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Au départ j’étais parti pour écrire un article sur l’une de mes idoles, un des meilleurs attaquants de ces 20 dernières années : Andreï Chevtchenko ou Andriy Shevchenko ou tout simplement Sheva. Pourquoi un article sur lui ? Parce qu’il était tout simplement extraordinaire. Extraordinaire.

Mais en réfléchissant au Milan AC de Sheva, mon cerveau s’arrêtait toutes les 15 secondes sur un joueur encore plus magique que le précédent, si bien qu’une question me vint à l’esprit : mais qu’est ce que je vais bien pouvoir faire de toute cette équipe ? J’aurais pu aisément évoquer pendant des lignes et des lignes Sheva mais cela aurait été dommage de passer à côté de ces formidables joueurs.

Or je ne pouvais pas mélanger les années « Sheva AC » en mixant tous les joueurs l’ayant côtoyé et former une équipe ultime, le XI Sheva. Ce serait déjà bien trop difficile tant ce club regorge de joueurs mythiques et puis cela aurait un effet trop fiction alors que je souhaitais évoquer ce qu’il s’est réellement passé. J’ai alors décidé de procéder à un choix assez difficile, évoquer une équipe du Milan grâce à un XI établi lors d’une finale de Ligue des Champions. Autant se compliquer la tâche. J’avais le choix entre 2003, 2005 et 2007. La dernière date pouvait être éliminée de suite puisque Sheva avait alors signé à Chelsea. Il en restait deux. Que faire ? Tirage au sort. Verdict : 2005. Racontons cette équipe à travers un XI que nous ne sommes pas prêts de revoir sur un terrain de football. Attention ce qui va suivre transpire le style.

La défense : le diamant

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Certainement l’une des plus belles défenses de l’histoire du football. Belle parce qu’elle était solide et difficilement prenable et belle parce qu’elle était composée de joueurs qui savaient manier le ballon avec une élégance si particulière pour des défenseurs.

Dans les buts, Dida était l’un des trois meilleurs gardiens du monde et une véritable légende à Milan. Doté de ce physique tout en hauteur qui plaît tant aux entraineurs anglais, il était capable de se coucher très vite sur le ballon et de réaliser des arrêts aussi impressionnants qu’inattendus.

Le torse bombé à la Redondo, les cheveux au vent ou légèrement attachés d’un simple lacet noir et la tête relevée pour contrôler sa défense. Voici Alessandro Nesta, l’un des défenseurs les plus classes de l’époque qui représentait avec brio l’élégance italienne. Nesta c’était le défenseur moderne par excellence, très solide en défense et doté d’une technique au dessus de la moyenne. On se souvient toujours de Cannavaro pour son ballon d’or mais selon moi le meilleur défenseur central de cette période se nommait Alessandro.

À ses côtés, on change de registre avec un mammouth comme il en faut au moins un dans une équipe : Jaap Stam. Ceux qui ont saigné PES 5 connaissent parfaitement ce joueur. Dans le jeu de Konami, quand il disposait d’une flèche rouge vers le haut il était infranchissable. Dans la réalité, c’était la même chose sans la flèche rouge. Parfait complément de Nesta, il apportait au Milan AC cette dureté défensive qui permettait de contrôler l’attaquant adverse et sortir les crocs quand il fallait les sortir.

Nous avons déjà passé au crible trois joueurs de grand talent mais la suite de la défense est encore au dessus. Sur la droite, certainement le meilleur arrière droit du football moderne, double champion du monde, double champion d’Italie, vainqueur de la Ligue des Champions : Cafu. Technique individuelle, vitesse, jeu long, jeu court, centres millimétrés… La palette offensive de Cafu était complète à l’image de son côté défensif fait de rigueur sur l’homme et d’interventions toujours justes. Beaucoup depuis ont essayé de s’approcher de son profil, peu y sont arrivés.

Pour terminer en beauté l’évocation de cette ligne défensive, parlons du style à l’état pur, l’étalon italien, le parfait gentleman : Paolo Maldini. Arrière droit, arrière gauche, défenseur central… Qu’importe pour celui qui aura fait tout sa carrière au sein du club Rossoneri. Quand on a un talent si pur, la position sur le terrain paraît presque anecdotique. Maldini était un esthète, ses tacles étaient réfléchis et pleins de grâce, ses interventions défensives étaient toujours contrôlées et son duo avec Nesta constituait à lui seul un motif suffisant pour suivre le Milan AC. Il aura disputé huit finales de Ligues des Champions avec son club de cœur pour cinq remportées. Vous avez bien lu, cinq Ligues des Champions. Stratosphérique.

Le milieu de terrain : le saphir

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Gattuso, Pirlo, Seedorf, Kaka. Gattuso, Pirlo, Seedorf, Kaka. Gattuso, Pirlo, Seedorf, Kaka. Il faut le répéter plusieurs fois et se pincer pour s’apercevoir que ce milieu n’est pas le fruit d’un rêve mais qu’il a bel et bien existé. Cela devient même encore plus irréel quand on sait que le cinquième homme de ce milieu de légende se nomme Rui Costa.

Commençons par un duo qui aura marqué le football italien et européen : PirloGattuso. Pourquoi en faire un binôme ? Booba rappait dans Groupe Sanguin « Ali, Booba, l’flingue et son chargeur », cela résume bien ce qu’était la relation entre ces deux joueurs. Le flingue Pirlo n’est pas né après l’Euro 2008 où toute la planète foot semblait découvrir ce joueur aux cheveux longs. Bien avant cela, il flinguait les équipes adverses de ses passes lumineuses, de ses transversales parfaites et de son jeu tout en contrôle ayant fait sa renommée durant toute sa carrière. Le chargeur Gattuso lui était d’un registre totalement différent, infatigable et hargneux, il défendait son territoire comme personne pour permettre aux trois magiciens autour de lui d’exister et de régner. Le joueur capable de mourir sur un terrain et de ne rien lâcher jusqu’à la toute dernière seconde.

Clarence Seedorf a remporté quatre Ligues des Champions avec trois clubs différents. Cette phrase pourrait parfaitement résumer l’exceptionnelle carrière d’un joueur qui aura réussi partout où il sera passé. Capable de gestes techniques de haut vol et de frappes surpuissantes, le hollandais est ce genre de joueurs indispensables dans une équipe. Que ce soit en 10 ou en relayeur, sa capacité à apporter une plus value au milieu était immense et aussi impressionnante que sa musculature imposante. Si je devais citer mes dix milieux de terrain préférés, il en ferait partie.

Pour conclure ce milieu magique, évoquons celui qui avait surement le plus d’élégance balle aux pieds au sein de cette équipe : Kaka. La plupart des personnes qui liront ces lignes auront déjà vu des dizaines de vidéos Youtube sur le brésilien qui aura été un des joueurs les plus marquants et influents des années 2000. Cet art si rare de manier avec brio le ballon n’est pas donné à tout le monde, il fait partie de l’ADN des Zidane, Iniesta ou encore Kaka. Loin de posséder les gestes spectaculaires de Ronaldinho, son génie se résumait à une vision du jeu exceptionnelle, une capacité impressionnante à éliminer l’adversaire et surtout ce don de toujours faire le geste juste au moment où il faut. Légende.

L’attaque : l’émeraude

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Certainement pas la meilleure période de sa carrière, c’est pourtant à Milan qu’Hernan Crespo disputera son unique finale de Ligue des Champions. Attaquant atypique, combattif et capable de marquer dans n’importe quelle position, il aura traversé l’Italie en évoluant dans six clubs du pays. Moins rayonnant qu’un Sheva, Crespo était un renard des surfaces qui savait exactement où se placer dès qu’il entrait dans les neuf mètres adverses. Jamais où on ne l’attendait, il pouvait marquer de la tête, du genou ou d’une frappe en pleine lucarne. Une sorte de Pipo Inzaghi version argentine.

Le meilleur pour la fin, l’autre ballon d’or, celui qui a placé sur la carte du monde l’Ukraine durant les années 2000 : Andreï Chevtchenko. Sheva est de la race de ces attaquants si efficaces qu’on sait qu’ils vont marquer au moment où ils sont lancés en profondeur. À la manière d’un Curry qui célèbre un panier avant même que le ballon ne soit rentré dans le cercle, Sheva était tellement fort devant le but que ses coéquipiers se préparaient à fêter un but alors qu’il n’avait pas encore enclenché sa frappe. Attaquant racé et technique, il aura remplacé dans le cœur des Rossoneris une légende comme Van Basten. Il ne se remettra jamais d’avoir quitté le club de son cœur et ternira son immense talent à Chelsea avant de revenir à Milan pour une période anecdotique statistiquement mais forte sentimentalement.

Rui Costa. J’avais dit 11 joueurs mais il était absolument indispensable que je parle de ce joueur si génial, si à l’aise balle aux pieds. Surnommé « Il Maestro » il était le chef d’orchestre du Milan AC, celui qui contrôlait le jeu, le rythme, le tempo. C’est de lui que pouvait venir la lumière que ce soir d’une passe ou d’un geste technique toujours effectué avec classe. Moins reconnu qu’un Kaka ou qu’un Zidane, il restera à jamais ce numéro 10 mythique qu’on oublie parfois de citer. Roi sans couronne.

Cette somptueuse équipe terminera deuxième de Serie A derrière une Juventus imbattable (titre finalement non attribué après le scandale des matchs truqués) et se fera coiffer à la surprise générale par Liverpool en finale de Ligue des Champions. Une fin bien triste qui, malgré tout, ne noircit pas la splendeur de cette équipe unique. Des perdants magnifiques.

Remerciements au frero @Linotreize