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Si aujourd’hui le FC Barcelone est la meilleure équipe au monde, Luis Enrique n’y est pas étranger. Le natif de Gijon a su imposer sa patte et faire du Barça une équipe qui a marqué l’Histoire. Avant d’être le coach qui a le privilège de coacher la MSN, Lucho était un joueur d’exception. Il a fait parti des rares joueurs ayant porté le maillot du Real et du FCB. Lui, l’enfant de la région des Asturies, n’a aucun remord à quitter la capitale pour s’engager du côté de la Catalogne. Il n’a jamais été un grand fan de la grande métropole et a toujours eu un penchant pour la province et les gens chaleureux qui la composent. La Catalogne lui rappele les Asturies, il se sent enfin à sa place.

Un footballeur pas comme les autres

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Avant le déplacement du FCB à Gijon pour un simple match en retard, Luis Enrique n’a pas oublié de rappeler à toute l’Espagne qu’il était avant tout un grand socio du club rojiblanco. En effet, Lucho n’a pas oublié de rendre hommage à son club de toujours: « je suis Sportinguista de la naissance à la tombe, je suis socio de Gijon depuis des années, j’ai grandi en allant au stade et en supportant le Sporting ». Malgré 13 ans en Catalogne, il n’oublie pas qu’il est avant tout un enfant des Asturies. La caractéristique qui représente le mieux cette région d’Espagne est le sens du sacrifice. Quand le club voisin, le Réal Oviedo est en sur le point de disparaître, ses supporters et des anciens joueurs dont Mata ou Cazorla n’ont pas hésité à mettre de leur propre argent pour sauver le club de la crise. Concernant Luis Enrique, ce sens du sacrifice se ressentait sur le terrain et même maintenant en tant que coach. « Il est devenu le chouchou en Catalogne car c’était un joueur atypique, en plus d’être un joueur atypique, il se détachait par sa volonté ». Johan, grand fan de Luis Enrique décrit parfaitement le ressenti des Blaugranas. Luis Enrique a apporté une grinta qui est très bien vue dans une région où la technique prédomine.

En plus de cette volonté, l’ancien numéro 21 avait une facilité à jouer à tous les postes, ce qui était une des, « voire sa plus grande qualité ». Milieu de formation, sa polyvalence l’a rendu indispensable aux yeux de ses entraîneurs et de ses coéquipiers. Véritable chef de meute, il a longtemps été le leader et le protecteur de la génération dorée qui devait prendre le relais.  Malgré son passé à la maison blanche, le club n’a jamais hésité à lui donner le brassard car il le méritait en plus d’être un des plus anciens du club. D’autant que dans les périodes troubles du FCB, lui n’a jamais hésité à hausser son niveau de jeu, en particulier lors des Clásicos au Bernabeu. On a tous en tête ses buts contre le Real devant les socios  désabusés face à ses célébrations.  » Le fait qu’il célébrait ses buts au Bernabeu devant son ancien public avec fierté, c’est les plus grands souvenirs qu’on a de lui en tant que joueur » nous expliquait Johan.

Si Figo était l’idole d’une génération blaugrana par son élégance et sa technique, Luis Enrique était l’anti-Figo tant son football ne ressemblait en rien au sien. Et pourtant, dorénavant, Figo représente le Judas aux yeux des socios et l’actuel coach est une idole en Catalogne. Lui qui n’a pas eu le plaisir de gagner une Ligue des Champions en huit ans au club s’est permis le luxe de glaner la coupe aux grandes oreilles lors de sa première année en tant que coach. Mais ce n’était pas simple : le lendemain d’une défaite à San Sebastian contre la Real Sociedad, tous les médias catalans étaient unanimes: l’ancien coach du Celta et de la Roma serait viré par sa direction. On est à la mi-Janvier, sa relation avec Messi, l’intégration de Suarez mais surtout sa gestion du cas Neymar sont pointées du doigt. Lui qui est considéré comme ayant « un fort caractère ce qui en fait une qualité et un défaut » n’hésitera pas à mettre de l’eau dans son vin pour le bien de son équipe. La remise en question est une preuve d’intelligence, Luis Enrique ne dérogera pas à la règle.

Du fin fond de l’Empire romain aux étoiles barcelonaises

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Oubli volontaire ou amnésie générale, peu de personnes parlent du passage de Luis Enrique à la Roma. Avant de réaliser des miracles avec le Celta, l’Espagnol a eu une expérience pendant laquelle il a su apprendre des ses erreurs. En signant à la Roma, le jeune coach Espagnol se voit offrir comme challenge de faire du club de la capitale un petit Barça. La Louve voit en Luis Enrique le nouveau Pep Guardiola, mais malheureusement, sa direction ne va rien faire pour lui faciliter le travail. Tout d’abord, un recrutement complètement aux antipodes du jeu que veut mettre en place Lucho. Il se retrouve avec une défense Heinze Kjaer. Lui, adepte des défenses hautes, se trouve en difficulté. Gago, Osvaldo, Borini, Lamela et José Angel comme principales recrues. Seuls Bojan et Pjanic étaient des choix du natif de Gijon. Rajoutez à cela une élimination rapide en coupe d’Europe face au Slovan Bratislava et une gestion du cas Totti incompréhensible, et vous avez des débuts plus que compliqués.

Alors que la Série A est dans le dur, les entraînements et idées novatrices d’un coach comme Luis Enrique ne sont pas vus d’un très bon œil par des médias conservateurs et les tifosi. Dos au mur, le coach Espagnol est finalement sur la sellette mais il reçoit deux soutiens inattendus et de poids, celui des deux bandiera, Totti et De Rossi. Alors qu’on croyait les deux en froid avec l’Espagnol, ils n’hésiteront pas a lui rendre hommage après les victoires contre le Chievo et Novara: « un très bon gars et qui mérite plus d’encouragement de la part des Tifosi ». Classe. Captain Futuro n’hésitera pas à dire quelques années plus tard que « Luis Enrique était le meilleur coach de sa carrière tant humainement et tactiquement il était en avance ». La Roma finira 7ème, sans coupe d’Europe, avec deux derby perdus mais quelques victoires qui resteront dans les têtes comme à Naples ou face à l’Inter (4-0). Les dirigeants veulent le reconduire, les joueurs veulent qu’il reste,  des entraîneurs comme Prandelli ou Allegri n’hésiteront pas à le défendre en conférence de presse et mettre en avant ses idées novatrices. Finalement, Luis Enrique préfère quitter la Roma. Il se dit juste épuisé, un an à la Roma équivaut à cinq ans dans d’autres clubs, paraît t-il.

Ce passage en Italie a sûrement eu un impact important chez l’Espagnol et l’a fait grandir en tant que coach. Les erreurs qu’il a pu commettre à Rome ne se reproduisent plus au Barça. Quand la situation était tendue avec Neymar et Messi, il n’a pas hésité à tout remettre à plat rapidement avec eux, n’attendant pas des mois et des mois comme ce fut le cas avec Totti. Maintenant, Luis Enrique est vu comme un entraîneur de renommée mondiale, en plus d’être un bon communicant. En Italie, on le trouvait « arrogant et antipathique » sur les bords. Certains expliquent cela par une estime exacerbée pour sa personne et pour d’autres, c’est un rôle. « Il n’est pas arrogant de nature, c’est évident qu’il joue un rôle enfin , il est surtout très bon en communication, il a toujours du tact dans ses propos ». Sa fausse arrogance ne représente en rien le joueur ni l’homme qu’il est. A l’instar d’un David Villa (lui aussi natif des Asturies), sa mission à lui est de faire passer le collectif avant sa propre personne quitte à se sacrifier. Ses propos font désormais réagir et cherchent à avant tout protéger son groupe. Quand il avance tranquillement en conférence de presse, « La seule équipe que je n’aimerais pas affronter en 1/4 de finale, c’est Barcelone », il cherche à faire parler sans pour autant que son équipe soit atteinte.

Avec une deuxième Ligue des Champions en ligne de mire, on pourrait se demander si Luis Enrique ne rentrerait pas automatiquement dans le panthéon des meilleurs coachs de ces dernières années. Alors que les pessimistes mettent en avant le fait qu’il possède un des meilleurs effectifs de l’histoire du FCB et que cela fausse automatiquement l’importance de Lucho dans ses titres, on espère tous le voir exporter ses idées dans d’autres championnats à l’instar de son mentor Guardiola. Certains sont dubitatifs sur sa réussite à l’étranger: « Impossible qu’il ait autant de réussite avec un club autre que le Barca. Certes c’est un coach de bonne qualité mais il possède aussi et surtout un très bon effectif sur lequel il a la mainmise. » Notre Barcelonais est clair à ce sujet. D’autres en Italie rêvent secrètement de le revoir à la tête de la Roma un de ces quatre, et d’autres encore le voient à la tête de la sélection nationale. Il deviendrait alors le premier entraîneur venant de la région des Asturies à cocher la Selección. Lui, l’idole de tout un peuple, d’une génération et d’une région toute entière rentrerait encore plus dans le cœur des Espagnols. Les Asturiens qui sont parmi les Espagnols les plus appréciés seraient enfin mis en valeur avec l’enfant de Gijon à la tête de la sélection. En attendant, il doit terminer son histoire avec sa deuxième maison, et ça passe par une victoire Samedi.

Avec la contribution de @JohanGarreta31