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Élevé très et surement trop tôt au statut de nouveau prodige du foot, Hachim Mastour traverse déja sa première zone de turbulences. Entre manque de temps de jeu, prêt foireux et vidéos Youtube, le néo international marocain stagne déjà, à l’aube d’une carrière à peine commencée. Retour sur un début de carrière en fanfare, et éléments de réponse quant à la suite à donner à sa toute jeune carrière.

Naissance d’un prodige

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Depuis que le football est passé de sport populaire à zone de business, la chasse aux prodiges précoces est devenu le lot des plus grands clubs européens. Aux quatre coins du monde, des émissaires des top clubs scrutent méticuleusement chaque tournoi poussin afin d’y repérer un talent et de convaincre sa MILF de mère de laisser le club gérer l’éducation et généralement l’export de son fils vers un centre de formation huppé. Les médias, friands de ce genre de success-stories prépubères, ne manquent jamais l’occasion de relayer chaque transfert enfantin, n’hésitant pas à affubler le gamin du surnom de « nouveau quelque-chose » suivant son poste. C’est suivant ce processus très simple que sont créés des monstres à toute épreuve comme Neymar, Messi et autres rois de cette discipline. Mais c’est surtout suivant ce processus que sont gâchés de nombreuses adolescences et carrières. Qui ne se souvient pas de Freddy Adu, censé être au football ce qu’Obama est aujourd’hui à la politique mondiale ? En France également, on se dit après coup qu’on a sacrément cramé un mec comme Ben Arfa, pas forcément prêt à assumer tout ce poids sportivo-médiatique.

C’est par ce processus qu’est né il y a maintenant quatre ans le phénomène Mastour. Hachim de son prénom, fils d’immigrants marocains installés dans la région italienne d’Emilie Romagne, où la capitale est Bologne, et où le développement économique fait pâlir ses régions voisines. Cette région, mère de marques telles que Ferrari, Maserati ou encore Lamborghini, a vu grandir en son sein une autre merveille, censée révolutionner son secteur d’activité : le fils Mastour.

Pas le temps de niaiser

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Né pendant la Coupe du Monde 98, Mastour fait rapidement rêver les plus grands clubs européens, qui se heurtent néanmoins à la législation italienne : pas le droit de signer quelque part avant ses 14 ans. Les clubs patientent et reviennent à la charge à l’été 2012. La lutte est âpre, les deux Milan en rêvent, City tente d’acheter ses parents en leur octroyant un permis de travail, mais c’est finalement le Milan AC, par le biais de Galliani qui remporte le Graal, contre un demi million d’euros. Rapidement surclassé avec les U-21, coaché par Pippo Inzaghi, Mastour éclate tous les records de précocité. Le Milan tente même de l’inscrire sur la liste de Serie A dès ses 14 ans, soit 2 ans avant l’âge légal. Le Milan patientera …

Mais très vite, le conte de fée voit débarquer son lot de galères imprévues. Déjà une accumulation de blessures, avec en point d’orgue une lésion du ménisque qui verra Hachim écarté des terrains durant de longs mois. A son retour, bien que faisant partie du groupe pro, il ne connaîtra aucune apparition en équipe première dans une compétition officielle. Le record de Paolo Maldini est sauf.

Côté international, comme dit précédemment, Mastour possède « la double ». Italo-marocain, Hachim a l’embarras du choix. Et pour la première fois de sa vie, il ne se précipite pas. D’abord, il fait ses classes en équipes de jeunes italiennes. Puis dans un sursaut d’élan d’amour nationaliste, sans doute chauffé par le patriotisme d’Hicham El-Guerrouj et de Laouni Mouhid, il décide de représenter fièrement les lions de l’Atlas. Pour sa première sélection, en juin 2015, il rentre pour deux petites minutes de jeu. Il devient alors le plus jeune international marocain.

Un bijou marketing

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Si sur l’aspect sportif, Mastour a semble t-il du retard sur ses temps de passage présumés, en ce qui concerne le « produit Mastour », tout se passe comme prévu. Très jeune, les marques s’approprient le phénomène. Il signe chez Nike, pour dix ans. Autre géant à lui proposer un petit billet: RedBull, pour qui il est l’une des vitrines foot de la marque. La boisson qui donne des ailes lui permet  même de rencontrer Neymar, son idole, et le présente ainsi comme son digne héritier.

Mais au delà de faire rêver les jeunes footeux amateurs avec ses compilations Youtube, Mastour grandit, et fêtera dans quelques semaines ses 18 ans. De quoi intéresser les WAG et les beurettes à chicha qui semblent vouer un culte à ce petit métrosexuel. 610.000 abonnés sur Instagram, 106.000 sur Twitter, « fantasyhachi » est un jeune qui a tout compris à l’utilisation des réseaux sociaux.

18 ans, et maintenant ?

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Dans un Milan en perdition, il est prié d’aller trouver plus de temps de jeu ailleurs par Mihajlovic en début de saison 2015-2016. Malaga se propose d’accueillir le jeune homme de 17 ans sous forme de prêt, pour une durée de deux ans. Milan accepte en ajoutant une option d’achat de 6 millions. Suite à un imbroglio judiciaire, le transfert de Mastour n’est validé qu’en novembre dernier. Après trois mois d’incertitudes, tout semblait alors prêt pour que le jeune marocain enflamme la Rosaleda.

Sauf que depuis novembre, Mastour ne sera apparu qu’une seule et unique fois sous le maillot bleu et blanc de Malaga. Si certaines voix complotistes évoquaient une histoire de clause de rachat qui gênerait Malaga dans l’idée de voir le marocain exploser chez eux et repartir aussi sec à Milan, Javi Garcia, le coach des Boquerones, a pris la peine de s’expliquer en conférence de presse. En somme, Mastour jouera quand il sera prêt, il doit encore apprendre.

D’autres voix parlent déjà d’un retour anticipé en Italie, où Hicham le magicien serait à nouveau prêté. Mais quid de cette pauvre option d’achat ? 6 millions pour un joueur que l’Europe entière s’arrachait il y a encore peu de temps. Le Milan ne croirait-elle plus en sa pépite ? Ont-ils un plan pour le récupérer dans les années à venir si le marocain exploite ses capacités ?

Mais au fond, la question n’est-elle pas de laisser du temps à ce jeune, pas encore majeur et déja starifié? Mastour aura en quatre années subi le harcèlement d’une dizaine des plus grands clubs du monde, subi le poids d’une première convocation internationale, marché sur les traces du record de précocité de Maldini, traversé une longue blessure en pleine adolescence … le tout couronné de seulement 7 petites minutes de temps de jeu officiel. Actuellement au creux de la vague, Mastour vit ce que beaucoup de jeunes talents ont vécu avant lui. Alors plutôt Neymar ou Freddy Adu ? Bien malin celui qui pourrait aujourd’hui nous le certifier …