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Ces dernières semaines, l’impact de Ngolo Kanté sur les billards du royaume britannique n’avait plus de secret pour personne. Le « pourquoi pas » en réponse à une éventuelle convocation en équipe de France se transformant petit à petit en « bien-sûr que oui ». L’éventualité est devenu évidence et jeudi 17 mars, Didier Deschamps a décidé de le sélectionner dans ses 23 chargés de défier une nation pas qualifiée pour un euro à 78 équipes et une autre, techniquement et géographiquement, pas trop en europe. L’avenir nous dira s’il s’agit d’une simple prévention d’un deuxième cas Koulibaly susceptible d’éclater à la gueule du basque sans lèvres ou d’une réelle opportunité d’être une solution derrière les trois intouchables du milieu. En attendant, Ngolo rejoint Housni Mkouboi, Zinédine Zidane ou encore Rachida Dati dans le cercle fermé des slumdog millionnaires de nos cités françaises. Retour sur un parcours incroyable.

Suresnes, le 24 mars 2010, la JS de Suresnes reçoit Courbevoie, choc au sommet du groupe D de la PH d’Ile de France. Sur le banc prend place celui qui fait actuellement les beaux jours des renards de Leicester (en réalité on ne sait ni quel match s’est joué le 24 mars 2010 à Suresnes, ni si Ngolo était sur le banc mais il fallait bien une accroche). Concrètement, le néo-international bleu défendait bien les couleurs du club des Hauts de Seine à cette époque-là (en plus de faire la promo de son album Convictions suicidaires qui devait sortir sous peu), et ce depuis ses 10 ans. Il les défendait tellement bien que ses performances lui ont valu d’être proposé à la réserve de Boulogne sur mer, club dans lequel un dirigeant de la jeunesse sportive avait quelques contacts. « La vérité c’est que personne ne sait vraiment si c’est lui qui est allé toquer à la porte de Boulogne ou si c’est eux qui sont venus le chercher. D’ailleurs cette deuxième solution me parait probable, il faut savoir que c’était l’attraction de l’équipe, il y’avait du monde dans les tribunes, beaucoup de monde pour le niveau et les 40-50 fous qui bravaient le froid pour voir du district, sur un terrain loin d’être un billard, encerclé par les tours de la cité, ils venaient pour Ngolo, pas pour l’arrière gauche à la calvitie marquée ou l’avant-centre qui joue en marchant » nous raconte Mehdi, un ancien coéquipier du pygmée hyperactif.

Hyperactif oui, sur le terrain surtout, comme si enfiler la tunique de footeux lui confiait une mission de combat, comme si une fois sur le pré, il s’agissait d’une autre vie. En dehors, Ngolo Rutts a toujours marqué, pas parce qu’il est une de ces grandes gueules de vestiaire de district qui ne parlent plus qu’ils n’en font sur le terrain, non, le petit parlait peu, comme un certain David Trezeguet, s’il marquait, c’était par sa timidité, et c’est sur le terrain qu’il s’exprimait le mieux, les km et ballons avalés en guise de mots et punchlines. Sa timidité n’avait d’égal que sa politesse et sa soif de l’effort : « Il était toujours dans un coin du vestiaire, il ne parlait pas, jamais entrain de crier ou faire le con, toujours à l’écoute du coach et c’était le plus assidu aux entrainements » se souvient Mehdi. Comme quoi, ce n’est pas vraiment un hasard si, dans ce microcosme du football français où le travail et la pugnacité ne sont pas de priorités, le petit Kanté qui lui, en a, pète aussi vite au plus haut niveau. Une abnégation qui se ressentait en match, comme en témoigne encore Mehdi : « Physiquement? Un monstre ! Une mobylette pendant tout le match et techniquement à l’aise des deux pieds. Au bout d’une année en U19 il est passé avec les seniors. Il jouait milieu gauche dans un 442 losange en général, et mettait à l’amende toutes les défenses de PH, dans un poste pas évident à ce niveau-là, il faisait souvent la différence, même sur le côté gauche. »

03_23161108_123948_2758340a« Ceux qu’on voit peu ont toujours la côte, Dimitri de retour c’est la fierté des nôtres. Il parait que les vôtres ont de la famille chez les nôtres, Ngolo de retour c’est la fierté des nôtres »

Les défenses du 92i lavées et nettoyées, Ngolo s’en va pour Boulogne avec le sentiment du devoir accompli. Mais les débuts ne se passent comme prévu, une sale blessure qui ne veut pas partir depuis son dernier match à Suresnes et une préparation physique en plein mois du ramadan lui mettent les bâtons dans les roues, mais la difficulté plait au nouveau chouchou des Foxes, c’est dans la douleur qu’il excelle. Après une saison difficile avec la CFA de Boulogne, suivie d’une, plus complète, il gagne sa place dans le groupe de National. On est à l’été 2012, il découvre alors son nom placardé sur le paperboard du vestiaire et le milieu ne sait pas encore qu’il va écraser la 3ème division française : un titre de meilleur joueur et des litres d’urine déversés dans les cavités buccales des défenses de National dans l’escarcelle, il met la puce à l’oreille de Monchi du Calvados qui le ramène à Malherbe.

L’éponge (comme le surnomme ses anciens entraineurs du fait de sa capacité à assimiler très vite les choses) ne s’arrête pas en si bon chemin, il roule sur la Ligue 2 puis sur la Ligue 1 comme s’ils s’agissaient de vulgaires championnats qui se jouent sans arbitre officiels, quelle insolence. Les championnats changent, mais pas son niveau de jeu, ultra-régulier il était déjà le plus grand gratteur de ballons de L1 (178 tacles tentés pour 146 réussis, 1er dans les deux charts, SOOOLIIIIDE). Des performances qui n’échappent pas à Steve Walsh, le responsable du recrutement de Leicester et qui le pousseront à poser 9 briques pour l’attirer (quand d’autres préfèrent les mettre sur un ailier argentin surcôté et quelques kilos de cocaine). La suite, tout le monde la connait, il se met le Royaume d’Angleterre dans sa poche dès les premiers mois, et « state » aujourd’hui à la hauteur de sa saison passée en L1. Ngolo est le meilleur tacleur de Premier League : 128 pour le moment et le meilleur intercepteur des cinq grands championnats européens avec 116 arrachages de ballon. Son dauphin n’est autre qu’Idrissa Gueye, amusant quand on sait que l’objectif de Tonton Marcelo Bielsa l’été dernier était de les associer au milieu. Non, supporters marseillais, ne pleurez pas.

elv61491a_51ukxubs_soccer_england_ars_lei_021« Naturellement rigoureux, parfois anxieux voire douteux ce qui me rend plus vigoureux, s’accoutumant à surmonter les moments douloureux »

Le succès ne le change pas, Ngolo reste modeste et donne une leçon d’humilité à cette génération spécialiste de la « frime sans avoir rien prouvé ». Pourtant son passé pourrait le pousser vers le chemin de l’arrogance, lui en qui personne n’a cru, des centres de formations de Sochaux, Rennes, de l’INF qui l’ont recalé, trop petit (1 mètre 69), en passant par son prof de BTS qui lui a promis qu’il ne fera rien de sa vie, jusqu’à Ranieri qui n’en voulait pas et prévoyait de titulariser Gokhan Inler. Mais Ngolo a, à chaque fois, le dernier mot Didier, il a toujours raison, il sera les fondations de ta maison (Ne nous met pas Petit Velo !).