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S’il ne devait rester qu’un mot de cette soirée européenne, ce serait certainement « indescriptible ». Le problème est bien là, car le problème est que je vais devoir placer des mots sur ce match complètement fou. Rui Vitoria avait promis l’enfer, il a récolté bien plus que cela. Récit d’une soirée magnifique sous fond d’ambiance de folie.

Le métro, prémices de ce match incroyable

À trois heures de la rencontre, le métro est déjà bondé de supporters des deux camps, verre de Sagres à la main et prêts à enflammer ce quart de finale retour. Après une bonne demi-heure de route, le stade apparaît enfin. Tant imposant qu’élégant, il est entouré de policiers craignant les débordements d’avant match. Un peu plus loin, les premiers vendeurs viennent haranguer la foule. Tout se vend : maillots sans sponsors comme écharpes officielles du match. C’est à ce moment là que le parcage munichois arrive. Escortés, ils traversent le tunnel qui les mènent à leur partie du stade. Comme un avant-goût de la bataille qui sera menée pendant 90 minutes sur et en dehors du terrain, les allemands entonnent leurs premiers chants, font trembler les murs, ou plutôt les fresques qui représentent les supporters, écharpes à la main. Aux alentours du stade, les lisboètes sont prêts à pousser derrière leur équipe. Stands, terrains de foot, de basket, animations, tout est prévu pour faire monter la température et les décibels. Vient alors le moment d’entrer dans le stade. À une heure du match, il est partiellement rempli et attend l’entrée des joueurs pour l’échauffement. 10 minutes plus tard, c’est sous les huées et les impressionnants sifflets, que Kaiser Franck et ses potes rentrent sur le terrain. Puis les hommes de Benfica, sous les applaudissement de La Luz. Après une demi-heure d’échauffement, le même spectacle pour la rentrée aux vestiaires.

L’avant match : l’émotion

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Peu avant le début du match, les munichois prennent vraiment conscience de ce que sera ce match, et des difficultés qu’ils vont affronter tant cette partie sera électrique. Le premier grand moment de la soirée, celui qui pour la première fois a fait trembler le stade, c’est l’arrivée de l’aigle. Symbole du club, il tournoie pendant deux minutes au-dessus des têtes, avant de se poser et de faire rugir les entrailles du stade. Dans la foulée, c’est au tour des tribunes d’assurer le show. Sous la demande du speaker, le stade, maintenant plein à craquer, se lève comme un seul homme et entonne l’hymne du club. Écharpes en mains, les 60 000 personnes présentes éclipsent complètement les supporters allemands, qui admirent le spectacle. Comme une dernière attaque avant le match, le tifo prend forme sous la musique de la ligue des champions, pour faire frissonner les commentateurs, et Pep, qui rentre dans le stade.

Le premier quart d’heure : la bataille du milieu

Le début n’est pas fou, il est même plutôt calme. En tout cas, sur le terrain. Car en tribunes, c’est bien le commencement de la bataille des Kop respectifs qui rythmera ce match. Le premier quart, est comme d’habitude à l’avantage des bavarois, qui contrôlent la possession et gardent le score acquis au match aller. Les deux équipes jouent sans trop se fatiguer, dans un espace restreint où les blocs coulissent parfaitement, ce que l’on ne peut aussi bien observer sur l’écran d’ordi ou à la télé. Le stade s’enflamme enfin vers la 20ème minute, moment choisi par Benfica pour accélérer et créer le danger sur un coup-franc bien placé aux abords de la surface. La réponse allemande ne se fait pas attendre : sur l’action qui suit, Lahm trouve Müller qui reprend du droit ! De peu à côté.

27e minute : l’explosion

« RAUUUULLLL » « JIMENEEEZZZ ». Le speaker fait bouillir le stade. Sur un centre anodin venu de la gauche, Neuer, d’habitude agile dans les airs, juge très mal la trajectoire du ballon, et passe à coté de son dégagement. Raul Jimenez, le massif numéro 9 montre alors toute sa classe et son talent malgré son jeune âge. Pour son équipe, il met la tête où personne dans le stade n’aurait mis le doigt : près de la muraille Neuer. Plein de rage, il va célébrer son but au poteau de corner avec tout un peuple, qui croit alors en la qualification. Le stade est en feu, et l’ambiance atteint son paroxysme en cette soirée européenne. Le Benfica pousse, avec 60 000 personnes derrière lui. Les allemands sont amorphes et peinent à récupérer le ballon. Sur l’action qui suit, Salvio balance un centre à ras-de-terre dans la surface, repris par Jimenez. La pièce retombe du mauvais côté, Neuer est sur le ballon. Les rouges manquent le break. Avant la mi-temps, puis au retour, le Bayern en claque deux, qui calment l’enfer de La Luz pour quelques instants…

68e minute : le changement décisif

Rui Vitoria, encore présent sur le banc, fait rentrer son joker, celui qui aurait pu (dû?) débuter à la place de Gaitan : Talisca. Après une faute de Javi Martinez (qui valait le rouge direct ?), il s’approche du ballon pour tirer le coup-franc. A ce moment là, une bronca retentit contre les arbitres du match, qui viennent d’exclure bizarrement le coach du Benfica, lui qui était allé demander l’exclusion au quatrième arbitre. Les supporters sont fous et les joueurs aussi. Talisca s’élance et botte le cuir. Neuer, impuissant, ne peut que ramasser le ballon au fond des filets. Le stade explose de nouveau. Les écharpes virevoltent dans les airs, alors que les joueurs y croient ! Il faut au moins aller chercher la victoire. Un peu plus tard, c’est encore Talisca qui transperce la défense bavaroise et va provoquer une faute de Martinez (encore lui), qui ne prendra toujours pas le deuxième carton jaune. Cette fois tiré petit côté, son ballon frôle le poteau du gardien allemand, encore une fois battu en cette fin de match. Une dernière frappe du gauche de Jovic fera trembler le stade, mais l’arbitre siffle trois fois et le match est terminé.

Benfica : un vrai club de foot

De nombreux consultants ces derniers jours ont critiqué le niveau de jeu du PSG, ainsi que le coaching de Lolo White, mais si Paris devait progresser sur un point, un seul, ce devrait être l’ambiance. Hier soir à l’Estadio Da Luz, les munichois ont vraiment vécu l’enfer, du début à la fin du match. Entre sifflets et chants, les Ultras, et même le stade entier, n’ont pas cessé de pousser derrière les joueurs. Et ce malgré la défaite. Symbole de cet engouement populaire, la fin du match. Alors que l’arbitre a sifflé la fin du match, les joueurs dépités, font un dernier tour d’honneur dans le stade. Déçus de la défaite, ils ne réalisent pas qu’ils viennent de réaliser une performance exceptionnelle. Les supporters se mettent alors à chanter une dernière fois, encore plus fort que les précédentes, montrant que le football ne se joue pas que sur les terrains ou dans les banques. Ils montrent que le football reste et restera un sport ouvert à tous, et qu’au delà du résultat et des obligations financières, c’est bien l’envie et la combativité qui priment. C’est pour cela qu’une dernière fois, les écharpes ont virevolté, les mains ont claqué, les chants ont fait trembler. En remerciements d’une équipe qui n’a rien lâché, et qui a montré ce qu’était l’enfer de La Luz. Ce qu’était le Benfica. Un club éternel.

Pierrick Tange (@pierriccckk)