6

Le milieu de terrain parisien est sans aucun doute le joueur qui fait le plus débat dans l’hexagone. Crack pour certains, wack pour d’autre, Matuidi est le premier Blaise qui ne met pas à l’aise. De plus, son rôle flou sur le terrain n’aide pas à percer le mystérieux niveau du Charo. Après avoir découvert quelle (sombre) marque portait Matuidi, essayons aujourd’hui de lever le voile sur le footballeur.

Matuidi sempai

Récemment Nike a sorti sa nouvelle campagne «  Fais briller le jeu », avec Matuidi au centre de la publicité. Si le rapport entre les deux peut faire sourire, avec notamment une fin à l’eau de rose, elle reste néanmoins réussie. Dans ce spot, on aperçoit notamment Blaise, enfant, regarder les yeux ébahis un but somptueux d’Okocha au travers d’une porte mal fermée. Nul ne doute que petit il regardait des matchs de foot de manière plus ou moins licite, mais le natif de Toulouse a surtout dû se goinfrer de mangas.

En constante évolution, saison après saison, arc après arc, il a su apprendre de ses adversaires et coéquipiers, à l’instar d’un SanGoku. C’est ainsi qu’en moins de quatre saisons, l’ancien troyen a changé trois fois de rôles. Débarqué de Saint Etienne en 2011, Matuidi arrive à Paris en tant que milieu récupérateur pour remplacer Makélélé, parti à la retraite. Sous les ordres de Kombouaré, il jouera devant la défense, dans le rôle qui porte le nom de son prédécesseur. Du pain béni pour le meilleur tacleur de la saison 2010/2011. Mais le football évolue lui aussi. Guardiola et Bielsa redéfinissent les contours tactiques de ce sport. Les espaces sont de plus en plus restreints, les pressings deviennent oppressant pour l’adversaire et la possession une véritable arme. Dans cette optique, les mythiques numéros 10 et 6 sont vouées à disparaitre. Conscient ou pas de cette révolution tactique, les dirigeants parisiens décide durant le mercato hivernal 11/12 de remplacer le franchouillard Kombouaré par Ancelotti. Une arrivée qui transformera à jamais Matuidi.

Sous les ordres du coach italien et grâce à la stabilité apportée par la paire Verratti – Motta, le Charo s’impose petit à petit comme un « carrilero ».

5956131

Le Carrilero est la position défensive la plus haute sur le terrain, c’est à la fois un défenseur, un milieu et un attaquant. Il a notamment été banalisé par Bielsa avec le Chili. D’ordinaire, il est plutôt réservé aux arrières latéraux.

C’est le résultat logique d’une rencontre entre un entraineur qui affectionne particulièrement ce profil (il est celui qui a fait venir Ramires à Chelsea, replacé Di Maria en 8 au Real) et un joueur avec une forte capacité de projection mais surtout un cardio monstrueux (les fameux trois poumons). Omniprésent sur le terrain, il récupère, presse, participe tant bien que mal à la construction du jeu mais surtout se projette beaucoup vers l’avant, apportant un soutien non négligeable, notamment à Maxwell. Parfois, il est même décisif ! Bref, à la surprise générale, Matuidi devient le joueur dont Paris ne peut plus se passer.

Le Matuidi Role

L’arrivée de Blanc est un second tournant dans la progression de Matuidi. Si Ancelotti souhaitait s’appuyer sur toutes les capacités du joueur, Jean Louis Gasset préfère lui, accentuer sur les capacités physiques de Matuidi. Aujourd’hui, malgré toujours une grosse activité notamment par sa couverture de terrain, son impact direct a nettement diminué.

Régression statistique de Matuidi
Régression statistique de Matuidi

C’est ainsi que sous White, Matuidi a encore vu sa responsabilité changer : il est passé de carrilero à un rôle taillé sur mesure, le «Matuidi Role ». Matuidi est devenu une sorte de milieu offensif reculé avec une liberté de déplacement totale rendant ainsi difficile un marquage individuel par l’équipe adverse. Blaise fait briller ses partenaires par la qualité de ses appels. Ses appels lui permettent en outre, d’être un point d’appui ou encore un créateur d’espace pour le collectif parisien. D’autant plus que Blaise est devenu très fort dans la déviation, notamment à l’entrée de la surface ou il règne maintenant en maitre. Artiste du mouvement selon SoFoot, génie sans ballon pour d’autres, reste-t-il pour autant indispensable ? A force de parler de courses et appels, Matuidi n’est-il pas devenu une caricature de lui-même ? Devenu fantomatique à la construction et en phase défensive, il n’apporte pas non plus de différence par sa technique.  Malgré une progression constante sur ce point, il est toujours en deçà du standard actuel des milieux de terrain des tops clubs (notamment en dessous du niveau de ces coéquipiers). De plus, aujourd’hui, le rapport de dépendance s’est inversé : il a de plus en plus besoin de ses coéquipiers pour briller, à l’image de son match contre City, ou le Charo fut laid, faisant absolument ressentir l’absence d’un italien de petite taille aux beaux yeux.

Matuidi est finalement le meilleur indicateur de l’état de santé tactique du PSG. Le très discipliné joueur a besoin de consignes précises pour pouvoir évoluer au plus haut niveau. A l’aube d’une nouvelle ère au PSG, nulle ne sait quel sera le futur rôle de Matuidi. A 29 ans, aurait-il enfin fini sa mutation?

 (Photo de une by Shaun Botterill/Getty Images)