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Derrière ses airs patauds se cache la meilleure relance d’Italie. Quand l’Europe entière envie la Juventus pour Pogba et Dybala, d’autres comme Pep Guardiola, envient à la Vieille Dame de posséder un joueur de la trempe de Bonucci. Pas le joueur le plus médiatisé en France, et pourtant, s’il y a bien un joueur qui devrait susciter l’intêret cette saison, c’est le numéro 19 de la Juventus.

Le nouvel architecte

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« Bonucci est un de mes joueurs préférés », cette phrase aurait pu paraître lambda si elle venait d’un tifoso juventino mais elle ne vient pas de n’importe qui. Elle vient de Pep Guardiola. Une remarque qui a fait écho de l’autre coté des Alpes et a beaucoup fait réagir. 

De manière positive dans un premier temps, en effet, voir Bonucci recevoir des compliments de la part du meilleur entraineur du monde c’est une chose qui compte. Le Bianconero n’est pas le joueur le plus mis en avant malgré son très bon exercice et ses progrès saison après saison. Mais d’un autre coté, cette déclaration du coach Munichois, quelques jours avant la confrontation aller a été vue comme un appel du pied pour faciliter un transfert de Léo vers Manchester City, le prochain club de Guardiola. Ambiance. 

Mais qui es-tu vraiment Leonardo Bonucci pour que Guardiola t’accorde un tel crédit? Milieu de terrain plus jeune, Bonucci a trouvé refuge en défense. Pas très fan des tacles dans la surface et des 1 vs 1 à gérer, lui a un attrait certain pour la relance et aime se regarder jouer. Celui qui a été formé à l’Inter Milan possède une élégance et assurance peu communes. Loin du traditionnel défenseur Italien excellent dans l’art de défendre, lui n’a rien de cela, il excelle dans la remontée de balle et les passes lasers. Certains parlent de libero-moderne, de nouveau regista voire de Quarterback pour les plus lunaires. 

Mais toutes ces expressions reflètent parfaitement le style de joueur qu’est Bonucci. Celui qui doit beaucoup à Mancini pour l’avoir lancé à l’Inter mais surtout à Giampiero Ventura et Conte d’avoir eu foi en lui. Le natif de Viterbe a pendant de nombreuses années manqué de confiance en soi ce qui a retardé son éclosion. Lorsque Ventura a décidé de l’aligner avec Andrea Ranocchia à Bari, formant une des charnières les plus jeunes de Serie A, il a enfin pris conscience de ses capacités au dessus de la moyenne, réussissant même à accrocher à la surprise générale son billet pour l’Afrique du Sud et un transfert à la Juventus grâce à une saison réussie. Mais son aventure à la Juventus débute mal. Dans le 4-4-2 de Gigi Del Neri, le numéro 19 a du mal à exister, n’arrivant pas à faire la transition entre le petit cocon qu’était Bari et une vieille Dame qui cherche à se refaire une santé en Serie A après une septième place décevante.

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Lorsqu’Antonio Conte reprend en main l’équipe lors de la saison 2011-2012, il veut faire de Bonucci son pilier en défense malgré un léger scepticisme. Au revoir la défense à quatre et bonjour la défense à trois. Leo va sortir sa première grosse saison avec en prime le titre de Serie A et une place à l’Euro avec Cesare Prandelli. 

Pour conclure 2012 de la meilleure des manières, il termine sa saison avec un Euro à un niveau impressionant, montrant aux yeux de l’Europe son talent. S’en suivront trois saisons où il se montrera de plus en plus important. 

Alors que la construction du jeu de la Juventus passait exclusivement par Pirlo, elle commence petit à petit à passer par le defenseur central. Face au déclin et au muselage de plus en plus important sur Pirlo, le barbu longiligne casse les lignes, joue long sur Pogba, Alex Sandro, Cuadrado, Mandzukic ou Dybala avec une précision diabolique. La Juventus devenant naturellement au fil des années  une  équipe de possession, avoir dans ses rangs un joueur avec une telle qualité de relance est une chance et une arme qu’on se doit d’exploiter au maximum. Cette saison, Bonucci a clairement passé un cap. Quand Marchisio est absent, le tatoué s’occupe seul de la relance comme un regista. Dorénavant, lorsque l’on parle des meilleurs défenseurs d’Europe, on cite de manière légitime de Bonucci.

Futur Bianconero ou braquage à l’Anglaise ?

FC Internazionale Milano v Juventus FC - TIM Cup

Lors de la demi-finale retour de Coupe d’Italie face à l’Inter, Bonucci a hérité du brassard, à San Siro, devant son ancien club. Après le match, il a affirmé « avoir joué un des matchs les plus nuls depuis qu’il est au club », des propos forts, dignes d’un capitaine. 

En plus de marquer le coup auprès de ses supporters en inscrivant le cinquième tir au but, Bonucci s’est fendu d’une très belle initiative. En effet, il a rendu hommage à Piermario Morosini qui avait perdu la vie durant un match de Serie B en 2014. Très attaché à la cause des associations caritatives, Leo n’a pas hésité à porter un brassard spécial pour rendre hommage au Livournese décédé il y a deux ans. Si cette action peut paraître simple, elle a marqué les esprits en Italie. Bonucci s’est imposé comme étant quatrième capitaine du club, dans un club avec des joueurs de la trempe de Marchisio, Buffon, Barzagli, Chiellini; dans un effectif des plus compétitifs et ce à 28 ans seulement. On ne parle pas ici d’une équipe qui donne le brassard à un joueur de 22 ans par défaut. Il s’est imposé en tant que leader du vestiaire en plus d’être un leader technique sur le terrain.

Ses buts importants contre la Roma lors du 3-2 et cette saison face à l’Inter l’ont propulsé parmi les joueurs les plus appréciés par les tifosi. Le longiligne maladroit, alternant le chaud et le froid, voire très froid, a disparu. Maintenant nous avons affaire à une référence du poste. 

Mais une question va rapidement se poser vu que Bonucci arrive à un âge où le défenseur peut encore passer un cap important: la Juventus arrivera t-elle à le garder? La question ne se poserait pas si Guardiola était resté au Bayern. Qu’est ce qu’il ferait de Bonucci alors qu’il a déjà Jérôme Boateng qui n’est autre que la version améliorée de Bonucci? Sauf que Pep a promis au Bayern qu’il n’emmènera aucun joueur du club à City. Il ne pourra pas demander à Kompany ou Otamendi de devenir son nouveau Boateng. Il aurait pu consulter le bon vieux Demichelis mais son âge et sa charette ont raison de lui. Quand on connaît l’importance et l’estime démésurées de Boateng dans le système et le jeu de Guardiola au Bayern, on peut penser qu’il voudra un joueur capable de faire au moins la moitié de ce que fait Jerobo au Bayern. Parmi les très grands défenseurs capables de ça, il y a Boateng, Bonucci et les autres.

<> at Juventus Arena on February 28, 2016 in Turin, Italy.

Sauf surprise, le seul qui peut s’en rapprocher joue à la Juventus. On n’est pas au bout de nos surprises avec le technicien Espagnol mais il ne serait pas étonnant que City approche la Juventus en fin de saison. Alors qu’à Turin, la question du cas Pogba allait se poser comme chaque été, voila qu’une nouvelle question va surement faire surface. Et elle est assez inattendue quand on sait que les Juventini les plus sollicités cette saison sont à vocation offensive. 

Si l’option City est envisagée, l’idée de faire venir son ancien protégé à Chelsea risque également d’émerger dans l’esprit d’Antonio Conte. Le probable futur entraineur de Chelsea va se mettre rapidement à la recherche d’un remplaçant à Terry, donc un nouveau leader de défense. Une autre option pour Bonucci. L’été risque donc d’être une période charnière, aussi bien pour la Juventus que pour Leo. A lui de prendre la meilleure décision, même si on rêve secrètement de le voir finir sa carrière en Italie. Au pire, il pourra toujours se consoler en devenantle défenseur le plus cher d’Italie. On parle de sommes aux alentours de 50 millions d’euros.