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À 43 ans, Cuauhtémoc Blanco, le génial meneur de jeu mexicain a tiré sa révérence. Inventeur de la « Cuauhtemiña » – le saut du crapaud – mais aussi adepte des passes à l’aveugle et humiliations en tout genre, passé de la gloire au déshonneur, « Temo » a eu droit à son jubilé à l’Estadio Azteca.

On joue la 92ème minute de la finale de Copa MX 2015 que le Puebla FC va remporter. Soudain, l’obscurité. La lumière du Stade Universitaire de Puebla s’en va, et avec elle, les espoirs des Chivas de remonter au score. Comme un symbole, une autre lumière, bien plus scintillante, offre également ses derniers rayons. Celle de Cuauhtémoc Blanco, qui joue ses derniers instants en tant que professionnel, à 42 ans. Un an plus tard, après une carrière de 22 ans remplie de buts, de trophées, mais surtout de gestes incroyables et de polémiques sulfureuses, il aura finalement droit à son jubilé.

Un joueur de sélection

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Le chemin parcouru par Temo n’a rien d’exceptionnel en soi: une saison en Espagne au Real Valladolid, des allers-retours incessants entre l’América, son club formateur, et des formations moins prestigieuses. Tout cela pour un seul titre de champion glané avec l’América en 2005. Nombreux sont les mexicains à proposer un CV plus clinquant. Mais avec El Tri, c’est tout autre chose. Le « Cuau » comptabilise 38 buts en 120 sélections. Sombrero. Surtout, c’est le premier mexicain à avoir inscrit un but dans trois Mondiaux différents. Le dernier ? Sur pénalty, un certain 17 juin 2010, contre une équipe de mercenaires emmenée par un imposteur prénommé Raymond. Plus qu’un grand joueur de football, Blanco est surtout le plus grand joueur de la Sélection nationale. Grâce à ses gestes techniques et sa capacité à faire lever les foules, il est même plus idolâtré que le grand Hugo Sanchez, quintuple pichichi du Real Madrid des années 80 et 90.

L’un des plus grands moments de la sélection mexicaine coïncide avec l’influence du « Cuau ». Un an après le Mondial 98, le Mexique accueille la Coupe des Confédérations. Après avoir facilement écarté ses adversaires, le pays hôte affronte en finale une équipe du Brésil menée par Dida, Serginho, Emerson, Zé Roberto et un certain Ronaldinho. La finale se déroule au Stade Azteca, où 110 000 âmes en furie aident leur pays à remporter le trophée tant convoité. Sur le terrain, un meneur de jeu marche sur l’eau. Ce n’est pas encore Ronnie, mais bien Cuauhtémoc Blanco qui offre le trophée à son équipe devant son public (4-3).

Saut de crapaud, combat de coq et tête de vache

05.-Le-coup-du-crapaud.Cuauthemoc-Blanco.Coupe-du-monde-1998-entre-le-Mexique-et-la-Corée-du-Sud.

Mais pour nous Français, Cuauhtémoc Blanco c’est tout d’abord un geste. Un an plus tôt, à Gerland, lors du premier match de Coupe du Monde 98 face à la Corée du Sud, l’homme trapu, coincé entre la ligne de touche et deux joueurs adverses, va saisir le ballon entre ses jambes et sauter avec celui-ci pour se défaire de ses assaillants. Cuauhtémoc vient de réaliser la « cuauhtemiña », le saut du crapaud, un geste qu’il avait déjà réalisé en championnat. Décisif, ce dribble fera le tour du monde. A l’instar d’Antonin Panenka ou Rabah Madjer, Cuauhtémoc donne son nom à un geste technique. Outre ce geste peu académique, il régalera le public avec des contrôles des fesses, du dos et des talonnades à gogo. Temo est l’un des derniers joueurs à considérer le foot comme une fête, le rectangle vert comme une cour de récréation.

Mais la carrière de Blanco regorge également de nombreuses polémiques. Lors de ses passages à l’América, de nombreuses joutes verbales avec des journalistes et notamment ceux de TV Azteca ont rythmé sa carrière. Les coups bas et les coups de poings ont même fusé, comme celui infligé à David Faitelson d’ESPN. Ses célébrations aussi font jaser: en dansant autour de ses victimes ou en mimant un chien se soulageant sur la ligne de but Cuauhtémoc s’est fait de nombreux ennemis. Les bornes ont été dépassées en 2004, lors d’un huitième de finale de Copa Libertadores face au Sao Caetano. Une violente bagarre engendrée par Temo se déclenche. Même des supporters viennent distribuer des coups aux brésiliens. Ce moment noir de sa carrière va précipiter son départ de l’América, à deux ans du Mondial 2006. Un Mondial qu’il ne disputera pas.

Car Blanco a en lui une rancoeur qui remonte à l’époque où Ricardo La Volpe, sélectionneur d’El Tri entre 2002 et 2006, dirigeait l’América: «  On ne s’entendait pas bien parce qu’il nous manquait de respect à nous les jeunes », confesse-t-il. Quelques années plus tard, en 1999, l’América de Blanco rencontre l’Atlas alors dirigée par celui qui inspira Pep Guardiola. Après un but, Temo va célébrer juste devant la figure de son ancien entraîneur. Alors quand La Volpe reprend les rennes de la sélection, en 2002, l’histoire entre Cuauhtémoc et El Tri se complique. Suite à une énième dispute avec l’un de ses coéquipiers, il sera écarté du groupe pour le Mondial allemand.

Après une carrière ponctuée par des coups de génie et des coups de sang, celui qui a même joué dans la telenovela « El Triunfo del amor » a décidé de se lancer dans la politique. Ses matchs se déroulent aujourd’hui à la mairie Cuernavaca, ville de 400.000 habitants. Mais au Mexique, en politique, le terrain est bien plus glissant que les pelouses de Liga MX. Quoiqu’il en soit, celle de l’Azteca, il la foulera bientôt de nouveau. Sur le site internet de l’América, Cuauhtémoc a refait son apparition dans l’effectif. Avec le numéro 100. Quelques heures plus tard, le club a annoncé que l’esthète allait rechausser ses crampons pour un ultime match. C’était le samedi 5 mars à l’Azteca, pour le compte de la 9ème journée du Clausura 2016. Un jubilé bien mérité pour l’artiste.