes avant le coup d’envoi

Quinze minutes avant le coup d’envoi, le public finit par arriver, remplissant les gradins. Là encore, même si un parcage est réservé aux supporters de la Real, ils sont nombreux à arborer du bleu et blanc dans le reste du stade. L’ambiance monte d’un cran au moment de la présentation des équipes, puis lorsque l’hymne de l’Athletic est entonné, écharpes tendues et voix éraillées.

Le match démarre sur les chapeaux de roues. Aduriz, superbement lancé dans la profondeur, ouvre le score après deux minutes de jeu, pour son 27ème but de la saison. Le public exulte et savoure l’ouverture du score précoce. C’est du moins ce qu’il croit, l’arbitre assistant ayant levé son drapeau pour signaler un hors-jeu. En face, Jonathas ne se fait pas prier. Carlos Vela lui offre un caviar, il se retourne et envoie une mine sous la barre. 1-0, après moins de 20minutes. Alors Bilbao pousse, mais Bilbao se trompe souvent. Trop d’imprécisions, de « précipitation » comme le soulignera l’entraîneur Ernesto Valverde à l’issue de la rencontre.

La blessure d’Iñaki Williams après 35 minutes n’arrange en rien les affaires des Rouge et Blanc. Et même si c’est Raúl Garcia qui le remplace, les Leones paraissent bien inoffensifs. Avec treize cartons jaunes, le match est plus que haché, malgré un engagement plutôt raisonnable. Cela reste un derby, et on est plus dans la palabre et le chambrage que dans le festival technique. D’autant plus que les joueurs de l’Athletic entament les 45 dernières minutes comme s’il s’agissait du temps additionnel. Longs ballons, construction du jeu bâclée, coups de pieds arrêtés mal joués, Bilbao n’y est pas. Et voit logiquement le derby lui échapper une nouvelle fois, sans avoir pu réellement inquiéter Rulli, le gardien de la Sociedad. Ils sont alors nombreux à laisser exploser leur joie, aux quatre coins de San Mamés, pour célébrer la victoire des Txuri-Urdin. Tandis que Muniain et ses potes font comprendre à l’arbitre que son attitude a été plutôt déplaisante tout au long de la soirée, les joueurs de Saint-Sébastien communient avec leurs fans, qui resteront pendant de longues minutes après le coup de sifflet final. Normal, quand on gagne chez le voisin. Surtout quand il est propriétaire de son stade.

Le lendemain, au moment de quitter la ville, la Señorita est moins souriante. « Alors, ce match ? Bon, au moins vous avez pu profiter de l’ambiance… ». Pas dur, en même temps. Ça sent les tapas, les cañas et le fútbol.