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Il s’appelle Qian Xin Yan, son projet se nomme UNIREN. Il fait partie de ces quelques français partis à l’étranger pour partager un savoir-faire, celui du football à la française. Il nous parle aujourd’hui plus en détails de son projet ainsi que de ses ambitions.   

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Le ballon d’or de demain est peut-être ici.

Bonjour, peux-tu te présenter à nos lecteurs? 

Je m’appelle Qian Xin YAN. Je suis un français d’origine chinoise. Et avec mes associés Soufiane KHELLAF et Haochen ZHAO nous avons, en 2015, décidé de prendre pleinement part au développement du football chinois en mettant en place une structure autour du football à la Française. Nos parcours sportifs ainsi que nos formations et nos rencontres nous ont conduits de manière évidente à nous plonger dans ce projet fou mais passionnant.

Peux-tu nous parler d’Uniren, ton école de football en Chine ?

Tout a débuté avec notre rencontre en école de commerce, à Kedge Business School, d’où nous sommes tous les trois diplômés. Épris de foot, nous nous sommes rapprochés. Et, de fil en aiguille nous avons décidé de nous associer. En octobre 2015, nous avons lancé notre première académie de football pour enfants à Suzhou, une ville d’une dizaine de millions d’habitants. 5 mois plus tard, nous comptons sur notre premier terrain déjà 75 apprentis, dont une fille – chose dont nous sommes fiers et que nous allons davantage développer cette année – compris entre 5 et 12 ans et de tous les niveaux. Dès mars, nous ouvrirons de nouvelles classes sur un deuxième terrain.

Pourquoi êtes-vous si fiers au sujet de la jeune fille ?

Même si le football féminin chinois semble meilleur que le masculin au vu des belles performances passées de l’équipe nationale féminine, le foot reste une discipline suivie et pratiquée en grande majorité par des garçons. Si vous allez autour d’un terrain, ou alors dans un pub de foot vous ne verrez que des hommes. C’est pourquoi un de nos adages est « le football pour tous ». Nous souhaitons vraiment ouvrir ce sport à tous, en proposant aux chinois un football qu’ils ne connaissent peu ou pas (encore). D’ailleurs pour précision, jusqu’à aujourd’hui encore, le football est considéré comme un sport qui est destiné aux personnes qui n’ont pas forcement été très bons à l’école. Heureusement, cette opinion disparaît peu à peu avec le temps, et en réalité concerne quasi-exclusivement la génération précédente à celle de nos parents (+60 ans) et notamment de milieu intellectuel ou csp+ (catégories socio-professionnelles favorisées ndlr). Car en effet, n’oublions pas de préciser que la réussite scolaire des enfants est une priorité ultime pour les parents chinois; d’où la préférence de faire pratiquer davantage d’activités dites « culturelles » par exemple le piano, le violon, etc. Donc pour revenir à la petite fille dont nous sommes tellement fiers, sa mère nous a explicitement dit que c’était un moyen pour sa fille de découvrir davantage de choses car elle pratique déjà de la danse et maîtrise plusieurs instruments. Donc malheureusement, pas d’objectif coupe du monde 2026 ou 2030 pour elle (rires).

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Les jeunes footballeurs sont très à l’écoute

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Quels sont vos projets et objectifs concernant Uniren pour les prochaines années ? 

Jusqu’à maintenant, nous sommes uniquement à la première étape de notre développement en Chine. Par la suite, il est prévu que nous complétions nos activités comme par exemple en proposant du football à cinq, à sept, destiné aux particuliers – toujours dans un souci de favoriser la démocratisation du football. A dire vrai, il y a encore beaucoup d’idées qui se baladent dans nos têtes. Mais on se dit souvent que nous sommes ici pour courir un marathon et non un 100 mètres (surtout en Chine, il faut s’accrocher et être patient ainsi qu’endurant), alors laissons du temps au temps !

Qu’entendez-vous par football à la française ?

Un football plus centré sur l’enfant, où il y a une culture de club. L’apprenti doit s’amuser, s’épanouir. L’éducateur puis plus tard l’entraîneur doit savoir adapter son contenu à l’âge, mais également avoir un rôle modèle. Nous estimons que le modèle pédagogique chinois est très rigide voire autoritaire et que la présence de l’individualisme dans la pratique sportive est très forte. Pendant plusieurs décennies, vous le savez, la Chine a été une usine à champion dans des disciplines individuelles comme le ping-pong, la gymnastique, le badminton. Par conséquent cela a laissé des traces dans l’enseignement du sport autant à l’école que dans les clubs sportifs. Je ne vous apprends rien quand je vous dis qu’on n’apprend pas à jouer au football comme on apprend à jouer au ping pong.

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L’élève dépassera le maître

Vous comptez donc développer un football moins « militaire » tout en leur apprenant la notion d’esprit d’équipe ?

Je ne pense pas qu’on puisse parler de football militaire au sujet des méthodes chinoises. Je pense qu’avec UNIREN nous voulons surtout proposer une approche qui nous ressemble, que l’on estime bonne, non seulement pour enseigner le football à des enfants chinois (souvent vu comme des enfants roi) mais également leur permettre d’apprendre d’autres notions liées au football, à la vie de groupe. En effet, parmi ces choses on pense à l’esprit d’équipe, au fair-play, au respect des autres, à la politesse, etc.

De quel oeil voyez-vous l’arrivée de grandes stars dans le championnat chinois ? Quelles conséquences ?  

Cela ne peut qu’avoir un impact positif. Autant pour le foot local, les chinois sont par conséquent de plus en plus nombreux à suivre leur propre championnat. Mais c’est également un moyen d’attirer les regards du monde. On l’a vu depuis ce mercato d’hiver la CSL (Chinese Super League. ndlr.) n’a jamais fait autant parler d’elle. Dans le fond, je pense que c’est une bonne chose. Maintenant, il y a encore un vrai travail de fond, de structuration qui reste à faire, et ce ne sont pas ces transferts qui le feront. Ils y contribuent seulement d’une certaine manière.

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Pourriez-vous nous parler de vos infrastructures ?  

Pour l’instant nous travaillons sur un terrain au centre ville de Suzhou et nous allons en développer un deuxième, quant à lui plus à l’ouest (CF photo). Pour leur exploitation, nous avons du passer un accord avec la ville. Car en effet, obtenir un bout de gazon en Chine n’est pas chose facile puisqu’il y a un réel manque d’espace.

Avez-vous des rapports avec des clubs professionnels pour vos jeunes licenciés ? 

Nous avons des contacts qui vont dans ce sens, et nous avons clairement l’ambition de tisser des liens avec des clubs professionnels étrangers. Seulement pour l’instant il est vraiment trop tôt pour imaginer un quelconque placement de jeunes; le football n’est qu’à son début en Chine. D’ailleurs, c’est pourquoi on a commencé par un football qui privilégie l’amusement, le plaisir plus que la formation de l’élite.

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Droit au but.