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En marge du Clasico, nous avons donné la parole à deux supporters du Real. Entre confrontations pleine d’agressivité et le fameux Madridismo, nos deux twittos se sont livrés au jeu de l’interview. Retour sur dix ans de Clasico.

@SofianeRaul : Quand il n’est pas de mauvaise foi et omnibulé par le placement de Gareth Bale en 10, ça lui arrive de se livrer de manière posée sur son club de coeur.

@Alanvdiaz : S’il est habité par une haine incroyable envers le Barca, c’est parce que toute sa famille est pro Barca. Plus lucide sur son club qu’Higuain lors d’un gros match.

1 – 19 Novembre 2005, le Barca l’emporte 0-3 au Bernabeu, Ronaldinho marche sur l’eau et sur Madrid pendant ce match, tout le Bernabeu applaudit sa performance, et vous vous en pensiez quoi?

SR : J’en ai qu’un souvenir vague (trop jeune). Avec le recul, elle a permis aux réalisateurs du film Goal 2 d’avoir une bonne intro pour leur film. C’est déjà ça haha.

AV : Je n’aurais surement pas été de ceux qui avaient applaudi si j’avais été au stade vu que je suis un gros rageux. Une performance mémorable dans un Clasico assurément, les images avaient fait le tour du monde et en Espagne on en a parlé pendant des mois et des mois. Mais c’était quand même très différent de la Manita par exemple. Là, c’était un seul joueur qui illuminait le stade de sa grâce. La Manita on est juste submergé par un collectif bien trop fort, on est humiliés par les 11 gars d’en face (et Jeffren……….)

2 – Un an et demi plus tard, le Barça arrache un 3-3 complètement fou grâce à un Messi de gala alors que le FCB est en infériorité numérique, vous précipitez l’avènement du crack, vous vous sentiez comment après un tel scénario?

SR : Huit ans plus tard, j’ai jamais réussi à comprendre le Real sous Ramon Calderon. Je me demande encore comment on a fait pour gagner cette Liga et la suivante avec 18 points d’avance sur eux. Pour être sincère, lors d’un Clasico j’ai du mal à apprécier la qualité de l’adversaire. Mes yeux et mon cerveau ne regardent que les joueurs en blanc. En défense on a été plus que ridicule ce soir là.

AV : Faut souligner que ce Clasico là était annoncé avant le match comme étant le « Clasico de l’ennui » vu les situations du Real et du Barça, en pleine transition à ce moment-là. Finalement, 3 buts dans le premier quart d’heure et l’éclosion officielle de Messi, 19 ans, dans un grand match. Le scénario était horrible, on mène trois fois, Oleguer est expulsé en milieu de match il me semble, et on ne parvient quand même pas à remporter le match. Je me souviens avoir été pas mal impressionné par Messi, comme tout le monde évidemment. On ne s’en rendait pas compte mais ce match, « banal » aux premier abord était devenu un chapitre important de l’histoire des Clasico et du football en général.

3 – Florentino Perez veut mettre fin à la traversée du désert et amène Mourinho. Pour sa première au Nou Camp, il prend un 5-0 bien dur, quels enseignements avez vous tiré de ce match?

SR : Une dure défaite, l’attente était énorme sur ce Real  (seul leader de Liga à ce moment de la saison si mes souvenirs sont bons). Très dur à digérer et pourtant c’est peut être une des défaites en Clasico qui a été le plus bénéfique pour le Real.  Je pense personnellement que sans cette défaite, Mourinho aurait eu du mal à convaincre Perez de lui donner les clés du camion et transformer le Real en une machine de guerre en 2012. Un mal pour un bien au final.

AV : Qu’en face c’était une des meilleures équipes de l’Histoire à n’en pas douter. Il n’y avait tout simplement rien à faire. Essayer de réitérer la performance du Barca de ce soir-là sera pour moi très difficile, voire impossible. Tu peux tirer quoi comme enseignements après ce match ? Tu te rends tout simplement compte de ton retard. Après ça, Mourinho a énormément travaillé tactiquement pour réussir à démanteler ce Barça, il y est parvenu six mois plus tard, non sans mal.

4 – 20 Avril 2011, le Real Madrid gagne enfin un Clasico. Après trois ans de disette, le Real l’emporte après prolongation face au Barca .Vous semblez avoir comblé votre retard, c’était quoi la recette?

SR : Travail, Cojones et Attitude. Mou a réussi à créer des soldats. Dans le jeu c’était pas forcément un match fabuleux, mais le Real a montré de l’envie. Qu’on aime ou qu’on aime pas, tous les moyens sont bons pour vaincre un rival comme le Barca.

AV : La recette c’était Mourinho et – sans partir dans le cliché – une énorme débauche d’énergie vu le système placé par le portugais (Khedira/Pepe/Xabi dans l’entrejeu si je me souviens bien). Une semaine avant on fait 1-1 contre eux aussi a Bernabeu en Liga. C’était le premier Clasico depuis la fameuse Manita. Lors de ce match Mourinho avait rapidement montré son intention de fermer le verrou (Pepe au milieu), je crois que c’est ce match nul en Liga qui donne les éléments à Mourinho pour préparer la finale de Coupe du Roi. D’ailleurs, outre la victoire je garde un bon souvenir de ce match dans le jeu, ça avait été un des Clasico les plus plaisants à regarder avec notamment un Mestalla en feu et les tensions habituelles entre les joueurs qui ont rajouté du piment à un match déjà énorme.

5 – Le Real l’emporte enfin au Nou Camp avec le fameux Calma de Ronaldo. A cette époque, le Real était-il supérieur au Barca?

SR : Sur l’année 2012 je pense que oui. Contrairement à la finale de 2011, le Real a muselé son adversaire sans pour autant être dur sur l’adversaire.

AV : Oui, assurément. Y’a eu cette période entre début 2012 et fin 2014 où le Real était légèrement devant en terme de confrontations directes, et simplement meilleur globalement toute l’année 2012. On sentait un Barca en perte de vitesse après les nombreux succès glanés les années précédentes, un Guardiola en partance. Après c’est un « déclin » tout à fait relatif et la période  de soi-disant domination du Real est bien trop courte pour pouvoir la considérer comme telle.

6 – On atteindra le paroxysme avec cette fameuse finale de supercoupe d’Espagne avec le doigt dans l’oeil de Tito mais niveau football, on avait jamais vu une telle intensité et une telle énergie des deux côtés. Vous le ressentiez comment coté Real?

SR: Pour moi la double confrontation de la finale de supercoupe 2013 était vraiment un souvenir spécial. Malgré l’aller où on réussit à revenir à 2-3 grâce à un but gag de Di Maria. Le retour était exceptionnel. C’est certainement un des matchs qui m’a le plus marqué. Les ratés d’Higuain, un Cristiano exceptionnel, un 6-1 n’aurait pas du tout choqué.

AV  : J’avais déjà répondu à une question de ce type la dernière fois qu’Ultimo Diez m’avait contacté et je reste sur la même réponse. C’était horriblement stressant et stimulant à la fois. Franchement, je ne sais pas si on revivra quelque chose du niveau des trois ans de Mourinho en termes de tension et de stress. Les 22 joueurs + le banc qui sautaient sur l’arbitre à chaque décision de ce dernier, les conférences de presse, les unes des quotidiens sportifs Espagnols, les débats sur les réseaux sociaux et les forums… Ce sont de très loin les Clasicos les plus relevés que j’ai vu, mais parfois le jeu était victime de toutes ces tensions.

7 – Est-ce que vous avez souffert de la suprématie du Barca?

SR : Avec l’âge, on prend du recul et je ne pense pas qu’on puisse connaitre une pire période que 2008-2011. Au delà de la suprématie du Barca, le Real était loin d’être flamboyant. Sortir en LDC en huitièmes après une défaite 0-4 face au club de rayandeuxfois tout en voyant le Barca aller au bout c’est insultant… Ca m’a fait beaucoup plus de mal que le triplé du Barca en 2015. Le Real en 2009 était impuissant, ce n’est plus le cas aujourd’hui.

AV : Terriblement, surtout que toute ma famille supporte le Barca, c’est difficile de ne pas passer un seul repas de famille sans se faire humilier (surtout que les Espagnols ne sont pas forcément le peuple le plus discret). Les voir lever tous ces trophées depuis 2006 ça rend complètement fou.

8 – Vous préférez le Real qui gagne la décima ou le Real de la saison 2011-2012?

SR : Question difficile. Le Real de la Decima entre Janvier et Mars 2014 était plus que phénoménal. Mais bon, on ne devait jamais perdre la Liga cette saison. Ca reste en travers de la gorge. Tandis que celui de 2012 a juste manqué de « chance » lors de l’élimination face au Bayern… Si je dois résumer, pour le jeu : Real Decima  / pour l’attitude : Real 2011-2012.

AV : Question assez facile, le Real de 2011-2012 évidemment. La Décima ça aurait du être cette année-là… On était la meilleure équipe du monde, on jouait un jeu de contres parfait mais on était aussi capables de créer du jeu. Ramos était vraiment au-dessus du lot (et il l’a encore plus prouvé pendant l’Euro), Cristiano à son apogée… Ce Real là c’est quand même le meilleur Real que j’ai vu dans ma vie de supporter.

9 – On reprochait à Casillas de ne pas être le porte-étendard du Madridismo et de ne pas être assez « Anti-Barca ». Il ne reste que Ramos comme  joueur emblématique, vous verriez qui prendre la succession du Madridismo?

SR : Sans hésitation, Carvajal. Après le Madridismo peut bien être représenté par un étranger assez imprégné par le club (on peut le voir aujourd’hui avec Pepe). J’aurais aussi cité Jesé ou Mayoral, mais il y a moins de chances qu’ils aient un statut de cadre dans le vestiaire merengue. Seul l’avenir nous le dira.

AV : A part Arbeloa qui est la personnification du Madridismo, je répondrais instinctivement Carvajal. Déjà car c’est le joueur espagnol qui a le plus de chances de poursuivre sa carrière au Real et parce qu’il a montré depuis son arrivée qu’il avait, en plus d’un excellent potentiel footballistique, un mental forgé par son « mentor » au Real qui n’est autre qu’Alvaro Arbeloa himself. Il sera un des représentants les plus emblématiques du Madridismo dans le futur, j’en suis convaincu.

10 – Vous espérez quoi pour ce clasico?

SR : Une équipe. Voir un Real Madrid jouer simplement, tenter et surtout défendre. C’est la seule chose qui m’intéresse.

AV : Ne pas se prendre une branlée comme à l’aller serait un bon début. Mais j’ose espérer que les joueurs veuillent entamer cette fin de saison en frappant un grand coup, obtenir un résultat au Nou Camp peut pour moi changer la fin de saison madrilène et entamer une excellente dynamique pour les échéances à venir en Ligue des Champions. Une fin de saison réussie semble passer inexorablement par une victoire contre le Barca. Ce match est bien plus important que ce que la majorité ne le pense.