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D’une main de maître, et sans aucune difficulté apparente, le Paris Saint-Germain a remporté dimanche dernier le titre de Ligue 1 le plus précoce de l’histoire du championnat. Une équipe sans égale à l’échelle française, qui a écrasé un championnat décrié trop faible et sans concurrence. Une équipe qui s’accapare ainsi, son sixième titre de champion de France, le quatrième d’affilée. Sans surprise, le sacre annoncé du PSG a bien eu lieu, et les supporters peuvent savourer ce trophée. Pendant que certains se demandent quelle valeur il a, un sentiment d’incompréhension s’installe. Faut-il vraiment fêter et célébrer ce titre, déjà acquis il y a bien longtemps ?

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Comme une impression de fatalité, de terrible supériorité, de banalité, qui rendrait ce titre factice. Comme le sentiment ressenti quand tu joues au loto, mais que fatalement, tu sais que tu avais eu tort de jouer. Une banalité plus commune qu’une punchline de Despo sur Convictions Suicidaires. Ce titre du PSG, acquis au terme d’une ballade de santé troyenne, c’est un peu tout ça réuni. Et pourtant, bordel, je suis content moi. Mais vraiment ! Un titre de champion de France putain ! C’est quand même une ligne en or dans le palmarès d’un club de 46 piges, non ? Ouais, je kiffe. Totalement. Mais j’ai aussi cette impression que peu me comprennent. Supporters parisiens ou non, cette incompréhension persiste, celle d’une célébration d’une « simple officialisation », et non d’un titre à part entière. Mais non ! Quand on a les souvenirs que j’ai, ce discours ne me parle pas.

Mon histoire avec le PSG commence un soir d’avril 2000. Un soir de finale tiens, le dépucelage est pas dégueulasse. Un soir à Saint Denis. Et déjà, une première réflexion: celle que ce stade est grand, mais pas impressionnant. Oui, le PSG, et le football en général à ce moment-là, je n’y connais pas grand-chose. Jamais trop entendu parler de Raï, de Fernandez, de Safet, de Dahleb, ou de finale de coupe des coupes. Oh si, j’avais bien quelques souvenirs d’un Marco Simone faisant Batman face à l’OM, d’un PSG – Bucarest d’anthologie, et d’un « vas-y mon petit bonhomme » légendaire de Thierry Roland. Mais rien de plus. Pour un gosse de huit piges, tu me diras, c’est pas honteux. Enfin bon, ce soir-là, en tout cas, je découvre vraiment le PSG. Et puis merde, en face c’est Gueugnon, la soirée a tout pour être belle.

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Le mec de 18 piges que je suis devenu par la suite, avait souvent tendance à penser que cette soirée était un putain d’avertissement. Un premier rappel que supporter Paris, c’est un tour longue durée de montagnes russes. T’enchaînes les hauts et les bas aussi vite qu’un ancien flow de Maitre Gims. Comme si ça avait marché… Bien évidemment que malgré ça, j’ai foncé tête baissée. Cette soirée-là, j’avais consommé cette drogue pour la première fois. Une addiction terrible, pire qu’un album du Suprême. Et malgré le bad-trip, j’avais accroché.

Commencer à suivre le PSG dans les années 2000, j’aurais mieux fait de me coincer la queue dans une porte. Une branlée terrible à Louis Dugauguez avec un Pius N’diefi de gala, un match à la Corogne désastreux dans le scénario, un fight-club à échelle humaine contre Galatasaray. J’en passe et des meilleures. Tout sauf une partie de plaisir ? La nature humaine est en général assez curieuse. On a toujours tendance à retenir le négatif au détriment du positif. Tu retiens la fois où ce putain de pigeon t’a chié dessus rue du Commandant-Guilbaud. Jamais les milliers de fois où tu l’as esquivé. J’ai toujours essayé de voir le verre à moitié plein. Ce gosse de 12 piges que j’étais le faisait déjà.

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LE PARC, PUTAIN ! Le feu ! Ce public, cette ambiance, ces virages, Auteuil, Boulogne, ces odeurs de clope, de beuh, et de buvette toutes mélangées. Ces jeunes, ces vieux, ces blancs, ces noirs. Ces chants, cette caisse de résonnance extraordinaire, ces putains de siège à la con qui se relevaient en même temps que toi. Ces journaux de quatre pages en papier glacé laissés sur le siège qui faisaient les meilleurs avions de papier du monde. Ce club qui me fait tant de mal et de bien à la fois. Ouais, à ce moment-là, je le sens et le comprends, le Paris Saint-Germain, c’est MON club. Plus question de faire marche arrière. Jamais abonné, mais toujours présent dans les matchs importants. Envoûté par ce club. Et de toute façon, à cette époque, t’étais obligé de te faire envoûter par les gestes de Ronaldinho, qui n’avaient d’égal au PSG que son inconstance.

Bon, malgré ça, c’est vrai qu’on célèbre pas grand-chose à Paname pendant cette période. Quelques coups d’éclat, des victoires contre l’OM dont on se rappelle encore chaque minute, une belle saison 2003-2004 qui annonce le retour de la musique de la Champions League au Parc, deux minutes de folie contre Porto avant que Semak climatise toute la porte de Saint Cloud. Bon, quand tu commences à te renseigner, à savoir ce qu’était le PSG quelques années plus tôt, et que tu as si peu à célébrer, tu commences tout doucement à grincer.

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Et puis il y a la coupe de France. Là, y a de quoi faire la fête. Une délivrance de Pedro Miguel Pauleta (tu nous manques Pedro) face à Chateauroux en 2004. Et la fameuse. Le titre référence de tout supporter parisien dans les années 2000. En ce 29 avril 2006, contre l’OM, on la voulait, et on l’a eue. Bordel, je savais pas que Dhorasoo savait frapper des 25 mètres comme ça. Ce soir-là, tu peux demander à n’importe quel parisien, tous ont célébré cette victoire sur l’ennemi comme un titre, et moi le premier. Comme si, enfin, on avait marché sur la Ligue 1. Comme si, enfin, on avait un titre à la hauteur de ce dont un gosse comme moi rêvait. Rêve éveillé. Et surtout, le reflet d’une problématique. A ce moment-là, Paris n’a gagné que deux fois son championnat national. Et le manque commence grandement à se faire sentir.

Je pense que le principal argument à la question principale de l’introduction réside dans cette saison 2007-2008. Cette saison cauchemar, qui, paradoxalement, a soudé ce club à son public, et marqué tout supporter parisien de l’époque. Cette espèce d’union sacrée à laquelle on ne pouvait qu’adhérer. Cette envie de faire corps plus que jamais avec son équipe, pour être tous ensembles à jouer le maintien face à Sochaux quand tu pensais jouer le titre début août. Ça pique un peu, oui. Mais on a souffert avec eux.

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Ce samedi 17 mai 2008, si le matin t’avais eu la bonne idée de mettre un boxer blanc, t’es à peu près sûr que tu l’as récupéré kaki le soir même. Ce soir de miracle (si ce n’est pas Dieu, qui a guidé la balle sur le second but de Diané ?), ce soir de dernière en Ligue 1 pour Pauleta, n’importe quel supporter parisien de l’époque s’en rappelle. Et tous pouvaient te dire le sentiment qu’on a ressenti, quand l’Equipe sortait son hors-série « Et si c’était vrai » imaginant le scénario d’un PSG en Ligue 2, avec une cruelle vérité, presque un sentiment d’envie.

A 22h45 ce soir-là, au terme d’un match dont le stress t’a frappé plus fort que l’épilogue d’un film de David Fincher avec Brad Pitt et Edward Norton, Paris se maintient. Mais qui aurait pu se projeter cinq ans plus tard, à revendiquer cette souveraineté nationale qui nous manquait tant? Quand t’as 17 ans, et que tu vis ça, tu te jures que si un jour, tu connais le sentiment d’un titre, tu le célébreras jusqu’au bout. Et vu qu’à la maison, on est du genre à tenir ses promesses…

Quand QSI chasse enfin Bazin et toute sa clique, tu sais pertinemment que tu te rapproches enfin de la consécration. En août 2011, t’es vraiment dans la peau du puceau tout près de se glisser entre les jambes d’une femme pour la première fois. Et comme tout puceau, tu fais le con, et tu laisses Montpellier s’envoler vers un titre, aussi inattendu que mérité. Et toi, t’es comme un con. T’as préparé tout ton appart pour faire la fête mais tes potes te disent qu’au final ils ne viennent pas. Cette fois c’est sûr, mon premier match au stade, ce PSG – Gueugnon en finale de coupe de la Ligue, il était bien prémonitoire. « Tu ne connaîtras jamais l’euphorie d’un titre, c’est impossible » résonne dans ma tête. Putain de refrain froid.

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Repenser à ce parcours d’obstacle qu’est la vie de supporter du PSG depuis maintenant 16 ans, repenser à chaque moment fort du club, qu’il soit bon ou mauvais, repenser à ces saisons indignes du standing de l’unique club de la plus belle ville du monde, c’est ce qui te permet de prendre un pied monumental quand tu atteins enfin la consécration. Quand Jérémy Menez marque ce but du titre à Gerland, j’ai tout de suite pensé à ce marmot de 17 piges qui a bien pensé voir son club englouti en Ligue 2 cinq ans plus tôt. J’ai aussi pensé à ces supporters, plus ou moins vieux, que je les connaisse ou pas, véritables amoureux de ce club, qui eux aussi, ont enfin pu évacuer la frustration de 19 ans d’abstinence. Ma conviction reste celle-là: pour célébrer pleinement un titre actuel du Paris Saint-Germain, il faut avoir connu ces années de galère, ces matchs à Michel d’Ornano avec Armand milieu gauche. Ces matchs de Ligue des Champions au Parc où Drogba le marseillais a fait taire tout le stade et rendu hommage à son ancienne équipe. Dans le milieu on appelle ça un viol en réunion. Ce match à Valenciennes où on a tous cherché l’adresse du dealer de Paul Le Guen. C’est vrai qu’il a dû en prendre de la bonne. Force est de constater que ceux qui ne comprennent pas que je célèbre le titre de cette saison n’ont pas connu ces moments-là.

Paris est un club qui ne fait rien comme les autres. Un club qui s’est inventé des syndromes dits « du Parc », ou de la « crise de novembre ». Un club se retrouvant à jouer le maintien au terme d’une saison où on l’attendait aux places européennes. Un club coupable d’un amateurisme effrayant, au point de faire jouer Laurent Fournier, suspendu pour un match de coupe d’Europe, et de finalement se qualifier au terme d’une soirée d’anthologie. Quoi de plus logique que de retrouver ce club capable de battre bon nombre de records avec une facilité déconcertante ? Eh, pour une fois que ça va dans les deux sens.

Paris aurait pu gagner ce titre à la quinzième journée, je sais que la joie aurait été la même. Le PSG peut gagner les quinze prochaines saisons de Ligue 1, je sais que mon euphorie ne variera jamais. Je sais aussi que mon engouement pour ce club n’est pas compris de tous, mais au vu de mon passif avec Paris, il ne pouvait pas en être autrement. Oui, dimanche, j’ai célébré le sixième titre du Paris Saint-Germain, et l’amour et la fidélité que je porte pour ce club ne sont pas prêts de changer. Ni mon implication, n’en déplaise à ceux qui ne savent pas, ou ne prennent pas la peine de savoir ce qu’il y avait avant. Comment elle part cette célèbre phase de la Scred ? Jamais dans la tendance….