1

De tout temps, il a été convenu que seuls les gagnants écrivaient l’histoire. Le grand poète contemporain Elie Yaffa en a même fait récemment une citation entrée au Panthéon de sa discographie. Le football n’échappe pas à cette règle devenue presque universelle. Alors oui, les supporters de l’OM de Bielsa me contrediront, mais dans ce sport, dans le sport en général, il n’y a bien que les records, les trophées et les photos des soirées glorieuses qui ornent les plus beaux musées sportifs.

Des grandes soirées, Gonzalo Higuain en a connu. Parfois joyeuses, mais ces derniers temps, souvent tristes. La faute à pas de chance diront certains, la faute à son incroyable capacité à « choke » diront les autres. Il y a de ça quelques mois maintenant, Higuain a fait pour la deuxième fois pleurer toute l’Argentine, son peuple, ceux pour qui il a souhaité jouer. Car oui, en bon franco-argentin, il a eu le choix entre la France de Domenech et l’Argentine de Basile puis Maradona. Son choix était presque écrit … Aimé en Argentine, reconnu en Europe après de longues et belles années à Madrid, adulé à Naples où son arrivée a créé une folie à en réveiller le Vésuve, tout se passait bien dans la petite vie de Gonzalo Pipita Higuain. Jusqu’à ce soir d’été, le 13 juillet 2014… Un face à face et puis … Hélas …

Cette course, cette joie … L’arbitre de touche a brisé son rêve. Lui qui marche à l’amour, lui que la confiance rend efficace, il a tant rêvé de ce moment où d’un de ses pieds arriveraient joie et allégresse chez tout un peuple. Hélas, ce moment n’est encore jamais arrivé … Il y a neuf mois, il avait l’occasion de se racheter, en finale d’une certes moins prestigieuse mais tout aussi importante compétition pour les argentins, la Copa America. Hélas …

Se pose alors l’interrogation suivante : le maillot bleu et blanc te ferait-il perdre tes moyens ? Une tentative d’explication qui pourrait tenir debout si deux mois avant cet échec en Copa America,  Pipita ne s’était pas encore fait remarquer … Remise en contexte : la Lazio et Naples sont dos à dos, deux partout, Higuain est l’unique buteur napolitain. Le club du président De Laurentiis est à un petit but d’une qualification en Ligue des Champions. Pénalty pour Naples. Fort de son doublé, Higuain les pose sur la table, prend le ballon et … Hélas …

Résultat des courses ? L’Argentine reste sur deux échecs cuisants, Naples a fait un passage éclair en C3 et Higuain a perdu une grande part de sa crédibilité sur la scène européenne. Gênant pour un type capable de planter entre 25 et 30 pions minimum par an toutes compétitions confondues quand, comme hier soir, il n’agit pas comme un mec saoul en boite, voulant frapper le videur et tout se qui se trouve autour de lui.

Revenons en à la question en suspens. Un numéro 9 capable d’enfiler les buts et les défenseurs et se planter quand la pression est forte est il un gagnant ou un perdant ? Higuain n’est-il que le pendant sud-américain de Zlatan ?

Alors mon petit Gonzalo, laisse moi te poser une question. Oui, là d’un coup j’ai envie de te tutoyer comme tes pénaltys ont tutoyé les étoiles !  Combien de « hélas » vont donc devoir te passer ? Parce que je n’ai pas la furia des argentins, je n’ai pas le sang chaud des supporters de Naples, mais ça suffit Gonzalo ! Pose ce mental pâte à sel maintenant ! Deviens un homme ! Toi qui vis d’amour et de buts contre le Chievo Vérone, ne vois tu pas que nous ne sommes plus qu’une poignée à avoir envie de te tirer tes joues pleines de poils et caresser un crâne qui se dégarnit but après but ? Que feras tu quand il n’y aura plus que Callejon et Sarri pour croire que tu es un top player ?

Dans six mois tu auras 29 ans. Ça fera alors dix ans que tu foules les surfaces de réparation européennes. Ne serait-il pas temps de construire ta légende ? Même si ta tendance à gribouiller ne nous pousse pas vers l’optimisme, il te reste malgré tout quelques cartouches. La première: emmener ton Napoli au titre d’ici le mois de mai face à la furia turinoise. Quasiment foutu. La deuxième: rends sa fierté à ton pays en remportant la Copa America en juillet prochain ; une Copa particulière, celle du centenaire, une compétition dans laquelle les tiens restent sur trois défaites en finale. Et la troisième se tiendra en Russie mais d’ici là tu te seras entrainé aux pénaltys. Promis ? Parce que sache Gonzalo, qu’un fan argentin c’est un peu comme une femme, tu peux la tromper et la décevoir plusieurs fois, elle reviendra toujours vers toi … Jusqu’au jour où elle trouve plus jeune et plus beau …