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Soucieux de vous offrir un contenu toujours plus exclusif, Ultimo DiezTM essaye ici de vous faire voyager à travers un thème rarement évoqué dans les médias mais dont il y a tant à dire. Bonne lecture.

Récemment, l’affaire Aurier a éclaboussé la scène médiatico-footballistique. Si elle a laissé entrevoir certains maux que l’on connaissait bien comme l’entourage des footballeurs ou encore l’ultra-proximité avec les fans, elle fut aussi l’occasion de révéler un mal profond, qui existe depuis quelques temps mais est quelque peu méconnu de tous : la quête de ce dont la jeunesse demande sans cesse l’attestation officielle (mais se contente bien d’un tamponnage souvent officieux), la bien-dénommée « street-credibilité ».

La street-credibilité, street-cred (ou encore crédibilité de l’avenue pour nos amis québécois) consiste -pour grossir le trait- en l’acceptation d’un tiers -ici un footballeur- par les jeunes des ghettos français (NB: l’auteur de l’article avance sa théorie sociologique personnelle de la question et ne se réclame pas docteur anthropologue). Ce phénomène a pris une véritable ampleur ces derniers temps et pose des interrogations logiques : Pourquoi ? Qu’est-ce qui explique cela ?

Il est bien difficile, dans l’écriture de ce genre de papiers, de ne pas adopter la posture du con qui crache rageusement à qui veut bien l’entendre que c’était mieux avant. La génération actuelle des jeunes footballeurs est à l’image de sa génération tout court : ultra-connectée, en manque de reconnaissance, d’affection et à la recherche de personnalité. Les réseaux sociaux viennent, pour beaucoup, combler ce manque affectif et les likes, retweets jouent le rôle d’antidépresseurs. C’est un « mal » sociétal et les footballeurs n’y échappent pas, logiquement.

La recherche de la street-crédibilité

La recherche de street-credibilité nourrit également la volonté de se sentir mieux accepté. D’ailleurs cette quête n’est pas l’apanage des footballeurs seuls, elle a longtemps été celui des rappeurs, le vécu devenant un véritable droit d’accès au game. Les rapports à la « rue » du rappeur et footeux se ressemblent beaucoup, quand l’un exagère, grossit et parfois invente (défense de regarder du côté de Boulbi) son « historique », l’autre se prend à faire marcher son imaginaire, en effet, difficile de faire croire qu’une adolescence passée en centre de formation rapproche du quartier… Cette volonté de se sentir proche de la rue autour de la vingtaine s’explique sans doute par ce manque subi quelques années auparavant, une adolescence à retardement.

Les jeux d’acteurs de certains rappeurs et footballeurs ont bien des similitudes, rien de plus logique de voir de plus en plus de « couples » en impliquant deux de ces « communautés », même si la plupart du temps ces amitiés sont des relations médiatiques motivés par des intérêts et parfois monnayées.

Comme expliqué plus haut, le plus souvent, les footballeurs ont vagabondé de centre de formation en centre de formation pendant leur adolescence. Là où les jeunes se construisent, façonnent leur rapport à leur environnement, partagent des aventures de rue indélébiles avec ceux qui deviendront les parrains de leurs futurs mômes, les footeux se trouvent eux loin de tout ça, forcés de travailler dur en vue du graal, le statut professionnel, retardant ces envies légitimes d’adolescent à plus tard. Ils grandissent forcément avec ce manque au plus profond de leur intérieur, ce déchirement de se voir si différents de personnes avec qui ils partageaient pourtant bien des choses avant que le football ne devienne si sérieux. Aussi, avec le temps, le quartier veut des « preuves », il veut voir que le footeux n’a pas changé malgré le succès, l’argent, qu’il a gardé ses codes et qu’il n’oublie pas d’où il vient. Mais il est difficile pour certains de s’affirmer de quelque chose dont ils ont été coupés pendant des années, la maladresse est donc malheureusement de rigueur et certains en font trop pour clamer leur amour au bendo.

Explications

Comment expliquer que certains footballeurs soient plus acceptés que d’autres dans leur quartier d’origine ? Il y a plusieurs raisons à cela. Une des principales se trouve dans le comportement, en effet, le quartier aime les gens simples, qui n’ont pas changé et qui reste les pieds sur terre. Ce n’est pas pour rien que Lassana Diarra est souvent cité en exemple, loin de vouloir chercher une pseudo street-credibilité de façade en s’affichant avec certains rappeurs, il se rend souvent à Belleville pour y voir ses anciens amis, pas pour y flamber avec son SUV et « l’instagramer » dans la foulée (ou en faire un reportage canal sur une heure de grande audience). Une question de génération sans doute…

Chaque joueur a son rapport au quartier, certains en jouent, certains le maquillent dans d’astucieuses campagnes de communication bien rodées mais des irréductibles vrais bonhommes restent vrais et ne trichent pas. On conseillera aux jeunes footeux de rester eux-mêmes, simples et de pas donner une importance exagérée aux à côtés et réseaux sociaux. On vous promet, vous verrez, le bonheur se trouve dans le pré.