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Eliminé de la FA Cup après une défaite à domicile contre les frelons de Watford, Arsenal devrait, une nouvelle fois, finir la saison bredouille. Un retour à la « normale » qui freine inexorablement la progression des Gunners depuis 2014. Alors que l’ambition était de nouveau de mise du coté du North East London, le démon des saisons nauséabondes réapparaît. Mais bon sang, pourquoi Arsenal n’y arrive pas ?

Le pragmatisme anglais

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Cosmopolite sur le papier, Arsenal l’est beaucoup de moins vu de près, du moins dans sa gestion. Une gouvernance qui pourrait faire rougir les pires loups de la City. Aujourd’hui, après avoir sacrifié dix années de résultats sportifs sur l’autel de la logique financière,  les Gunners peuvent être fier d’avoir un des clubs les plus rentables au monde. Depuis 2003, les londoniens réalisent chaque année des bénéfices. Une rareté dans un football européen régi par la loi du déficit et du surendettement. D’autant plus qu’Arsenal possède depuis 2006 son propre stade, l’Emirates Stadium. Coûtant près d’un demi-milliard d’euros, le deuxième plus gros stade de Premier League est rapidement devenu une fabuleuse poule aux œufs d’or, rapportant un peu plus de 140 millions d’euros par an au club. Souhaitant rembourser le plus rapidement possible la dette colossale que représente cette acquisition, le board gunner s’est imposé une gestion récéssionnaire. Des « Invincibles », Arsenal est passé aux « Misérables ». Les résultats sont désormais comptables avant d’être sportifs. Les joueurs deviennent alors des valeurs marchandes, où les plus élevées seront vendues au plus offrant. Des décisions et des sacrifices qui ont été pris dans un but commun: mener Arsenal vers les sommets à long terme en rendant le club autonome financièrement.

Les résultats sont probants. Aujourd’hui, les londoniens ont quasi remboursé la totalité du stade, en ayant quasi une décennie d’avance par rapport à l’échéance prévue. De nouveaux contrats juteux ont été signés (avec Puma et Emirates), augmentant de manière considérable les revenus liés au sponsoring, et par extension le budget des Gunners. D’autant plus qu’entre temps, la bulle des droits TV a explosé… Les conséquences sont simples : l’entreprise Arsenal est devenue très lucrative, s’imposant progressivement comme étant le second club le plus riche d’Angleterre, (loin) derrière le mastodonte Manchester United, et ce tout en respectant les règles du fair play financier, là ou City et Chelsea ont eu des problèmes avec. Surtout, ils peuvent actuellement se permettre de garder leurs meilleurs éléments, tout en recrutant des tops players (Özil, Sanchez, Cech). Petit à petit, Arsenal s’aligne sur les standards financiers des grands clubs. Afin de le (re)devenir ?

Seulement, malgré les résultats escomptés, des doutes subsistent. La politique économique, très pragmatique et  réaliste, contraste fortement avec la politique sportive totalement déconnectée de la réalité. De nos jours, avoir du succès se paye, bien souvent cher. Or durant dix années, Arsenal fut à contresens de ce précepte, accumulant sûrement un retard sportif (effectif, résultat)  important par rapport à ses concurrents. D’autant plus que la dimension temporelle chez les Gunners semble tellement différente des autres. Ne souhaitant pas brûler les étapes, les canonniers prennent leurs temps, faisant preuve parfois d’attentisme, notamment lors des mercatos. Enfin, cette politique menée pourrait au final s’avérer contreproductive. D’une part, l’explosion des droits TV permettra aux 20 clubs de Premier League d’avoir un pouvoir financier colossal par rapport aux autres divisions européennes. Le risque pour Arsenal est de se retrouver riche parmi les riches, à un point où les différences entre fortunes élevées serait anodine. D’autre part, la Juventus et le Bayern ont réussi à concilier une économie saine et de bons résultats sportifs, tout ayant chacun un nouveau stade. Si les deux équipes méritent d’être traitées au cas par cas, elles permettent néanmoins de se poser une question : est-ce que tout cela était nécessaire ? L’actionnaire majoritaire, Kroenke, a donné récemment un premier élément de réponse: «je ne suis pas là pour gagner des titres».

Arsène, la bonne mauvaise herbe

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Une prise de position atypique dans le monde du foot, qui permettrait de comprendre un peu plus l’actuelle situation des Gunners. Orchestrée principalement par Wenger, la politique sportive du club est alors mise au second plan. L’alsacien, qui au mieux est victime de cette orientation, au pire complice, est un homme fondamental dans la mise en action des objectifs du board. Avec des moyens  en deçà de ses adversaires, l’ancien entraîneur de Monaco a réussi l’exploit de maintenir Arsenal chaque année en Ligue des Champions. Une régularité spectaculaire, devenue une routine caricaturale, qui touche toutefois à ses limites. S’il semble être l’homme parfait dans un contexte difficile, où il a su toujours tirer le meilleur de son groupe afin de maintenir le club à flot, il l’est moins lorsque le vent est plus favorable. Du moins il ne l’est plus. Les années à batailler pour la quatrième place l’ont sûrement lassé. Conforté par le laxisme de ses dirigeants vis-à-vis de la situation sportive, Wenger s’est enfermé dans une zone de confort, où il peine à sortir. Progressivement, l’ambition et la prise de risque laissent place à l’apathie, à l’instar du dernier mercato estival. Fiasco partiel, grâce à la venue de Petr Cech, la gestion des transferts d’été fut une ode à l’immobilisme. En attendant patiemment des opportunités qui ne se présenteront pas, Wenger a raté une occasion de renforcer considérablement son effectif. Au vue de l’état de la Premier League cette saison, les regrets peuvent être énormes.

Les cimetières, les bistrots et Arsenal sont remplis de gars qui auraient pu

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Les années de mollesse et de lâcheté ont fortement impacté l’effectif d’Arsenal. A défaut de se retrouver avec un onze capable de batailler pour remporter la Premier League, les Gunners se retrouvent aujourd’hui avec un nombre impressionnant de joueurs n’ayant pas confirmé les espoirs placés en eux, ou tout simplement pas au niveau. AOC, Wilshere, Welbeck, Campbell, Mertesacker, Flamini, Arteta, Giroud, Coquelin et maintenant Elneny, pour ne citer qu’eux, sont des exemples notables. Mais celui qui incarne le mieux la morosité sportive d’Arsenal est bien entendu Théodore Walcott. L’anglais est présent a Londres depuis dix ans, a prolongé son contrat de quatre années avec à la clef un des plus gros salaires du club. Pourtant, le joueur est à l’image de son équipe, parfois prometteur, trop souvent décevant. Annoncé (trop) rapidement comme étant LE crack anglais de sa génération, il n’a jamais su répondre à l’attente placée en lui, enchaînant déception sur déception. La difficulté qu’a Arsenal à renouveler son effectif est inquiétante. Wenger s’entête avec des joueurs qui tardent à prouver. Le challenger numéro 1 sur le marché de la Premier League veut prendre son temps pour conquérir des parts de marché à ses concurrents. Seulement..

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Rappel : (ré)écoutez Despo Rutti si ça n’a pas encore été fait. Cover inspiré du mythe de Midas, lui même inspiré de l’actuelle politique d’Arsenal.

Les supporters commencent à se lasser et à s’impatienter. Le changement de dimension de l’équipe tarde à venir. Des voix s’élèvent contre la gestion pécuniaire et Arsène Wenger. Pourtant, les conséquences de son départ pourraient s’avérer dévastatrices, à l’instar de celui de Ferguson à Manchester United. Rester dans le même club durant une quinzaine d’années est honorable, mais induit un effet pervers : l’entraîneur en question prend alors une importance capitale. L’équipe actuelle d’Arsenal est celle de Wenger. Clef de voûte du projet il était, et il sera. Il est le seul capable d’inverser la tendance et d’anticiper au mieux son départ. Mais pour cela, les dirigeants devront assouvir leurs politiques financières, afin de redynamiser les ambitions sportives londoniennes. Les arrivées d’Özil, Sanchez et Cech vont dans ce sens. Histoire de redonner de la joie aux supporters, qui vibrent d’exploits héroiques, non pas de comptes d’exploitation positifs. L’argent ne fait pas le bonheur, les supporters d’Arsenal l’ont bien compris.

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  1. Enfin une réponse à mes questions merci parce-que les journalistes et les consultantes tous des vendus. Soit ils ne savent rien soit ils sont crretins dans tous les cas c’est des vendus

  2. Sans aller jusqu’à défendre Stan Kroenke (l’explosion du prix des places à l’Emirates est un des points noirs de la gestion du club, guidée par le souci de rentabilité du Board), il faut remettre sa déclaration dans son contexte : il ne dit pas qu’il n’a pas acheté Arsenal pour gagner des titres, mais il dit tout simplement que son domaine, c’est la finance et pas le sportif. Son rôle était de permettre au club de se construire une base financière solide et de passer le cap de l’investissement lourd du stade, et en cela, il a parfaitement réussi. Simplement, le sportif n’est pas son domaine et il ne s’en mêle pas. Il laisse ça aux personnes qui maîtrisent ce domaine (Wenger, donc). On peut voir ça comme un défaut ou pas, mais c’était la réalité de sa déclaration.
    Sinon, merci pour ce bon article sans complaisance certes, mais en même temps sans les habituels lieux communs sur Arsenal. Juste, je trouve un peu injuste de considérer que Campbell et Elnenny sont des échecs ou pas au niveau. Le premier a prouvé à Arsenal et en sélection toute sa (grande) valeur. Et le second vient tout juste d’être recruter, et offre pour l’instant des performances très prometteuses

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