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« – T’es pour qui toi ?

– Bordeaux.

– Ah. Merde ».

Tout supporter des Girondins a déjà connu cette entame de conversation, et entrevu un certain malaise dans les yeux de son interlocuteur. Pourtant, quand on a dans le sang (la veine) un club censé être historique de l’Hexagone, la fierté, l’orgueil devraient déborder chez les Marine et Blanc. Sûrement pas le dépit, et encore moins la nostalgie. Alors, c’est quoi ce bordel bordelais ?

Un passé qui ne passe pas

Pour comprendre, il faut remonter au 27 mars 2010. Bordeaux est champion en titre, en quarts de finale de Ligue des Champions, en finale de Coupe de la Ligue, premier du championnat et meilleure équipe européenne sur la phase de poules. Ce soir du 27 mars, les Girondins se rendent au stade de France, afin affronter l’ennemi marseillais, pour une finale de Coupe de la Ligue qui s’annonce électrique. Elle ressemblera davantage à une passation de pouvoir. Le traître Diawara crucifie ses anciens partenaires, offre la Coupe Moustache à l’OM, mettant fin à une disette de près de deux décennies chez les Ciel et Blanc. Trois jours après, à Lyon pour un quart de finale de Ligue des Champions, Bordeaux prend l’eau. Le pauvre Lamine Sané effectue ses débuts et voit les Bastos et consorts aller beaucoup trop vite dans son dos. 3-1 à l’aller. Au retour, les 22 acteurs nous offrent un match d’anthologie, qui aboutira sur une des désillusions les plus douloureuses de l’Histoire du club. C’est bel et bien  l’OL, qui décroche son billet pour des demies où il se fera marcher dessus par un Bayern que Bordeaux avait battu à deux reprises en poule. Des regrets.

Dans le flou à cause d’un entraîneur prêt à reprendre l’Equipe de France après ce qui sera le fiasco sud-africain, Bordeaux n’avance plus. Laurent Blanc laisse tout le monde dans le doute quant à son avenir, et les contrats sont prolongés à prix d’or pour les joueurs ayant participé au titre. Et pas des moindres. Les Chalmé, Bellion et leurs potes continueront longtemps à s’envoyer des steaks-frites à L’Entrecôte tandis que le club coulera inexorablement.

Le druide Francis

Tigana vient pour relancer la machine. Raté, l’ancienne gloire des Girondins n’a pas le choix et est contraint à la démission le 7 mai 2011. Dans la foulée, c’est le druide Francis Gillot qui s’installe à Lescure. Des débuts compliqués, avant de trouver la formule magique : un 3-5-2 fantastique qui permet de choper un match nul au Parc en pleine tourmente, le tout avec Florian Marange sur le terrain. Alors Gillot galère, mais Gillot repart du Haillan avec un bilan plus qu’honorable vu l’effectif lamentable dont il disposait. Il ramène une participation européenne ainsi qu’une coupe de France mémorable (There is only one Cheick, and his name is Diabaté lalalala).

En effet, le travail de Barbeblanche est à saluer. L’héritage catastrophique de Blanc et la saison de transition manquée par Tigana ne l’ont pas aidé. Il a pourtant su tirer le maximum d’un groupe plus que limité. Essayez de faire quelque chose de correct avec Marange, Obraniak, Ben Khalfallah, Poko, Bellion ou Hadi Sacko. Moyen oui.

Pourtant, Francis ça colle pas. L’effectif est jeune et prometteur selon Triaud, et l’aventure avec l’ancien coach sochalien décrié dans tous les médias pour son style doit s’arrêter. A croire que savoir utiliser la quintessence de son groupe ne suffit pas pour les « experts » médiatiques du football dans l’Hexagone. Dans la tête de Triaud et de De Tavernost, on se dit que Blanc, ça avait marché, alors un nouveau coach, ça devrait être sympa ce coup-ci aussi.

Et c’est sûrement pas Pierre Sled qui nous dira le contraire. Zidane, fin 2014, était girondin à « 90% », il paraît. On voyait déjà débarquer les Jesé, Isco, Lucas Silva (ouf), et autres Enzo Zidane sur le Port de la Lune. Mais Zidane voulait des garanties que la direction du FCGB ne pouvait (voulait?) pas lui offrir. Alors va pour Sagnol…

Deuxième épisode à venir concernant l’ère Sagnol et ses conséquences…