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Quelle belle équipe que cet escadron bleu de Leicester. Envers et contre tous, chaque semaine, ils repoussent un peu plus les limites du concevable dans la conception que se fait l’imaginaire collectif de l’exploit d’une petite équipe. Chaque semaine ils montrent qu’avec peu de moyens, ou du moins, pas de grand nom au sens large, mais avec un collectif huilé et soudé et une envie débordante, il est possible de se mêler à la course au titre du championnat le plus populaire du monde. Quelle magnifique publicité pour notre sport que cet étalage presque cliché de valeurs d’abnégation, de dépassement de soi ainsi que de don de soi au collectif. « Ensemble, tout est possible » et autres slogans tout faits qu’on rabâche aux oreilles de nos petits depuis leur plus tendre enfance voire, au final, depuis la première fois qu’ils ont chaussé les crampons pour aller à l’entraînement au club de leur quartier, prennent enfin leur sens. On en aurait presque envie d’en baver de bonheur.

MAIS nous ne sommes pas là pour ça. Cet article traite d’une autre face du football, peut être moins valeureuse mais tout aussi prenante pour l’amateur de sensations fortes sur un terrain. Cette face que l’on n’enseigne pas à nos petites têtes crépues (ou blondes, selon l’héritage de chacun) mais qui a donné au football certaines de ses plus belles histoires : je veux parler des talismans. Ces joueurs ou entraîneurs qui, le temps d’une saison (voir plus), ont incarné leur équipe tant ils sortaient du lot. Ces équipes qui, lors de la traditionnelle photo de groupe d’avant-saison auraient pu remplacer l’exercice par un énorme selfie de leur meilleur élément aux toilettes. Ces acteurs primordiaux qui ont porté vers les sommets (ou presque) une équipe de second rang avant de s’envoler vers d’autres cieux, plus accueillants au vu de leur talent. Ces joueurs qui ont fait du football un sport individuel et dont on sait que si leur équipe était si forte lors d’une période donnée, c’était bien à ces joueurs là et à eux seuls (ou presque) que revenait le mérite.

Sans plus attendre, voici le top 10 des talismans :

10 – Forlan, Uruguay, 2010

Si Forlan a pendant la majeure partie de sa carrière été le porte-étendard de la Céleste, cela n’a jamais été aussi flagrant que lors de la Coupe du Monde 2010 sur le sol sud-africain, lorsque sa sélection a atteint le dernier carré de la compétition. On retient l’émergence de Suarez (et sa main contre le Ghana…), on retient le physique de déménageur de Lugano ainsi que le talent d’Alvaro Pereira, mais si il y a bien un homme qui n’a jamais rechigné à l’effort et qui a tout donné pour voir sa sélection aller le plus loin possible, en jouant de toute son expérience, c’est bien ce cher Diego.

Et pour couronner le tout il a marqué cette beauté lors du match pour la 3ème place contre l’Allemagne :

9 – Payet, West Ham, 2015/2016

Si on nous avait prévenus il y a deux ans que cet intermittent du spectacle, doublé d’un réunionnais à la crête douteuse qu’est Dimitri Payet serait devenu le meilleur joueur d’une équipe de Bielsa, avant de s’envoler pour uriner à tout va sur le championnat le plus populaire du monde semaine après semaine, peu importe l’adversaire en face de lui, qu’il aurait fait de West Ham un candidat au top 4 et qu’il aurait réussi à faire d’Andy Carroll une menace… On ne l’aurait pas cru. Pourtant c’est bien ce qui s’est passé. Mais l’ami Thibault en parle mieux que moi ici.

8 – Howard Webb, Manchester United

Parmi les légendes qui font l’histoire de la maison rouge de Manchester se rangent des noms qui n’évoquent que douceur et talent à l’oreille comme Scholes ou Cantona. Mais parmi ces étoiles trône le nom de la seule vraie bandiera de Sir Alex Ferguson : Howard Webb. Doté d’une vision du jeu inégalable couplé à un don de soi pour le collectif rarement vu dans le football, il a lutté pour Manchester (comme Evra a lutté pour Anelka) pendant ses longues années de service de 1998 à 2014, pendant lesquelles il remportera 2 Ligues des Champions ainsi que 8 Premier League. Merci pour tout, Howard. Nous n’oublierons jamais ton coup de sifflet.

7 – Cissé, Auxerre, 1998-2004

Il y a des phénomènes comme on en croise un tous les vingt ans. Djibril Cissé est assurément un de ceux-là. Ses débuts tonitruants à Auxerre (et dans le football professionnel au passage) ont marqué l’histoire de la Ligue 1 et ont écrit quelques unes des plus belles pages de la (pourtant longue) histoire de l’AJ Auxerre. Merci pour tout, Djibril.

6 – Bielsa, Marseille, 2014/2015

Aux dernières nouvelles, Marcelo Bielsa a pris sa retraite de joueur professionnel en 1980, certes. Toutefois, la manière dont il a incarné l’OM jusqu’au plus profond de sa chair pendant cette saison 2014/2015 restera dans la mémoire de tous les supporters marseillais pendant plusieurs années, d’où sa place dans ce classement.

Le brio avec lequel il a redonné confiance à des joueurs comme Fanni, Morel ou Imbula ainsi que les progrès qu’il a réalisé avec des joueurs comme Payet ou Gignac, dans un groupe à bout de souffle qui a fini 7ème la saison précédente relèvent du génie. Si cette dite saison s’est conclue à une décevante quatrième place ainsi que des éliminations en coupe, la qualité du football observé, en comparaison aux saisons précédentes ainsi qu’à la saison suivante n’a laissé aucun doute : Bielsa était bel et bien l’OM.

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5 – Trezeguet, River Plate, 2012/2013

L’amour ne s’explique pas. Essayer de lui donner des raisons ou des mots est superflu. Seuls les actes parlent et David Trezeguet est un amoureux du football, assurément. Lorsque son idylle avec une Vieille Dame touche à sa fin en 2010, il lui aura fallu deux ans avant de comprendre que l’on n’oublie jamais complètement son premier amour. Mieux vaut tard que jamais, lorsque le Roi décide de traverser l’Atlantique pour rejoindre le football argentin qui l’a bercé, il choisit la maison Millionario de River Plate, son équipe de coeur depuis l’enfance qui venait alors de sombrer en deuxième division. Avec 13 buts en 18 matches, River a regagné sa place dans l’élite dès la saison d’après et elle peut dire un grand merci à David. Mais pour les remerciements, Edu en a mieux parlé que moi, ici.

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4 – Di Natale, Udinese, 2004 – aujourd’hui

En parlant d’histoire d’amour, celle de Di Natale est sûrement l’une des plus belles du football européen : attaquant au talent indéniable, comme le prouvent ses 226 buts en 481 matches avec l’équipe du Frioul. Il a préféré devenir l’idole de l’Udinese plutôt que d’être un attaquant de plus dans les rangs de la Juve ou de Milan. Si sa carrière n’a pas été faite de Scudetti et de Ligue des Champions il a connu des tandems d’attaque fou furieux avec Iaquinta ou Alexis Sanchez pour le plus grand bonheur de toute une région qui en a fait son roi. Une conception particulière du football, en somme.

3 – Neymar, Brésil, 2014

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Lorsque la sélection auriverde en vient à préparer sa coupe du monde sur son sol, les voyants sont loin d’être au vert pour Scolari. 20 ans de formation des clubs bancale au Brésil, déchirés par l’envie (devenue raison d’être) de vendre le plus tôt possible aux clubs européens des joueurs formatés sur les standards du vieux continent, font que le pays aux 5 étoiles se retrouve en 2014 avec un groupe plus pauvre que les années précédentes mais surtout inondé de joueurs moyens. Heureusement pour ce bon vieux Felipe, il possède un diamant rayonnant parmi les bijoux fantaisie qui composent son groupe : Neymar. Son Brésil, conscient de ses forces et faiblesses jouera un football pragmatique complètement centré sur sa star, qui continuera de prouver son statut de crack au fil de la compétition. Seulement, lorsque Zuniga passe à deux centimètres de paralyser à vie l’attaquant de poche du Barça (qui s’en tirera tout de même avec une fracture des vertèbres), le retour à la réalité est terrible lorsqu’il faut affronter l’Allemagne en demi-finale. Ajoutez à cela l’absence de Thiago Silva, et vous obtenez un pays hôte ridiculisé sur son sol 7-1 face aux Allemands. Une tragédie de plus au Maracana…

2 – Jean-Louis Gasset dit El Loulou, PSG, 2013-2016

Le choix de Jean-Louis Gasset pour remplacer Ancelotti sur le banc du PSG, une fois le technicien parti en juin 2013 a pu sembler étrange voire audacieux, lorsque des noms plus expérimentés étaient disponibles sur le marché. Ses expériences à Bordeaux ainsi qu’en Equipe de France, si elles ont été couronnées d’un relatif succès, se sont généralement mal finies. Bien en a pris à la direction du club Parisien qui a glané sous Gasset 3 titres de champion de France d’affilée ainsi que des qualifications en quart de finale de Ligue des Champions (avant peut être une qualification en demi-finale en 2016 ?). Sous Gasset, le PSG a toujours eu l’assurance d’un jeu de possession léché ainsi que d’une mentalité offensive qui a ravi ce public de connaisseurs qu’est celui du Parc des Princes. Si on espère que Loulou continuera l’aventure le plus longtemps possible avec le club de la capitale, attention tout de même à l’émergence de son adjoint Laurent Blanc.

Gasset avec son ambitieux adjoint, Laurent Blanc
Gasset avec son ambitieux adjoint, Laurent Blanc

2 bis – Pauleta, PSG, 2003-2008

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Parler d’une one-man team au PSG sans parler de la présidence (voire de l’empire) de Pedro Miguel Pauleta reviendrait presque à l’insulte. Le portugais, arrivé de Bordeaux en 2003, a marqué de son empreinte le championnat de France et surtout l’histoire de Paris à une époque ou le denier était maigre et les satisfactions rares, en témoignent ses 109 buts en 211 matches lorsque son équipe était composée de lumières telles que Pierre-Alain Frau et autres Bonaventure Kalou. De là à présumer que sous le PSG de Gasset il aurait renvoyé un certain suédois à ses études…

1 – Suàrez, Liverpool, 2013/2014

Le joueur de ce top qui s’est approché le plus près possible du sacre national tant convoité… avant de finalement échouer à la deuxième place. Parce que quand même, restons sérieux, nous parlons là de faire gagner un championnat à une équipe de Liverpool… Pendant cette incroyable saison pour l’Uruguayen, lors de laquelle il égalera le record de meilleur buteur de Ronaldo (31 buts avec 0 penalties pour Luisito parce qu’on parle là d’un vrai buteur) il aura fait rêver tout le comté de Merseyside qui attendait son 19ème sacre depuis 1990. Seulement, une glissade en aura décidé autrement.

Parti pour la capitale catalane à l’été 2014 il continuera d’exploser les compteurs, en gagnant une pelletée de titres pour couronner le tout.

Mentions spéciales : Falcao à l’Atletico, De Gea à Manchester United, Bale à Tottenham, David Villa à Valence, Shearer à Newcastle, Shevchenko en Ukraine, Cissé au Panathinaïkos, Alex Meier à Francfort, Pizarro au Werder Brême, Cristiano Ronaldo au Portugal ainsi que Dominique De Villepin à l’UMP.