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Leipzig, ville de la Saxe, dans le nord-est de l’Allemagne à plusieurs dizaines de kilomètres de Berlin, possède depuis 2009 une équipe qui monte doucement en puissance et fait de plus en plus parler d’elle à travers l’Europe. Chose surprenante pour un club né il y a seulement sept petites années environ grâce aux millions de la firme autrichienne Red Bull… Si vous n’avez toujours pas entendu parler de cet empire en pleine construction, c’est le moment de plonger dans l’univers de cet énième club « en plastique » qui peuple désormais la planète football. Bienvenue dans le monde du RasenBallSport Leipzig.

Tout bâtir à partir d’un tas de cendre

L’histoire a débuté 7 ans auparavant lorsqu’un un club de cinquième division, au bord de la faillite et pas loin de disparaître, le SSV Markranstdädt, est racheté par Red Bull et son propriétaire, Dietrich Mateschitz. La petite structure n’est pas la première à faire son entrée dans l’écurie appartenant à l’entreprise qui s’est déjà implantée à 4 reprises. L’Autriche, les États-Unis (bonjour Thierry Henry), le Brésil et le Ghana ont déjà été touché par le virus puisque la firme possède un club dans chacun de ces pays. Toutefois, ces derniers n’ont que peu de visibilité, mis à part l’équipe new-yorkaise et celle de Salzsburg qui pourrait bien remporter un nouveau titre de champion, le résultat n’est pas celui escompté initialement. De ce fait la solution est de s’insérer dans l’un des temples du football mondial. Et c’est ainsi que l’Allemagne est devenu le meilleur endroit pour créer une structure compétitive qui pourra venir concurrencer les plus grands d’Europe d’ici quelques années. Le choix de s’installer dans l’Est n’est pas innocent non plus car depuis la chute du mur il y a maintenant 27 ans, les nombreux clubs de la région ne sont pas parvenu à suivre le rythme des géants du Sud ou de l’Ouest qui accumulent les titres. Alors il est peut-être temps de changer ça.

C’est de cette manière que le nouveau venu met les pieds sur la planète football en faisant ses débuts en 5e division, dans la section Nord-Est. Ces premiers pas se font dans la petite enceinte de 5000 places du SSV car les 2 clubs restent associés étant donné que Leipzig n’a pas encore d’équipes juniors pour obtenir la reconnaissance de la Ligue du Nord-Est (NOVF). Les directives sont claires, si le club veut perdurer, il doit absolument avoir un centre de formation en plus de son équipe première. Mais face aux difficultés financières structurelles, le club obtient un délai d’un 1 an au cours duquel il va parvenir à faire ce qui lui a été demandé.

Red-Bull-Leipzig

Après ces péripéties, la saison 2009/2010  bouclée avec 80 points permet au club de se hisser en Regionalliga Nord. Tandis ce qu’au même moment, la direction du club est placée entre les mains Dietmar Beiersdorfer qui était directeur sportif au Hamburg SV. La fin de cette seconde saison marque un tournant dans le projet qui a de nouveaux plans bien plus ambitieux en tête. Effectivement, après avoir fini cet exercice à la quatrième place, le coach Vogell, son assistant et le directeur sportif, J.Krug sont renvoyés. Ceci arrive après que D.Mateschitz ai décidé de faire du RBL la pierre angulaire du projet footballistique de la firme autrichienne à la place du RB Salzburg. À la suite de cette annonce, Tomas Oral prend le poste de coach tandis ce que plusieurs joueurs, trop faibles, ne sont pas prolongés ou remplacés.

En tout le RB Leipzig reste pendant 3 ans en Regionalliga avant d’accéder au premier niveau professionnel du système allemand, la 3.Liga. Mais durant ce laps de temps, le projet a vraiment pris de l’ampleur et l’objectif majeur cité il y a quelques lignes s’est vraiment concrétisé. Lors de l’été 2010, l’équipe a enfin pu accéder à son stade d’une capacité de 44.000 personnes, le Zentralstadion, directement renommé Red Bull Arena. Des joueurs expérimentés de 2.Bundesliga arrivent aussi afin de renforcer l’équipe, au même titre que de jeunes pépites dans l’optique de préparer l’avenir. La valse des entraîneurs continue également avec l’arrivée de Pacult en provenance du Rapid Vienne. Pendant l’été 2012, Ralf Rangnick – notamment passé par Schalke 04 et Hoffenheim – est nommé directeur sportif du club en plus d’être celui du RB Salzburg. Pendant que sur le terrain, les hommes de Red Bull, coachés cette fois par Alexander Zorniger, parviennent à éliminer le VfL Wolfsburg en DFB Pokal. En revanche ils n’obtiennent toujours pas leur ticket pour la 3.Liga. Bien qu’ils s’impatientent ce dernier arrivera l’année suivante.

La saison 2013/2014 arrive, et les débuts en professionnel obligent le club a recruter massivement. Jung du FSV Frankfurt, un certain Joshua Kimmich en provenance de Stuttgart, Yussuf Poulsen, ou encore Denis Thomalla sont achetés pendant l’été. En hiver c’est George Teigl qui arrive du RB Salzburg, Martinez (VfL Wolfsburg) mais aussi Sumusalo qui débarquent pour renforcer l’effectif.  L’argent coule à flot, et rien n’effraye le RBL quand il s’agit de le dépenser. La première saison en 3.Liga est exceptionnelle puisqu’elle s’achève par une nouvelle promotion, en 2.Bundesliga. Le record de spectateurs en 3e division est dans le même temps battu le jour de la promotion du club. Pas le temps de niaiser pour le nouveau poulain de Red Bull.

Nouvelle saison et nouveau championnat obligent, le club investit une nouvelle fois massivement, notamment dans de jeunes joueurs prometteurs pour progresser le plus vite possible en seconde division. Rani Khedira – le frère de l’homme aux cheveux soyeux évoluant à Turin – arraché au Vfb Stuttgart, Lukas Klostermann ou Marcel Sabitzer arrivant du club autrichien de Salzburg (un vrai marché sous-terrain entre les clubs de la firme). L’effectif s’étoffe, il se renforce dans l’optique de monter le plus rapidement possible en première division. Mais contre toute attente, le club doit attendre une année de plus ce qui coûte à Zorniger sa place de coach dès février. Il est remplacé par A.Beierlorzer jusqu’à la fin de cet exercice terminé à la 5e place. Dans le même temps, le talentueux Emil Forsberg, ailier suédois en provenance de Malmö s’engage avec Leipzig. Au revoir la Champion’s League, bonjour la 2.Bundesliga.

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Le jeune club saxe ne se laisse donc pas abattre, toujours avec l’ambition de débuter en Bundesliga pour la saison 2016/2017, les dépenses sont une nouvelle fois importantes, au même titre que les changements dans le staff. Le jeune attaquant du Werder Bremen, Davie Selke, débarque à Leipzig pour 8 millions d’euros, M.Halstenberg ou Willi Orban l’accompagnent également. En tout plus de 18 millions d’euros sont dépensés lors de l’été 2015, ce qui est plus que tout les clubs de 2.Bundesliga réunient. Du côté des départs, Joshua Kimmich s’envole en Bavière pour renforcer les rangs du Bayern Munich. Mais ette fois, rien ne semble pouvoir arrêter le RB Leipzig (sauf le SC Freiburg de Vincenzo Grifo) qui reste scotché tout en haut du classement. En pratiquant un beau football, relativement solide défensivement, tout aussi efficace en contre attaque qu’en attaque placée, les Roten Bullen, sous les ordres de Ralf Rangnick devenu entraîneur au début en juin 2015, font leur petit bonhomme de chemin. Dès qu’elle est menée au score, l’équipe sait réagir afin renverser la situation pour repartir avec les 3 points. Les matchs difficiles, physiques et bourrés de contacts rugueux face à des équipes qui montrent que ce club n’a rien de légitime ne les freinent pas non plus. Leipzig est presque irrésistible, seul contre tous. Ainsi, l’objectif devrait être rempli et la montée dans l’élite allemande assurée pour la saison prochaine.

Entre scandale et rêve improbable

À long terme, l’objectif du RB Leipzig est simple : venir concurrencer le Bayern Munich mais aussi jouer les troubles fêtes en Ligue des Champions. Tout ça en une dizaine d’année. Le temps c’est de l’argent apparemment, ce que le staff a bien saisi. Ce projet semble totalement démesuré mais rien ne faire peur au club de la firme autrichienne au budget estimé entre 30 et 50 millions d’euros (budget qui devrait d’ailleurs grossir rapidement), soit plus que la totalité des clubs de seconde division.

En effet, la DFL n’apprécie pas la façon dont le club fonctionne, alors pour lui accorder une licence, des ultimatums ont été posé : un plus grand nombre de personnes pour gérer le club, ainsi qu’un nouvel organigramme, plus d’indépendance vis-à-vis du groupe Red Bull et un changement de logo. Un vaste chantier donc, et ce ne sont pas les seuls problèmes du club. Le non-respect de la règle du 50+1 disant que « qu’un club ne peut obtenir sa licence que si au moins 50% des voix + 1 appartiennent au club ». Cette dernière place les supporters au cœur du club et assure une bonne santé financière puisque les investisseurs n’ont pas tout les pouvoirs ne semble pas plaire aux dirigeants du RBL. Avec une dizaine de membres en tout et pour tout, le club est loin des géants de la Ruhr et des tous les autres clubs allemands, et le prix exorbitant n’aide en rien. Mais en faisant cela, la direction peut garder un contrôle total sur la politique du club, il en va de même pour l’investisseur qui est libre d’agir comme bon lui semble. Les supporters passent donc au second rang, ce qui est normalement inimaginable dans les têtes allemandes.

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Le club dégoûte donc toute l’Allemagne avec ce fonctionnement aux antipodes des classiques du pays, il n’a pas de valeurs ni la moindre histoire comme les monuments du pays (Nürnberg, Karlsruhe, Bochum, etc). Une campagne nommée « Nein zu RB Leipzig » (non au RBL) est même lancée par différents groupes d’ultras pour montrer leur désapprobation… Mais cela ne semble pas les déranger, bien au contraire, les joueurs sont attirés par ce projet ambitieux et les médias les surveillent attentivement. Leipzig fait les yeux doux à Bernd Leno (!) qui préfère toutefois rester au Bayer Leverkusen, Breel Embolo, Timo Horn, Kevin Volland et autres joueurs ayant 24 ans ou moins puisque c’est uniquement ce qu’ils recherchent. Cet été, l’objectif est donc d’attirer une ou plusieurs stars afin de continuer à renforcer cet effectif d’ores et déjà de qualité, tout ça avec une enveloppe conséquente. Sur le banc, Ralph Hasenhüttl, l’actuel coach autrichien d’Ingolstadt, va prendre les rennes de l’équipe jusqu’en 2019 afin de l’amener vers l’Europe, chose qu’il a pratiquement réalisé avec le FCI. La Saxe et « son équipe U23 » comme l’a déclaré le directeur sportif (donc la plus jeune de Bundesliga) va bel et bien être le centre d’attention en Allemagne dans les semaines et les mois à venir. 

Rien ne semble pouvoir stopper le RB Leipzig qui, sous l’impulsion de la riche entreprise autrichienne désire réaliser ses rêves au plus vite. Mais vont-ils réussir ce pari fou qui est de titiller le Bayern Munich ? Vont-ils parvenir à mettre en pied en Ligue des Champions ? Vont-ils parvenir à perdurer au sein de l’élite allemande ? Vont-ils continuer à attirer des joueurs inaccessibles en temps normal ? Personne n’a la moindre réponse pour le moment. L’avenir nous dira si vraiment les millions injectés dans le club vont lui permettre de bousculer la hiérarchie. La seule certitude à l’heure actuelle c’est que le club va connaître d’ici peu (sauf accident) sa première saison en Bundesliga, saison à laquelle il faudra être attentif tant les ambitions du club sont grandes. Le RB Leipzig s’annonce comme l’une des sensations de prochaines années, mais attention à ne pas se brûler les ailes en chemin.