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« Chaque minute avec le maillot de l’Atlético est une finale ». Saúl Niguez est un soldat du Cholo Simeone et cela se ressent jusque dans ses propos. Des propos qu’il tenait après seulement onze matchs sous le maillot rouge et blanc à seulement 20 ans. Aujourd’hui, il n’est pas beaucoup plus vieux : 21 ans. Mais déjà 77 matchs disputés avec les Colchoneros et une explosion aux yeux de l’Europe du football qui n’en finit pas.

Pourtant, rien ou presque ne le destinait à être un jour l’idole du Sud de Madrid, si ce n’est un caractère hors-norme, digne de son actuel entraîneur, Diego Simeone. Il faut dire que les premiers pas du jeune Saúl Niguez à Madrid ne se font ni à Majadahonda, le centre d’entraînement de l’Atlético, ni au Vicente Calderón. Lorsqu’il débarque dans la capitale espagnole, le gamin d’Elche enfile un maillot blanc, couleur « merengue ». Mais c’est lors de ce passage au sein du Real Madrid que le jeune espagnol développe ses premiers gènes de Colchonero, la faute à des coéquipiers peu conciliants. « Sportivement, ça allait, déclarait-il dans les colonnes d’El Mundo le 26 février dernier. Mais des événements extra-sportifs se sont passés, qu’un gamin de 11-12ans ne peut pas supporter ».

« Ils me volaient mes chaussures, de la nourriture, ils m’avaient puni de sorte à ce que je ne puisse plus mettre les pieds à Valdebebas (le centre d’entraînement du Real, ndlr) pendant deux semaines, pour des choses que je n’avais même pas faites… »

Dépité par un tel accueil, le petit Saúl quitte le Real, traverse la capitale et se retrouve à l’âge de 12ans à l’Atlético. Mais n’allez pas lui dire que c’est une régression. « Pour moi l’Atlético, c’est pas seulement un blason, un emblème. Ce sont des valeurs, une manière de vivre la vie. Humilité, travail, sacrifice, union, force de l’équipe… « 

Les préceptes sont bien intégrés, il ne reste alors plus qu’à les mettre en application. Tout va alors s’enchaîner très vite, puisqu’il dispute son premier match avec l’équipe fanion à 17ans. Le Cholo apprécie ce gamin polyvalent, mais pas au point de lui confier une place au sein d’une équipe qui tourne à merveille.

Pour y prétendre, il faut être un homme et pour être un homme, il faut un minimum de bouteille. Ce temps de jeu, Saúl va aller le chercher en poursuivant sa visite du Madrid footballistique. Direction Vallecas et son Rayo réputé pour révéler les talents en tous genres, notamment ceux de l’Atlético. Diego Costa pourra le confirmer. En un an, il dispute 34 matchs avec les banlieusards madrilènes et s’offre une crédibilité aux yeux du coach argentin. En effet, chez des Rayistas exigeants avec leurs hommes, le jeune homme termine la saison avec le trophée de meilleur joueur, grâce aux suffrages des supporters. Il faut dire que les leçons du maestro Paco Jémez ont opéré de belle manière sur son élève d’une année. Au sein d’un effectif en difficulté au classement et dans le jeu, le défi a été brillamment relevé par Saúl dans une position de milieu défensif/relayeur intéressante. Mais le problème du Rayo, c’est la défense. Alors quand un joueur surnage, on tente des choses. Et Jémez décide de mettre son protégé dans l’axe de sa défense. Nouveau challenge, nouvelle réussite. Les preuves sont faites et le moment de rentrer au bercail arrive. Adios Vallecas.

À son retour à l’Atléti en 2014, les minutes s’accumulent sous le maillot Rouge et Blanc : 33 rencontres à son actif en 2014-2015 et 38 à ce jour en 2015-2016. Il est désormais l’un des hommes forts du système de Simeone et emplit de fierté le peuple colchonero. Non seulement les Madrilènes disposent d’un milieu de terrain de très haut niveau entièrement formé au club, mais en plus, leur nouveau joyau a été ravi au nez et à la barbe du grand voisin merengue. Avec son double plus âgé Koke, l’Atlético dispose d’une paire de milieu de terrain impressionnante, dotée d’une capacité technique particulièrement intéressante, d’une agressivité et d’un engagement propre aux pensionnaires de Calderón. Et comme si cela ne suffisait pas à prouver son ADN colchonero, Saúl décide de mettre les pieds dans le plat. Lors de la réception du Real Madrid, il prend les choses en mains se rappelant au bon souvenir du club qui aurait pu le former. Un retourné acrobatique splendide pour une victoire 4-0, qui traumatise encore les madridistas. Le plus beau but de sa jeune carrière, de son propre aveu.

Avec la longue blessure de Tiago, il est désormais titulaire dans tous les grands rendez-vous avec l’Atlético et ce malgré la présence d’Augusto et Kranevitter au sein de l’effectif colchonero.

« A la place de Tiago, nous avons Saúl, Koke et Gabi. Sauúl a absolument tout : un bon jeu de tête, de l’intensité, il peut jouer n’importe où au milieu, est capable de marquer et de bien ressortir le ballon… »

Diego Simeone.

Présent avec la Roja, adoubé par Simeone en personne qui affirme qu’il fera ce qu’il voudra, Saúl a tout d’un futur grand. Mais il ne souhaite pas s’arrêter là : « je ne veux me poser aucune limite ».