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Si on a assisté hier soir à l’une des plus belles partitions de football de la saison, Max Allegri en est certainement le principal artisan. Arrivé à Munich à la tête d’une équipe décimée par les blessures, les chances de la Vieille Dame paraissaient inexistantes à quelques heures du coup d’envoi. Seuls quelques vaillants et irréductibles bianconeri pouvaient encore croire aux chances d’une équipe dépossédée de son maître à jouer Marchisio, de son diamant brut Dybala et de son tueur à gage Chiellini.

Pourtant, pendant 72 minutes, cette Juventus n’a fait qu’une bouchée d’un Bayern sans créativité, sans imagination, sans ressort. Allegri a une nouvelle fois confirmé ses qualités de tacticien hors-normes. Car si Max Allegri n’est pas exempt de tout reproche sur les blessures à répétition de l’effectif bianconero, il est impossible de remettre en question son approche des grands matchs. Il a une nouvelle fois pris la mesure du tacticien adverse et brillé sur tableau noir – comme à l’époque des confrontations Milan-Barcelone – afin de concocter un schéma taillé sur mesure à l’opposition du soir. Une ligne défensive de cinq composée de Lichtsteiner, Barzagli, Bonucci, Evra et Sandro, devant eux Cuadrado, Khedira, Hernanes et Pogba, et seul en pointe Alvaro Morata.

Plus que quelques noms sur un bout de papier, c’est l’organisation tactique qui est à souligner. Des prises à deux voire trois constantes sur Ribéry et Doudou Costa afin de les obliger à d’inexorables repiquages plein axe, les condamnant ainsi à voir l’étau bianconero se refermer sur eux. Sandro en individuel sur Costa, Lichtsteiner sur Ribéry, Barzagli et Evra pour fermer l’axe et Cuadrado / Pogba en premier rideau pour bloquer la montée des latéraux. Et pour sublimer le tout, un Bonucci en clé de voûte du système, prêt à anticiper toute ouverture vers Lewandowski. Au milieu de terrain, Hernanes, Khedira et Pogba se chargent de neutraliser une ligne Alonso – Vidal en panne sévère de créativité et Morata en première lame charbonne la première relance munichoise.

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Car remettons les choses dans leur contexte, la composition de la Juve ne relève en rien du génie. Allegri n’avait quasiment aucune autre solution. Par contre, l’organisation dans laquelle a évolué la Juve, sa rigueur tactique, sont à mettre directement à l’actif du coach italien. Ce que l’histoire ne nous dit pas, c’est comment Allegri aurait abordé ce match avec une équipe au complet ? Mon for intérieur ne peut s’empécher de penser que sur un plan purement tactique, ces absences ont rendu « service » à Allegri et l’ont conduit à mettre en place ce système et cette organisation qui a largement dominé le Bayern. Bien plus qu’à l’aller où dans un schéma « classique » la Juve s’était fait dépasser dans tous les domaines par les allemands.

La configuration redoutée par les premiers détracteurs du technicien catalan se met en place. Impossible de créer le moindre décalage, apport inexistant du milieu de terrain dans les offensives bavaroises, et des offensifs condamnés à l’exploit individuel en 1 vs 1 pour apporter le danger sur les cages turinoises. Et à cette stérilité offensive, rajoutez une véritable panique défensive sur la moindre sortie de balle turinoise. Les projections vers l’avant de Cuadrado, Sandro et Pogba vers l’avant désarticulent une défense bavaroise qui n’a jamais réussi à cadrer la fougue transalpine. Morata fait vivre l’enfer à Alaba et Kimmich ; Benatia est aux abonnés absents, et c’est donc fort logiquement que la Juve ouvre le score puis double la mise. La Juve s’offre même de nombreuses occasions de tripler la mise, sans réussite. Neuer par trois fois repousse les assauts de Cuadrado et Morata. Le Bayern lui, n’y arrive toujours pas. Seule une occasion en première mi-temps de Thomas Müller oblige Buffon à s’employer.

Les minutes s’égrainent et petit à petit la physionomie du match s’inverse. Progressivement. Les bianconeri ont de moins en moins de jus, les projections vers l’avant de Sandro et Cuadrado se font moins incisives, le premier pressing de Morata moins efficace. Khedira et Pogba moins frais, et Lichtsteiner voit de plus en plus flou face à Ribery. Le Bayern s’installe dans le camp turinois, et les possibilités de contre-attaque se font de plus en plus rares. Toutefois, le Bayern ne trouve pas la clé.

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Et là, c’est le drame

Malheureusement cette clé, c’est Allegri qui va leur donner en mains propres. Après 72 minutes gérées d’une main de maître par le coach de la Juve, il saborde tout le travail d’une soirée, le combat héroïque de ses hommes touche à sa fin quand il décide de faire sortir Alvaro Morata au profit de Mario Mandzukic. Car si, sur le papier, le changement pouvait s’envisager, la réalité du terrain a totalement déjugé le choix d’Allegri. A partir de l’entrée de Mandzukic, le match a basculé à sens unique. L’attaquant croate, visiblement grandement amoindri physiquement, a condamné son équipe. Sans Morata et avec Mandzukic, la Juve n’a eu plus aucune véritable option de contre-attaque, de pression, et de conservation de la balle hors de ses 40 mètres. Mandzukic a été incapable de presser la première relance, de gagner des duels aériens, de proposer des solutions dans la profondeur ou encore de conserver la balle. Rôle et missions que réalisait à merveille l’attaquant espagnol auteur d’une prestation exceptionnelle. Cette entrée de Mandzukic qui a été accompagnée dans la foulée par une réduction du score immédiate du Bayern a littéralement coupé la Juve en deux, ne leur laissant pour seule chance de s’en sortir que de poser le bus derrière et espérer que rien ne rentre. Et c’est bien là toute la différence entre la Juventus et le Bayern hier soir, là où une équipe fait rentrer Mandzukic, Sturaro et Pereyra, l’autre peut compter sur Kingsley Coman et Thiago Alcantara.

Hier soir Allegri a fait naitre dans les têtes et cœurs turinois, l’hypothèse d’un rêve qui deviendrait réalité. Malheureusement, ce sont ses erreurs qui ont mis fin à ce rêve. Un manque de profondeur de banc en raison des trop nombreuses blessures causées par les préparations catastrophiques d’Allegri, et un coaching qui a rendu inévitable l’issue malheureuse du match pour les turinois.