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A un mois de la liste des 23 joueurs retenus pour l’Euro, Didier Deschamps est amené à se pencher sur de nombreux problèmes. Si sa liste ne comportera aucune surprise et est presque actée (sauf blessure ou scandale judiciaire), de nombreuses interrogations sur la forme de certains, et le système de jeu peuvent se poser. Tour d’horizon.

Dieu qu’en ce moment, il ne serait pas bon d’être dans la peau de Didier Deschamps. Une dentition des plus asymétriques, une expertise judiciaire au cul et des problèmes d’effectif, le tout à deux mois d’un Euro à domicile, avec une attente des plus grandissantes autour de l’Equipe de France. Je vois d’ici les plus vifs d’entre vous se révolter contre la phrase précédente. Des problèmes d’effectif ? Mais de quel problème d’effectif nous parle t-il lui ? Notre beau pays, vivier de pépites, qui regorge de jeunes talents … Certes, mais prudence.

Une charnière non formée

Devant le capitaine, Hugo Lloris, jamais contesté, se dresse le premier problème phare que Deschamps va devoir résoudre : la charnière centrale. Depuis maintenant quelques années, le problème reste entier, et s’est peut être même un peu plus creusé ces derniers temps. Alors qu’on pensait il y a encore un an de cela, que Raphael Varane était parti pour s’imposer au Real et comme l’un des tous meilleurs à son poste, ce dernier a vu son statut et ses certitudes se fragiliser au moment de l’arrivée sur le banc de … Zizou, celui qui a été le chercher à Lens. Un temps titulaire, celui qui traîne maintenant sur le banc, a pris un coup de bambou et son temps de jeu famélique n’est pas pour lui rendre ses convictions et sa confiance. Homme de base de Deschamps, il arrivera à l’Euro avec peu de matchs récents dans les jambes. Un mal pour un bien si et seulement si il redevient le golgoth qu’il était il y a peu.

A côté de lui, le mystère demeure. Sont en course pour une place de titulaire Robokos et Mamadou Sakho, tous deux capables du meilleur comme du pire. Le premier semble s’être calmé sur les mains et les pénaltys concédés. Malheureusement pour lui, il n’a pas sorti de grandes perfs lorsque Deschamps a fait appel à lui dernièrement … Le second sort d’une bonne saison à Liverpool, et semble toujours auréolé de son totem d’immunité acquis grâce à son doublé il y a plus de deux ans contre l’Ukraine. Malgré tout ces points positifs, ses errements défensifs sont légions et il ne représente pas une assurance tous risques …

Latéral droit, métier boudé

Deuxième souci et non des moindres, le poste de latéral droit. Trois hommes sont mobilisés : Jallet le divin chauve, Sagna et Debuchy. Mettons de suite un terme au suspense, sauf blessure de l’un des deux autres (et encore..), Mathieu Debuchy n’ira pas à l’Euro. Revenu à Bordeaux pour accumuler du temps de jeu et retrouver sa place en Bleu, le pari du nordiste est raté, entre blessures et performances mièvres. Reste donc deux hommes pour une place. De par sa stature et son expérience internationale, c’est Bacary Sagna qui semble en pôle. Le citizen sort d’une bonne saison, en tant que titulaire, et même si sa qualité de centre laisse encore et toujours à désirer, il semble devancer son concurrent. Pour le Divin Chauve, la donne est claire ; sans cette non-concurrence à son poste, il regarderait l’Euro avec Madame à la maison. Mais Deschamps n’ayant jamais testé Corchia, la seule alternative crédible …

L’animation offensive dès le rond central

Ce n’est plus un secret pour personne, sauf blessure, le milieu français à l’Euro se composera de Lass, Matuidi et Pogba. Le premier fait tout pour ne pas se blesser et éviter de jouer aux côtés de Romao, Pogba fait tout pour mener sa Juve au titre et Matuidi … Ah merde, voilà un problème que beaucoup ne voulaient pas voir venir. Et pourtant … Joueur qu’on qualifiera d’atypique, Matuidi tiraille les spectateurs, entre ceux relevant à raison une technique primitive et ceux appuyant son activité incessante. Véritable pilier des Bleus, tant par rapport à sa place dans la hiérarchie que par sa place dans les affiches publicitaires, il sera normalement indéboulonnable. Normalement car la concurrence est rude. L’explosion de Kanté, la confirmation de Payet, l’ombre de Sissoko … bon on déconne. Mais en vrai, pour la première fois depuis longtemps, Matuidi est remis en cause quant à son apport dans le jeu. Sachant que la France sera crainte et devra faire face à des adversaires qui ne prendront aucun risque, est-il la meilleure des solutions pour alimenter les offensifs en ballon ? On vous laisse en juger.

L’attaquant de pointe

Benzema boudé par le public et la fédération, reste la pointe de la colonne vertébrale, la machine à marquer, celui qui doit terminer le travail des 10 autres. Et là … Non mais sans déconner … Bon, Benzema c’est top 3 mondial à son poste, on ne va donc pas comparer avec les autres. Et puis après tout, on a bien été champion du monde avec Guivarc’h et Dugarry … Alors Giroud et Gignac … Si le premier dispose d’un totem d’immunité (encore un …) du fait de son « profil » atypique, le deuxième a été chercher son ticket pour l’Euro à la sueur de son front en direct du continent américain. Attention également au retour en trombe de Lacazette qui pourrait décrocher un strapontin en cas de grosse fin de saison même s’il semble aujourd’hui hors course. Du côté des autres offensifs, Martial a passé sa saison flanc gauche à United, Coman est un ailier, Payet est un 10 qui peut s’excentrer pour des raisons d’équilibre, Ben Arfa n’est pas sûr de partir … Reste alors l’espoir de tout un peuple, la plus belle œuvre de Diego Simeone : Antoine Griezmann. A lui seul, Griezmann représente une alternative de choix à la pointe de l’attaque. Alors certes, dans un duel de la tête avec un Hummels, un Bonnuci ou un Gerard Pique, pas sur qu’il ait le dessus, mais il dispose de tellement de qualité qu’on se met à rêver …

Vous l’aurez remarqué, derrière ces certitudes de façades, construites lors de matchs amicaux vides de sens, de nombreuses interrogations restent en suspens. Alors oui, la France peut être considérée comme l’un des favoris de son Euro, mais prudence, les zones d’ombres existent. Deschamps a ici l’occasion de montrer quel formidable gagneur il est, lui qui devrait encore rester sélectionneur jusqu’à l’été 2018 minimum.