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En ce mois d’avril, deux événements marquent la vie du fan lambda du Benfica Lisbonne au sein de sa ville d’adoption. D’abord, l’exposition sur Eusébio, l’enfant de la ville, qui a joué 15 ans ici et marqué plus de 470 buts. Une exposition qui se déroule au « coliseu de Lisboa », sur le joueur et le buteur qu’ils aimeraient tous posséder encore aujourd’hui. A sa place, c’est un autre brésilien, moins populaire, mais diablement efficace, Jonas. Le deuxième événement, lui, se déroule un peu à l’extérieur de la ville, à l’élégant Estadio Da Luz, qui sera vêtu de rouge pour une soirée qui s’annonce grandiose et électrique. Cet événement, ce n’est rien d’autre qu’un quart de finale retour de ligue des champions, où se mêleront à coup sûr la joie et la tristesse des grands rendez-vous sportifs. Le cocktail émotionnel parfait pour le supporter modèle qui aime ce genre de rencontres et les attend avec impatience depuis le 15 septembre.

SL Benfica's Nicolas Gaitan

Même si l’espoir reste entier du côté de Lisbonne, la bande de Toto Müller, elle, reste très confiante avant ce choc bien que Pep Guardiola essaie de jouer au faux modeste en prêtant à Benfica le titre honorifique de « grande défense européenne ». Alors pourquoi pas ? Pourquoi ne pas jouer sur la décontraction des allemands, qui ne s’attendent pas à vivre un match calvaire de bout en bout ? Pourquoi ne pas profiter du public lisboète, des 60 000 spectateurs qui pousseront derrière leur équipe de cœur ce soir. Pourquoi ne pas profiter de l’absence de leur attaquant fétiche ? Car sans lui, Benfica n’avancera pas avec 11 individualités (à l’inverse du Bayern), mais avec une équipe qui ne fera qu’un avec ses supporters, prête à se battre pendant 90 minutes et plus s’il le faut ! Cette équipe sera aux antipodes de celle qu’amènera notre bon vieux Pep : une équipe de stars, gâtées, qui ne sera peut-être pas prête à subir des coups vicieux et du jeu dur physiquement pendant un match complet, surtout dans cette période printanière où les difficultés dans le jeu et la fatigue se font ressentir du côté de la Bavière.

Après un match (quasi) parfait à domicile, Porto, il y a peu, avait cru pouvoir créer cet exploit, mais s’était fait renverser au match retour dans une Allianz Arena en feu. Ce soir, l’histoire est bien différente. Benfica a fait le plus dur, ils ont passé cette épreuve du match à l’extérieur, avec une réussite relative. Le match retour, lui, s’annonce déjà bouillant à quelques heures du coup d’envoi. Les Bavarois doivent s’attendre à vivre l’enfer. Ils ne restent plus qu’eux pour créer l’exploit. On a cru un instant en Paris, mais ce fut vite rendu impossible par un niveau de jeu et une rage de vaincre indignes d’un quart de Ligue des champions. Le reste de nos espoirs étaient donc placés en Wolfsburg. 90 minutes et un triplé de Ronaldo plus tard, l’exploit reste toujours sans lendemain en cette semaine européenne. Alors pourquoi ne pas croire en Benfica, le seul club à pouvoir encore créer une surprise. Pour cela, il faudra un match parfait avec des prestations taille patron pour espérer aller un peu plus loin. Pour cela, il faudra aussi que les cadres prennent leurs responsabilités et montrent la voie sacrée au reste de l’équipe. Pour cela, il faudra tout simplement un grand Benfica. Place à une revue des joueurs qui pourraient, dans un sens ou dans l’autre, faire basculer l’issue de la rencontre.

Ederson Moraes : il ne sera peut-être pas aligné d’entrée ce soir, mais qu’est-ce qu’il fut bon au match aller ! Une performance XXL qui a permis à son équipe de repartir avec un résultat plus que positif lorsque l’on joue à Munich. La possible qualification passera par ses arrêts décisifs, et pourquoi pas par une séance de pénos à l’ancienne.

Lubomir Fejsa : grand, costaud, il est l’homme qui fermera à clé la défense lisboète face aux raids offensifs des Douglas Costa et autres Ribéry et Coman. Il n’est pas aussi glamour qu’un Mats Hummels, ni aussi mignon que le jeune Kimmich, mais il correspond parfaitement au combat qui se déroulera au Stadio Da Luz.

Jardel : il formera sûrement le duo défensif avec Fejsa ce soir. Benfica aura bien besoin de son mètre 92 pour repousser les centres lasers d’Alaba et Lahm, et pour enlever les ballons de la tête du polonais Lewandowski.

Renato Sanches : deux possibilités avec cette jeune pépite portugaise. Soit son nom vous est totalement inconnu, soit vous le connaissez mieux que votre propre fils. Omniprésent tant dans l’entrejeu lisboète que dans la presse européenne, il ne passera pas inaperçu dans ce quart et fera encore grimper sa côte et sa clause libératoire.

Pizzi: en l’absence (encore non officielle) de Gaitan, il sera chargé de perforer les lignes à coups de reins et de fatiguer les défenseurs allemands. Pour s’inspirer, rien de tel qu’une bonne vieille petite compil de dribbles Made in Ligue 1 « Dembélé vs Ben Arfa », ou encore « Nivet vs Pastore » pour les plus esthètes d’entre nous.

Raul Jimenez : le géant mexicanos, super sub à la Souleymane Camara au match aller, aura la lourde tâche de remplacer Jonas, le brésilien que tout le monde aurait rêvé de voir disputer ce choc à la maison. Dans un rôle de pivot, il sera un bon point d’appui pour récupérer les longs ballons aériens et opérer en contre.

Kostas Mitroglou : Avec son compère d’attaque, ils représentent parfaitement le côté cosmopolite de cet effectif. Le sosie officiel de La Fouine devra profiter au maximum des remises de son compagnon mexicain pour percer la défense et envoyer le tir qui achèvera le kamikaze Neuer et mettra un terme à la domination de la Bundesliga en Europe.

Bonus : Si jamais le résultat final est scellé, promettez-nous de faire rentrer Adel Taarabt, lui qui ne s’est jamais remis de ne pas avoir signé dans « ce » top club qui aurait fait de lui un monstre, et que l’on rêve de voir marcher sur l’Europe de nouveau.

Il reste donc maintenant quelques heures avant ce qui s’annonce comme le match de l’année à Lisbonne. Dans quelques heures, je serai dans ce stade de La Luz, parmi les 60.000 lisboètes qui vont faire trembler la ville par leurs chants et leur engouement. Dans quelques heures, Pep et ses joueurs vont entrer dans ce qui sera l’enfer de La Luz, comme leur a promis Rui Vitoria en conférence de presse. Dans quelques heures, j’espère prendre le métro sous les chants portugais et non allemands, comme j’ai pu le prendre sous les chants anglais ce soir. Si un club doit le faire, c’est bien le Benfica, pour ses fans, pour son club, pour sa ville. Si vous ne gagnez pas ce match, gagnez au moins nos cœurs. Et puisse le sort vous être favorable…

Remerciements au Diezistas Pierrick Tange (@pierriccckk)